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19/05/2022

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 Πάντα ῥεῖ…

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Preuves de l’existence de Dieu: Ajustement du débat

Introduction : la difficulté d’une preuve « scientifique »


La parution du livre de Michel-Yves Bolloré et d’Olivier Bonnassies « Dieu, la Science et les Preuves » a suscité beaucoup d’intérêt chez le public et les milieux intellectuels. Ce livre est composé de deux parties : une partie dite scientifique et une partie non scientifique. En réalité, j’ai terminé un livre dont le but est de réfuter la thèse de Richard Dawkins qui voudrait prouver l’inexistence de Dieu. Mais je n’ai jamais été tenté d’écrire un livre sur les preuves scientifiques de l’existence de Dieu. Pourquoi ?


En réalité, il est légitime de faire face et de contrecarrer les arguments prétendument scientifiques avancés par les athées pour prouver l’inexistence de Dieu. Il n’y a pas vraiment de preuves scientifiques à son existence. Le corollaire de cette situation n’est autre que la difficulté de révéler des preuves scientifiques à l’existence de Dieu. La raison à cela n’est autre que la structure de la science elle-même. Celle-ci est basée, selon Karl Popper, sur la réfutabilité. Une théorie n’est scientifique que si elle est réfutable. C’est une véritable ligne de démarcation qui sépare la science de la non-science. L’existence de Dieu n’est pas réfutable surtout pour des croyants comme nous. Celle-ci relève de l’irréfutabilité comme l’est l’Au-delà, le paradis et l’enfer. Ainsi, on ne peut lister des preuves scientifiques de l’existence de Dieu parce que ces preuves seront réfutables. Si après qu’on découvre une preuve, quelqu’un d’autre pourrait dire : « je peux réfuter cette preuve ». Le cheval du croyant serait ainsi désarçonné.
Par ailleurs, la science a été construire en Europe sans tenir compte de l’existence de Dieu. Depuis Laplace qui a considéré Dieu comme une hypothèse inutile jusqu’à Einstein qui considère que la gravitation n’est qu’une courbure de l’espace-temps qui est quelque chose de gratuit et d’universel, la science n’a jamais tenu en compte l’existence de Dieu dans l’élaboration des théories scientifiques. Al-Ghazali aurait dit que c’est Dieu qui est la cause de la chute des corps et à chaque instant en remettant en cause même le principe de causalité. Or, la science dit quelque chose de foncièrement différent : c’est la courbure de l’espace-temps qui provoque la gravitation. La causalité scientifique est gratuite, systématique, universelle et naturelle. Ce sont des caractéristiques qui cohabitent mal avec l’existence de Dieu. Pour pallier à cette situation, il faudrait élaborer des théories qui tiennent compte de l’existence de Dieu. Ce qui n’a jamais été fait.
Ainsi, parler de preuves scientifiques de l’existence de Dieu est un peu présomptueux et qui s’inscrit en porte-à-faux contre la structure de la science. Que reste-il ? La question de l’existence de Dieu n’est pas une question scientifique mais plutôt religieuse et philosophique. En religion et en philosophie, on parle de choses irréfutables et non de concepts réfutables.
Il est donc possible de consacrer un espace pour développer des preuves philosophiques de l’existence de Dieu. Mais ceci n’est pas un exercice vain. Bien au contraire : la philosophie permet de parler de choses vraies autant que la science de la nature. Les philosophes du Cercle de Vienne ont tenté de rectifier la philosophe et non la déconstruire. La philosophie permet d’élucider les propositions scientifiques et elle parle de choses vraies et qui ont un sens. C’est une philosophie scientifique.
Les affirmations de la science sont des « sables mouvants » : les limites du livre sur Dieu, les preuves et la science.
Lorsqu’on examine les idées développées dans ce livre on remarque à quel point notre approche se vérifie. Lorsque les deux auteurs parlent de la mort thermique de l’univers, ils se basent sur le deuxième principe de la thermodynamique. Or, rien ne nous dit que ce principe se vérifie dans l’immensité de l’univers. On observe bien que des étoiles naissent dans les amas intergalactiques. La naissance d’une étoile est bel et bien un passage du désordre vers l’ordre, ce qui contredit le second principe de la thermodynamique. Si on va plus loin, il y a une théorie qui a été élaborée il y a quelques années et qui consiste à imaginer qu’un univers « préhistorique » se serait effondré sur lui-même pour rebondir ensuite et commencer à connaître une nouvelle expansion qui est l’Univers aujourd’hui. Cette théorie du Big-bounce parle de ce qui existait avant le Big-bang.et jette les bases d’une vision cyclique sur le passé et le futur de l’Univers. Une telle théorie viole le second principe de la thermodynamique puisque l’effondrement de l’univers donne naissance à un autre univers, c’est-à-dire un espace ordonné alors que l’effondrement désordonne l’univers.
