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21/09/2021

Strategika51 Intelligence

 Πάντα ῥεῖ…

Surprise stratégique : la Chine accueille le Mollah Baradar et avance ses pions en Afghanistan

Adepte d’une politique subtile et très fine, il est rare que la Chine officielle joue cartes sur table.

Une délégation de haut rang des Talibans d’Afghanistan, menée personnellement par le Mollah Baradar, chef suprême du mouvement et longtemps l’un des hommes les plus recherchés au monde, a rencontré aujourd’hui le Chef de la diplomatie chinoise, Yang Yi.

Peu avant cette rencontre plus que surprenante, la visite du Chef de la diplomatie pakistanaise, Qurechi, accompagné du Directeur général de l’ISI (Inter-Service Intelligence) en Chine aurait préparé le terrain à un possible accord entre la Chine et les Talibans visant la suppression définitive de l’influence US dans la région et la promotion de la route de prospérité chinoise à travers l’Asie centrale.

En recevant le Mollah Baradar, le successeur du Mollah Omar, la Chine offre une reconnaissance tacite aux Talibans d’Afghanistan en tant que principale force politique et militaire du pays mais entérine ce qui s’apparente à une cuisante défaite stratégique US après plus de deux décennies de conflit dans lequel ont été engloutis des trillions de dollars US et des dizaines de milliers de vies en pure perte.

Image plus que surprenante! Le Mollah Baradar, qui était la cible militaire la plus prioritaire des drones d’attaque US jusqu’à une époque récente, reçu par le Chef de la diplomatie d’une superpuissance mondiale.

La Chine dispose donc d’une stratégie spécifique pour la question afghane qui l’intéressé au plus haut point. Officiellement, Beijing affirme qu’il œuvrera pour la paix et la stabilité de l’Afghanistan débarrassé des forces étrangères en y investissant dans les infrastructures de base et en connectant ce pays à l’initiative économique chinoise. On sait déjà que la Chine a offert aux Talibans un pack complet incluant un réseau autoroutier et ferroviaire en échange d’une paix durable et l’exclusion définitive des États-Unis et leurs alliés de ce pays frontalier avec la Chine.

C’est également un véritable pied de nez en direction de la propagande US sur les Ouïghours chinois: la Chine, accusée par l’empire de génocide contre les musulmans ouïghours dans le Xinjiang, s’allie et coopère avec les Talibans d’Afghanistan, des radicaux musulmans sunnites tout en renforçant ses relations avec l’Iran chiite (annulant ainsi un autre outil de division basé sur le clivage Sunnite/Chiite, cheval de bataille de la stratégie occidentale dans le monde musulman après l’invasion désastreuse de l’Irak).

C’est un cas d’école de la stratégie chinoise infiniment plus subtile et profonde que ne laisse penser une apparence placide et calme. Dans ce cas de figure, elle vient de donner une double leçon de diplomatie et de stratégie au marais Washingtonien et ses relais internationaux.

C’est grâce à l’enlisement sans fin des États-Unis en Afghanistan et dans ce quelle appelait la Guerre sans fin contre la terreur que la Chine a pu se hisser au premier rang mondial. Elle veut maintenant démontrer la fiabilité de l’approche chinoise excluant la guerre dans un des pays les plus turbulents de la planète où tout l’arsenal de guerre de l’Empire a échoué (drones, forces spéciales, contre-insurrection de nouvelle génération, guérillas parallèles, bombardements aériens, maillage du territoire, prébendes des chefs locaux, corruption, etc.)

Les médias américains n’ont rien vu. Ils sont restés intoxiqués par les rumeurs d’un soutien militaire russe assez improbable aux Talibans alors que c’est la Chine qui attendait patiamment que le fruit rongé par les vers tombe tout seul.

Cela prouve que toute la stratégie US dans cette région du monde a non seulement échoué mais permis à la Chine d’etendre son influence vers l’Ouest et s’entretenir avec la principale force qui a émergé du conflit afghan. Realpolitik et stratégie de l’usure.

Nous sommes surpris par cet esprit stratégique insondable fondé sur l’art de la patience et de l’opportunité que nous ne pourrons jamais comprendre même en vivant une éternité en Chine. Les néoconservateurs US ont donc fini par offrir un très beau cadeau aux chinois. L’ex-président américain George W. Bush (il se recycle comme il peut dans la promotion des vaccins ces derniers temps) pourrait bien être un jour le récipiendaire d’une haute décoration de la République populaire de Chine pour services rendus.

Ronald Reagan avait reçu les Moudjahidines Afghans dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington dans les années 80. À l’époque ils étaient qualifiées de combattants de la liberté puisqu’ils se battaient contre l’Union Soviétique. Trois décennies plus tard, les chinois reçoivent les Talibans et les qualifient de partenaires fiables pour la paix. La différence sémantique est de taille mais le fond demeure le même. Dans le jeu des puissances et plus précisément dans le grand jeu asiatique au cœur duquel l’Afghanistan est un pivot central, la nuance est assez importante pour être soulignée. La Chine assume pleinement et sans complexe son nouveau rang de puissance mondiale dans un monde où plus rien ne sera comme avant.

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