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23/05/2022

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Guerre en Ukraine: l’Allemagne point pivot de Moscou?

La situation en Europe orientale est de plus en plus kafkaïenne au sens original du terme. Le conflit “chaud” gelé plus ou moins par l’application de quelques principes de la Gibridnaya Voyna russe (le  petit coup des petits hommes verts) pour faire face à une guerre hybride occidentale d’intensité croissante et variable n’est pas un potentiel de conflit susceptible d’aboutir à une guerre mondiale mais c’est déjà une guerre mondiale en cours.  Il faut être naïf pour croire que le conflit ukrainien n’a pas encore commencé. Il a débuté en février 2014 quand une révolution colorée a renversé Victor Yanukovitch et l’attaque des bases russes dans la presqu’île de Crimée, rappelant quelques réminiscences-ne serait-ce que par le nom, de la Guerre de Crimée de 1853-1856. Au mépris du temps, l’héritière de feu l’Empire ottoman, la Turquie, est toujours aux côtés des Britanniques contre les Russes dans le cadre d’une Alliance-empire qui ne dit pas son nom: l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord). 

La tentative de l’OTAN d’envahir le Donbass après la destruction dramatique du vol MH17 de la Malaysian Airlines (une série noire ayant débuté avec la disparition toujours non élucidée du vol MH370 assurant la liaison Kuala Lumpur- Beijing). Le front s’est stabilisé après un heurt mémorable entre deux stratégies hybrides opposées et aux principes contraires et assymétriques. Pour la première fois, la poussée historique de la stratégie hybride et assymétrique avec ses phases successives développées par la stratégie US depuis la fin des années 80 avec ses lots de victoires perçues comme telles (effondrement de l’ex-Union Soviétique, coup d’État en Roumanie, stratagème ayant poussé Saddam Hussein à envahir le Koweït, implosion sanglante de l’ex-Yougoslavie, révolutions colorées et guerres par proxy sous couvert de la lutte contre la drogue puis du terrorisme islamiste) a été frontalement bloquée en Ukraine par une autre stratégie de guerre hybride aux contours fort imprécis et au mode opératoire inconnu inspiré de l’expérience militaire russe au Levant. Le conflit ne s’arrêta pas pour autant mais il fut stabilisé autour d’un front ukrainien ouvert.

En dépit de sa profonde culture strategique, la Russie de Vladimir Poutine, a mis beaucoup de temps à s’apercevoir de la tromperie inhérente derrière le concept de l’expansion de l’Otan vers l’Est. L’ex-Union Soviétique du très rusé Josef Staline avait fatalement cru au Pacte de non-agression Molotov-Ribbentrop avant que l’Allemagne ne déclenche la formidable opération Barbarossa. De même, jusqu’au soir du 25 décembre 1991, Gorbatchev avait cru jusqu’à la dernière seconde qu’il avait sauvé le monde de la menace constante d’une confrontation nucléaire avec la seule bouteille de Cognac qui était à portée de main, avant de s’apercevoir qu’il s’était fait avoir en assistant à l’autoproclamation d’une victoire US. Aujourd’hui, la Russie de Poutine commence à s’apercevoir que les militaires de l’Otan sont stationnés dans les pays Baltes et que des batteries de missiles sont en déploiement effectif en Pologne et en Roumanie avant la ligne rouge ukrainienne. Cette situation place de facto le début de toute guerre éventuelle entre la Russie et l’Otan dans le Valdaï (Oblast de Novgorod) et les missiles de l’Otan à moins de deux minutes de Saint-Petersbourg. D’où la réponse russe basée sur le développement de missiles hypersoniques tactiques. Mais le facteur militaire brut n’est pas l’élément décisif. Simultanément au déploiement d’unités militaires et la saturation des circuits ELINT, les adversaires de la Russie ont tenté de catalyser à l’intérieur de ce pays les ferments d’une révolution colorée ou d’un avatar de la révolution de 1991 (les exemples historiques dans l’histoire russe ne manquent pas à cet égard). L’opération Navalny a été un échec mais il existe un potentiel évident pour l’émergence d’autres agents provocateurs vu la détérioration des conditions socio-économiques induites en partie par le mimétisme forcé de la grande comédie COVID mais également une guerre financière et monétaires que seul une coordination avec la Chine avait réussi à en atténuer les effets désastreux.