Par conséquent, le second principe de la thermodynamique qui permet aux deux auteurs d’expliquer la mort thermique de l’univers ne peut pas être une certitude absolue. Il est certain qu’il sera remis en cause tôt ou tard.
Pour eux, il y a également un autre concept majeur : le temps zéro de l’univers à partir duquel il y a eu création. Ce qui est, selon eux, une preuve pour la création. Or, cette notion de temps zéro au-delà des difficultés conceptuelles qui y sont inhérentes soulève une difficulté majeure : les recherches actuelles en cosmologie portent sur ce qui exista avant le temps zéro.
L’idée que toute la matière de l’univers était concentrée dans un point de densité infinie repose sur la théorie de la relativité générale alors que la mécanique quantique ne joue aucun rôle. C’est une situation inconfortable sur le plan scientifique, surtout que pour la science, la singularité qui fut le point zéro a été toujours un mystère surtout. Pour les scientifiques, ce mystère cache un secret profond qui n’est autre qu’une théorie unifiée (relativité générale et mécanique quantique).
Mais il existe aussi un malaise chez les scientifiques lorsqu’ils parlent d’un début de l’Univers comme s’il n’y avait rien avant ce début. Le modèle d’un univers qui a eu un début signifie qu’il y a eu peut-être une création ex nihilo. Ce sous-entendu est vraiment gênant pour les scientifiques. Afin de remédier à ce problème, ils développent depuis quelques années des théories exotiques et qui partagent toutes un point commun : avant l’Univers que nous connaissons, il y avait peut-être d’autres univers qui lui ont donné naissance.
Des chercheurs de l’Institut Périmètre ont publié un article dans Scientific American dans lequel ils imaginent que notre univers pourrait avoir pris naissance d’un trou noir contenu dans un univers ayant quatre dimensions. En fait, ils imaginent que notre Univers actuel n’est qu’une enveloppe tridimensionnelle entourant l’horizon des événements d’un trou noir à quatre dimensions. Suite à l’effondrement d’une étoile dans cet univers exotique, un trou noir s’est formé dont l’horizon des évènements est tridimensionnel. Par conséquent, notre univers serait né du cadavre d’une étoile qui a existé dans un univers à quatre dimensions.
L’autre théorie qui a été élaborée il y a quelques années consiste à imaginer qu’un univers « préhistorique » se serait effondré sur lui-même pour rebondir ensuite et commencer à connaître une nouvelle expansion qui est l’Univers aujourd’hui. Cette théorie du Big-bounce redonne de l’importance à une vision cyclique sur le passé et le futur de l’Univers.
Par conséquent, la notion de temps zéro est quasiment dépassée aujourd’hui. En réalité, la science évolue sur les plans à la fois conceptuel et expérimental tellement vite que ce qui est valable aujourd’hui risque demain d’être remis en cause. Ce ce que les philosophes appellent l’induction pessimiste. On ne peut donc s’appuyer sur ces concepts pour prouver l’existence de Dieu.
Les limites de ce livre apparaissent clairement lorsque les deux auteurs affirment dans la page 92, « On ne peut donc pas, a priori, avoir de connaissance directe de l’avant Big-bang et cet état de pré-espace-temps restera sans doute à jamais à l’extérieur de la science expérimentale ». En réalité, la découverte expérimentale des ondes gravitationnelles permet aujourd’hui d’espérer percer la réalité de l’univers au-delà de la lumière visible et des rayonnements x et Gama. De ce fait, il n’est pas impossible d’étudier l’état de l’univers avant le Big-bang.
Les progrès de la science sont des sables mouvants et il ne faut pas s’y approcher parce qu’on risque d’être emportés dans le tourbillon des découvertes et des concepts en affaiblissant nos croyances et nos certitudes.
Je pense qu’il serait mieux de revenir à une vielle tradition philosophique qui a disparu à l’époque des lumières et qui s’est développée bien avant la science.
Cette tradition veille à trouver et affermir les preuves de l’existence de Dieu sur un plan philosophique. Tout en étant en phase avec cette vieille tradition, nous avons développé de nouvelles preuves en s’appuyant sur les limites de la science.
3. Les preuves de Saint-Thomas d’Aquin
Il y a cinq preuves de Thomas : d’abord il y a la notion de moteur non mû qui remonte en fait à Aristote. Le Dieu est le premier moteur parce s’il n’existe pas, il y aurait une régression à l’infini. En second lieu, Dieu est la cause sans cause qui arrête la régression des relations causales (tout chose à une cause). Le troisième argument est de nature cosmologique, il suppose que le monde a eu un commencement et qu’avant ce commencement, il n’y avait rien. Par conséquent, c’est Dieu qui a provoqué l’existence du monde. La quatrième preuve a trait au degré de perfection : dans le monde les choses bonnes ou mauvaises se présentent par degrés. Ainsi, la perfection parfaite à laquelle se réfèrent ces choses n’existe que grâce à Dieu qui est la perfection ultime dans la mesure de toute chose. Enfin, il y a l’argument du dessein qui stipule que dans le monde, il y a une direction et un ordre qui supposent l’existence d’un ordonnateur ou d’un horloger.
Richard Dawkins a tenté dans son livre apologétique « En finir avec Dieu » de critiquer ces preuves : la première est ce qu’il appelle le luxe de sortir Dieu de la régression à l’infini des causes. « …Nous admettons le luxe discutable qui consiste à faire apparaître un être assez fort pour mettre fin à une régression infinie… » a-t-il affirmé. La seconde critique est basée sur une prétendue contradiction entre l’omniscience et la toute-puissance. Dawkins déclare « …il n’a pas échappé aux logiciens que l’omniscience et la toute-puissance sont incompatibles. Si Dieu est omniscient, il doit déjà savoir comment il doit intervenir pour changer le cours de l’histoire en usant de sa toute-puissance. Mais cela, signifie qu’il ne peut changer d’avis sur son intervention et donc, qu’il n’est pas tout puissant ». S’agissant de l’argument de la perfection, il lance ses mots peu intellectuellement corrects « Vous pourriez aussi bien dire que les individus ne sentent pas tout aussi mauvais, mais qu’on ne peut faire la comparaison qu’en se référant à un maximum parfait de puanteur. Il doit exister un être hors pair, exceptionnellement puant, et nous l’appelons Dieu ». Dawkins se refuse d’appeler la cause ultime de l’Univers, Dieu, il lui préfère une singularité physique qu’on appelle le Big-bang.
En fait, dans sa seconde critique, Dawkins se trompe parce qu’il n’explique pas ce qu’il appelle le cours de l’histoire. S’il parle du cours normal et causal des phénomènes physiques de la nature, ces derniers obéissent à des lois physiques créées par Dieu. Il n’a donc pas changé d’avis puisque les lois physiques sont immuables sauf dans le cas très rare des miracles. Concernant les cours de l’histoire humaine, je partage le point de vue des Mutazilites qui considèrent que les hommes créent leurs propres actions et qu’ils sont responsables de ces actions. Dieu n’a pas besoin de changer d’avis dans le cours des évènements humains parce que ce sont les hommes qui provoquent leurs actions. Son omniscience et sa toute-puissance sont donc compatibles par ce que Dieu crée les lois physiques et les hommes sont libres dans leurs décisions et actions.
Dieu ne revient pas en arrière dans le temps pour modifier ses actions puisque les lois physiques une fois établies fonctionnent d’elles-mêmes alors que les hommes sont libres de prendre leurs actions ou pas et d’entreprendre des actions mauvaises ou bonnes. Quant aux miracles, ils sont décidés bien à l’avance et réalisés le moment voulu.
Concernant le luxe d’échapper à la régression à l’infini des causes, on peut dire que Dieu est lui-même infini. Ce n’est pas un luxe pour lui de provoquer la première relation causale. L’infinité de Dieu est suffisante en soi pour provoquer la première cause. La première cause est infinie, elle donne naissance à tout l’Univers. Saint Thomas a bien précisé que le monde et les choses sont des effets sensibles de Dieu. C’est pour cette raison qu’il parle du premier moteur : Tous les corps sont soit en mouvement, soit ils sont immobiles. Mais tout mouvement d’un corps est provoqué par un autre corps. Afin d’éviter une régression à l’infini, il est nécessaire d’admettre l’existence d’un moteur qui n’est mis en mouvement par aucun corps. Ce premier moteur n’est autre que Dieu. La première cause ou le premier moteur n’est pas un corps, c’est une cause infinie et suffisante pour donner naissance à l’univers. Une simple singularité physique n’est pas suffisante en soi pour donner naissance à quelque chose d’aussi immense que l’Univers. C’est pour cette raison qu’il considère que le mouvement éternel est une erreur de la philosophie qui doit être corrigée.
Saint Thomas a réussi à éviter ce piège en affirmant que Dieu connait les choses avant qu’elles n’existent et par conséquent sa connaissance couvre les particuliers et leurs causes. Il ajoute que l’ordre du monde reflète une certaine « noblesse » qui justifie la connaissance par Dieu de ces choses.
Il recourt ainsi à la métaphysique pour réaffirmer les attributs de Dieu, ce qui est vraiment assez rationnel. Il n’admet pas à la suite d’Aristote que les Universaux n’existent pas en dehors de l’âme alors que l’Intellect comprend les choses en dehors de l’âme.