La situation géostratégique n’est donc pas favorable à la Russie dans cette configuration extrêmement difficile. Moscou y joue sa survie et les dirigeants russes leurs peaux au sens propre du terme. L’évaluation russe du contexte est que les États-Unis n’attaqueront pas directement la Russie parce qu’ils sont profondément divisés à l’intérieur et que ces divisions se reflètent au niveau de l’ensemble de leurs alliés. La division interne américaine n’a en effet jamais été aussi accentuée depuis la Guerre de Sécession et la Russie aurait probablement joué à aggraver et exploiter les lignes de fractures de l’intérieur US tout en bloquant les stratégies de Washington dans une région aussi vitale que le Moyen-Orient ou encore en Asie. Mais il demeure indubitable que le niveau de division atteint au sein de l’exécutif américain est assez accentué pour être perçu comme un phénomène per se. Le président Joe Biden et le premier responsable actuel de la CIA, Williams Burns tout comme Lloyd Austin seraient opposés à une confrontation armée directe avec la Russie car ils en connaissent les risques et ces derniers sont d’une magnitude telle qu’ils ne permettent aucune aventure, calculée ou pas, dans ce sens. Toute erreur de perception dans ce calcul aurait pour conséquence non seulement la vitrification d’une bonne partie de l’Europe mais l’effondrement de l’économie mondiale réelle et virtuelle. Paradoxalement et dans un remake dans le cheminement guerrier ayant mené à la désastreuse guerre en Irak, ce sont des civils qui se montrent les plus enthousiastes pour “cogner” l’Ours russe. On oublie trop souvent que le Secrétaire d’État Anthony Blinken est d’origine ukrainienne, de même que Victoria Nulland et une bonne partie des officiels du Département d’État qui ont passé l’ensemble de leurs carrières à adopter une attitude viscéralement anti-russe et à préconiser de partir en guerre contre la Russie.

L’une des stratégies que la Russie pourrait adopter est de dissocier l’Allemagne de Washington. Une tâche titanesque mais qui pourrait aboutir. Après tout la dislocation du Pacte de Varsovie n’a pas débuté ni en Pologne, en Tchécoslovaquie ou en Yougoslavie mais en Allemagne de l’Est. Moscou a tenté de neutraliser la Turquie en ménageant ses aspirations de puissance au Moyen-Orient et en Afrique mais Ankara, en dépit de convergences stratégiques et d’affinités culturelles et même ethniques avec la Russie soutient militairement l’Ukraine et poursuit sa partition au sein de l’Otan en coordination avec Washington tout en méprisant au plus haut point ses alliés européens. Le point pivot sur lequel Moscou peut agir est donc et encore une fois l’Allemagne. L’affaire Nordstream2 devait agir comme un catalyseur mais les russes tablent moins sur le conservatisme que le pragmatisme allemand. C’est un jeu d’échecs à mouvements constamment bloqués. Les Russes tentent de forcer la main aux Allemands suivant une stratégie économique hybride et en comptant sur le rejet d’une partie de la population allemande de la tutelle US.

La ligne rouge va bientôt être atteinte par l’Otan. Tous les protagonistes le savent depuis 2016. Le déploiement de missiles nucléaires tactiques par l’Otan en Pologne, en Roumanie et en Grèce a amené la Russie à développer et déployer des armes nucléaires hypersoniques, à renforcer son arsenal non-conventionnel et à développer les armes orbitales. Sur le plan politique, Moscou tentera de dissocier l’Allemagne de la stratégie atlantiste tout en singularisent les bellicistes US d’origine ukrainienne et à négocier un nouvel arrangement sécuritaire global avec l’empire. Ce ne sera pas une mission aisée. L’extension de l’Otan vers les ex-républiques soviétiques est déjà une réalité en ce qui concerne les pays Baltes. Une partie de l’establishment russe, notamment les factions dures, veut annexer l’Ukraine (le président Tchétchène Ramzane Kadyrov s’est même exprimé en ce sens) et donner une leçon à un ennemi jugé mortel. Mais la réalité est plus complexe. Le jeu de Go et de poker autour de l’immense Russie fait que ce pays ne pourra pas faire face seul aux tentatives atlantistes et c’est là précisément que le partenariat stratégique avec la Chine prend toute son importance. D’un autre côté, l’Allemagne doit comprendre qu’une guerre nucléaire tactique même limitée en Europe anéantira l’ensemble de ses ambitions futures à l’intérieur et, c’est plus intéressant, à l’extérieur du carcan atlantistes ou de la Constitution allemande de 1949. Par une énième ironie du sort, l’évolution du bras de fer entre Moscou et Washington en cette fin d’année 2021 pourrait de façon totalement inattendue mener vers une nouvelle Allemagne, à condition que celle-ci échappe éventuellement à la destruction. Cette résurgence allemande est désormais calculée du côté russe comme un paramètre avec lequel il faut à la fois surveiller et utiliser comme un contrepoids disruptif au sein d’une alliance militaire qui tend à se substituer à un empire et dont l’extension à l’Est en Eurasie menace la survie de la Russie.

 

 

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