Concernant l’argument de la perfection et contrairement à ce qu’affirme Dawkins, il n’y a pas de perfection pour les choses négatives. Celles-ci sont imparfaites par définition. En plus, il n’a pas compris Saint Thomas. Ce dernier a bien constaté que dans ce monde, il y a de la contingence qui est reflétée par la relation entre les choses imparfaites et la perfection d’un être suprême qui est Dieu. L’existence d’une perfection ultime et maximale qui compense les perfections limitées des choses dans le monde est une nécessité parce qu’il y a une relation entre l’être suprême et les êtres inférieurs du monde.
Saint Thomas a été le premier à relier la métaphysique, ou ce qu’on appelle science première, et les sciences naturelles qu’on appelle « inférieures ». On dit que c’est Aristote qui a développé cette vision unificatrice. Pour Saint Thomas, la science première étudie l’être le plus élevé alors que la science universelle est l’étude des êtres en tant qu’êtres. Mais il affirme également que du fait que la science première étudie l’être le plus élevé, elle est appelée également à étudier les êtres en tant que tels et devenir ainsi la science universelle. C’est en fin de compte une synthèse ou une unification de la métaphysique qu’entreprend Saint Thomas selon sa propre compréhension de l’œuvre d’Aristote.
Par conséquent, Dawkins ne peut pas critiquer les preuves de Saint-Thomas sans remettre en cause tout son système philosophique qui est assez puissant et qui puise ses racines dans les enseignements d’Aristote. Les choses de la nature et le monde dans son ensemble sont des effets sensibles de Dieu. Pour expliquer cette relation causale, il ne se contente pas de l’étude des êtres en tant qu’êtres mais aussi et surtout de l’étude des êtres en tant qu’effets sensibles d’êtres supérieures et ultimement de Dieu lui-même. Il y a donc une possibilité d’analogie entre les deux types d’êtres d’où la preuve du degré de perfection. Puisque les êtres sont des effets sensibles de l’être suprême, les qualités de ces êtres tendent à se comparer avec les attributs divins. La bonté des hommes par exemple n’est qu’un reflet de la bonté divine qui est parfaite. On peut même utiliser la notion d’infinité de Dieu pour comprendre que ces attributs sont également infinis. La bonté et la mansuétude divines sont infinies. C’est de cette manière, que le caractère fini de la bonté et de la mansuétude se réfèrent aux attributs de Dieu.
4. La preuve ontologique
Il y a bien entendu le fameux argument ontologique qui a été conçu par Anselme de Cantorbéry en 1078 et qui considère que Dieu est un être parfait et que la perfection implique nécessairement l’existence. Donc Dieu existe.
Leibniz considère qu’une telle affirmation est un peu forcée et qu’il est préférable d’ajouter la notion d’être nécessaire. En ce qui concerne Kant, il récuse tout lien entre la définition et l’existence. Selon lui, l’argument d’Anselme est gratuit et purement abstrait. L’existence est quelque chose qui ne s’ajoute pas systématiquement à l’affirmation sur la perfection divine. En reprenant ces critiques, Dawkins affirme « j’aurais automatiquement sérieusement mis en doute tout raisonnement qui aboutirait à une conclusion aussi importante sans être alimenté par une seule donnée sur le monde réel. C’est peut-être simplement le signe que je suis scientifique et pas philosophe. »
Par conséquent, il faudrait s’arrêter sur ce point et vérifier une chose : s’il n’y a pas a priori un lien entre la définition de Dieu et son existence comme le prétend Emmanuel Kant, il convient en revanche de vérifier si les données du monde réel et surtout les connaissances humaines qui appréhendent ces données empiriques sont a posteriori parfaites. Si elles sont parfaites et infaillibles, alors rien ne justifie, en se rappelant la preuve d’Anselme, l’existence d’une perfection ultime et supérieure.
Or, la science qui est la forme supérieure de la pensée humaine est faillible. C’est pour cette raison que nous avons élaboré un nouvel argument ontologique basé sur la faillibilité de la pensée humaine. Cette faillibilité est la meilleure preuve de l’existence de Dieu. En fait, nous contournons le problème de l’existence ontologique, c’est-à-dire de l’être, qui n’est pas en fait la condition la plus importante dans l’absolu. Le plus important est plutôt l’existence de la perfection de la pensée. Si la pensée humaine n’est pas parfaite, alors il doit exister par induction une pensée plus parfaite. Cette pensée et celle de Dieu. Nous allons décortiquer cet argument dans la section suivante. Ce que nous proposons de faire est de démontrer que la pensée scientifique rencontre des limites et qu’elle ne peut pas tout appréhender.

5. La preuve basée sur la faillibilité de la pensée humaine
Nous développons cette preuve qui ressemble un peu à l’argument ontologique et à l’argument de la perfection en contournant les difficultés soulevées par des philosophes comme Leibniz et Kant sur l’absence de lien entre l’existence et la définition de Dieu. Cette preuve est basée également sur des faits réels. Elle se formule comme suit :
Nous ne connaissons aucune forme de vérité et de pensée plus parfaites dans notre monde que la pensée humaine scientifique
La pensée humaine la plus élaborée et qui est contenue dans le savoir scientifique est faillible (imparfaite).
La pensée humaine prétend détenir la vérité sur le monde
La pensée humaine n’est pas parfaite alors qu’elle prétend détenir la vérité.
Par conséquent, la notion de vérité absolue et d’esprit parfait ne sont pas contenus dans la pensée humaine.
Il y a donc un monde ou la vérité et une pensée plus parfaite existe.
Ce monde n’a rien à avoir avec le monde humain
Ce monde est dirigé par un être suprême supérieur à l’homme
Cet être suprême est Dieu
Par conséquent, Dieu existe
Pour démontrer cette preuve il suffit de justifier la première prémisse : la pensée humaine contenue dans le savoir scientifique et faillible.
On peut expliquer cette prémisse en évoquant les éléments suivants :
a. L’antiréalisme de la physique moderne :
Selon la vision traditionnelle en science, les théories scientifiques décrivent la réalité physique qui serait plus « réelle » en quelque sorte que ce que nous observons. Selon un point de vue assez général, le réalisme scientifique est la meilleure explication du succès de la science. C’est ce qu’Hillary Putnam appelle l’argument du miracle : le réalisme est la seule philosophie permettant de considérer que la science n’est pas un miracle. Les théories scientifiques sont des instruments efficaces parce qu’elles permettent de faire beaucoup de choses comme prédire, calculer, expliquer et surtout intervenir et manipuler les entités du monde physique. L’existence de ces atouts de la théorie est la meilleure preuve que le réalisme est vrai.
Toutefois, de nombreux philosophes parmi les constructivistes comme Bas van Fraassen, les relativistes et les pragmatiques ont critiqué cette position en arguant que l’évolution et la pratique de la science ont affaibli le réalisme. Arthur Fine a déclaré de manière solennelle : « le réalisme est mort. Sa mort a été annoncée par les néopositivistes qui se sont rendus compte qu’ils pouvaient accepter tous les résultats de la science, y compris tous les membres du zoo scientifique, est néanmoins déclarer que les questions soulevées par les assertions d’existence du réalisme étaient de simples pseudo questions ».
C’est vraiment l’évolution de la science qui remet en cause, selon ces courants de pensée, la vision selon laquelle la science actuelle nous donne une image vraie du monde parce que l’idée d’évolution et de changement réduit les théories scientifiques à de simples instruments de calcul et de prédiction et non de théories décrivant le monde. Selon Bas van Fraassen, la science ne vise tout au plus que « sauver les phénomènes » à travers un processus continuel de perfectionnement et d’amélioration. C’est ce qu’il appelle l’adéquation empirique. La science ne peut viser que l’adéquation empirique avec les phénomènes qui dédouane les scientifiques de croire que leurs théories soient vraies et que les entités qu’elles décrivent soient réelles.
Ce qui a amené un nombre de plus en plus grand de philosophes à se démarquer du réalisme ce sont les problèmes soulevés par l’interprétation de la mécanique quantique et le triomphe de la philosophie « antiréaliste » de Niels Bohr que nous désignons tour à tour comme une forme de mathématisme ou de rationalisme par rapport au réalisme mondain d’Einstein.
Par exemple, il y a la divergence Bohr-Einstein d’octobre 1927. Einstein et ses collègues ont déclaré que la mécanique quantique n’était pas une théorie complète et que des entités cachées se tapissent dans l’ombre et expliquent les phénomènes quantiques. Ces variables cachées permettent, selon eux, de mettre fin aux aspects déroutants de la théorie quantique comme la dualité onde-corpuscule et le principe de superposition. En revanche, pour l’école de Copenhague, la théorie quantique repose sur une formulation abstraite mais cohérente de la réalité qui se résume à l’existence d’une entité mathématique et abstraite qui est la fonction d’onde. Or, la prédiction d’Einstein n’a jamais été confirmée et l’interprétation positiviste de l’école de Copenhague est toujours valide.
b. L’induction pessimiste : C’est un « coup dur » pour le réalisme. Selon ce principe, de nombreuses théories scientifiques se sont révélées comme fausses par le passé. Une telle discontinuité dans l’évolution de la science nous incite à inférer que les théories actuelles peuvent subir le même sort. On peut aborder l’induction pessimiste de la manière suivante : la science contient des théories qui ont réussi sur le plan empirique. Il est donc naturel qu’on puisse affirmer qu’elles sont vraies. Mais l’histoire de la science nous apprend également que des efforts conceptuels similaires ont abouti à des théories fausses. Aucune discipline scientifique n’est immunisée contre les risques du changement.
Beaucoup de théories dans le passé qui ont été reconnues comme vraies et qui ont formé un pilier du monde scientifique de l’époque se sont révélées comme erronées. La théorie calorifique de la chaleur était considérée comme très satisfaisante au 18ème siècle. Elle n’est plus regardée aujourd’hui que comme approximativement vraie. Il est impossible que la théorie qui nous dit que la chaleur est une substance fluide soit une approximation de la théorie qui stipule que le phénomène de la chaleur est le résultat du mouvement des molécules. Si cette dernière théorie est vraie, alors la première est complètement erronée. Il en est de même pour des théories comme celles de l’éther ou de l’espace et du temps absolus qui ont été remises en cause par la théorie de la relativité restreinte. A partir de cette constatation, on peut s’interroger sur le bienfondé de la supériorité des lois physiques sur un autre domaine du savoir.
c. La question de l’ontologie en physique : Il existe aujourd’hui de réelles incertitudes inhérentes aux concepts de particule et de champ quantiques depuis le développement de la mécanique quantique des champs. On ne sait plus vraiment ce que sont les particules et les champs quantiques.
Malgré ses succès, la mécanique quantique des champs soulève des difficultés d’interprétation des notions de particule et de champ qui sont héritées de la physique classique. Tout d’abord, la distinction entre les deux entités, à savoir les particules et les champs, est artificielle au sein même du cadre conceptuel de la théorie car celle-ci associe à chaque particule un champ. Par exemple, il y a un champ électronique pour l’électron (le photon est la particule associée au champ électromagnétique), un champ pour chaque quark, etc. Il y a également des particules pour chaque type de champ.
Ainsi, les physiciens ne sont pas tombés d’accord sur l’entité la plus fondamentale du monde quantique. Certains réclament une théorie quantique basée sur la notion de champ et d’autres considèrent les particules comme étant les entités fondamentales de la théorie. Il n’y pas donc pas de consensus sur les notions théoriques de la mécanique quantique des champs.
d L’insuffisance des théories : Certains philosophes (comme Van Fraassen) admettent l’existence de théories concernant les entités inobservables mais ces théories ne peuvent décrire, selon eux, la réalité ni être vraies ou approximativement vraies. Ils croient aux théories mais ils sont antiréalistes dans un sens large en s’opposant au réalisme scientifique qui consacre la prééminence de la vérité de la théorie et sa description de la réalité.
D’autres philosophes (comme Nancy Cartwright) affirment que les lois fondamentales ne sont pas utilisées par les scientifiques pour décrire la réalité. Le seul contenu théorique qu’ils reconnaissent sont les « lois phénoménologiques » qui sont plus des modèles idéalisés que des lois fondamentales ou des théories élaborées. Ils soulignent que les lois fondamentales ne sont ni vraies, ni fausses et que nous ne possédons que des « généralisations » descriptives de nature causale et étroitement liées aux données empiriques. Celles-ci sont loin d’être des lois scientifiques.
e. Absence d’unité et de cohérence de la science : Contrairement à ce que laisse penser certains scientifiques, il n’y a pas d’unité de la science. Non seulement les théories de la mécanique quantique n’ont rien à voir sur le plan épistémologique avec la mécanique classique, alors que les deux domaines restent valables sur le plan scientifique, mais en plus, il existe plusieurs concepts scientifiques qui sont irréductibles les uns aux autres. Il faudrait ajouter à cela, l’existence de différentes interprétations concurrentes de phénomènes physiques et les physiciens n’arrivent pas à trancher entre elles.

Malgré le caractère étrange de la fonction d’onde, il n’en demeure pas moins vrai qu’il y a une oscillation qui caractérise véritablement la mécanique quantique dans le sens d’une fragmentation épistémologique. La fonction d’onde, l’entité de base de la mécanique quantique fait l’objet d’un débat controversé sur sa nature physique.

Il y a d’abord l’interprétation de Copenhague : la fonction d’onde est un objet mathématique qui reflète la probabilité de présence d’une particule dans un endroit précis. La densité de probabilité de présence de la particule dans la position r à l’instant t est alors donnée par le carré du module de la fonction d’onde. La probabilité de présence d’une particule est considérée, par les fondateurs de cette école de pensée, comme la probabilité du résultat d’une mesure. Or, la mesure perturbe le comportement d’une particule quantique et il devient alors impossible de connaitre en même temps deux de ses propriétés (comme l’énergie et la vitesse ou la position et la vitesse) selon le principe d’indétermination de Heisenberg.

La deuxième interprétation est celle de David Bohm qui est appelée aussi l’interprétation de l’onde-pilote de Louis de Broglie. Elle prédit que la fonction d’onde existe réellement dans le monde physique. Une onde-pilote est associée à la particule et détermine sa position et son mouvement. L’onde-pilote est distincte de la particule, laquelle possède une vitesse et une position bien déterminées. Mais elle agit sur la particule à travers un potentiel quantique. Contrairement à la théorie de Bohr-Heisenberg (Ecole Copenhague), la théorie de Broglie-Bohm est déterministe.
La troisième interprétation est celle des univers multiples d’Everett. Celle-ci part du principe que l’observation et la mesure de l’état quantique ne sont pas probabilistes mais déterministes. Le monde quantique est également déterministe. Ces deux postulats représentent un rejet pur et simple de l’interprétation de Copenhague. Selon cette approche, l’Univers se multiplie en plusieurs branches dans lesquelles se réalisent les différents résultats de la mesure sans pour autant que se réalise un effondrement de la fonction d’onde. C’est à cette condition que le principe de la dualité onde-corpuscule et le principe de superposition des états quantiques peuvent êtres réconciliés.
Toutefois, cette interprétation suscite des interrogations sur deux énigmes auxquelles cette théorie fait face : elle n’explique pas les causes sous-jacentes à l’articulation de l’Univers en plusieurs branches. Par ailleurs, le concept d’intrication des états quantiques qui reflète la corrélation entre les propriétés des particules quantiques qui sont séparées dans l’espace physique (les particules quantiques agissent comme un seul système quantique) entre en contradiction avec l’idée de la formation de plusieurs branches séparées de l’Univers qui correspondent chacune aux résultats observés lors de la mesure.
Il est intéressant de faire remarquer que cette fragmentation épistémologique entre plusieurs interprétations de la fonction d’onde est un processus en pleine expansion. La liste des interprétations possibles n’est pas close. D’autres ont été proposées et d’autres encore le seront dans les prochaines années, ce qui confirme la thèse de l’induction pessimiste et celle du faillibilisme.
Par ailleurs, il y a des raccourcis dans les constructions scientifiques qui ne reflètent pas une réalité physique. Certaines théories ne parviennent pas à prédire certaines constantes indispensables. Le meilleur exemple de cette insuffisance est l’électrodynamique quantique (QED). Malgré le fait que cette théorie représente un progrès décisif en physique de l’infiniment petit en raison de la fusion qu’elle implique entre la théorie de la relativité restreinte et la mécanique quantique, elle n’a été possible que grâce à une renormalisation mathématique qui permet d’éliminer les infinis qui sont le résultat inévitable de cette théorie et qui sont contradictoires avec les observations.
La raison de cette aberration mathématique est liée au secret le plus profond de cette théorie physique : un électron n’est pas une particule individualisée et parfaitement identifiable pour un observateur comme une bille ou une boule de billard. Il est entouré d’une myriade de particules virtuelles qui attribuent aux propriétés physiques de l’électron (masse, charge) des valeurs infinies.
Les physiciens ne sont parvenus à s’en débarrasser que grâce à une subtilité mathématique. Dès lors que l’expérience permet de connaître la valeur des propriétés physiques de l’électron, les infinis qui sont le produit des équations de la théorie sont éliminés mathématiquement. Cette situation qui a été considérée par les physiciens dans les années quarante, durant lesquelles la théorie (QED) a été élaborée, comme inconfortable, confirme la faillibilité de la théorie. Les infinis sont en fait supprimés des équations en divisant un infini par un autre.
A partir de l’électrodynamique quantique, l’idée de vecteurs de force véhiculés par des particules appelés « bosons » fait son chemin et rencontre un grand succès. Désormais les bosons deviennent les vecteurs de forces.
Là, une construction théorique se généralise à toutes les théories traitant des forces de la nature. Mais si l’idée de l’échange « bosonique » entre particules a été un point d’ancrage solide pour les théories du modèle standard, il n’en demeure pas moins vrai que le problème des infinis et la nécessité d’une renormalisation refont à chaque fois surface.
Par ailleurs, de nouveaux concepts théoriques ont été inventés comme les concepts de « saveur », de « couleur », de « charme » et « d’étrangeté » et il n’est pas possible de les rapprocher de concepts théoriques antérieurs.

Cette difficulté touche également la révolution einsteinienne qui a entraîné non seulement un bouleversement scientifique des concepts d’espace et de temps mais également une révision des fondements épistémologiques de notre connaissance du réel physique. La recherche théorique qui a débouché sur les théories de la relativité n’est pas parvenue à édifier une science définitive et une connaissance ultime et parfaite du monde d’un point de vue métaphysique.

La nouvelle vision du monde physique héritée d’Einstein implique une remise en cause des notions de substance et d’essence inhérentes aux concepts d’espace et de temps qui représentent les notions fondamentales sur lesquelles reposaient la physique newtonienne et plus particulièrement les théories d’espace et de temps absolus.

L’abandon de ces notions a amené Einstein à reprendre dans sa physique les bases d’une philosophie élaborée par Ernst Mach qui l’a grandement influencé et qui est basée sur les relations entre les phénomènes comme le mouvement. Un mouvement détermine un autre mouvement et il n’y a rien qui puisse nous permettre de faire reposer nos connaissances sur les mouvements hormis un autre mouvement. C’est ainsi que s’est forgé le principe de relativité qui rompt avec toute métaphysique de l’essence et de l’absolu.

Cette nouvelle physique est marquée par le rejet de la métaphysique qui est considérée comme une rupture avec les données empiriques produites par la perception. Mais comment ce nouveau « phénoménisme » relativiste s’affirme dans notre entendement scientifique ? C’est uniquement grâce au formalisme mathématique. La science se réduit donc à l’étude de phénomènes physiques dont aucune connaissance ne peut être établie avec certitude hormis les relations réciproques entre les phénomènes qui s’expriment uniquement dans le formalisme mathématique.

La conséquence épistémologique la plus importante du bouleversement phénoméniste provoqué par la théorie de la relativité einsteinienne est donc le rejet du substantialisme et de la chose en soi kantienne.

L’une des théories les plus élaborées de la physique moderne ne parvient pas, quoi qu’on dise, à couvrir de manière disons métaphysique et ontologique le réel. Dans des phrases pleines de sens, Carr résume la quintessence de la théorie de la relativité en rappelant que dans le monde physique décrit par cette théorie : « … Les systèmes de référence sont définitifs sans être absolus, et relatifs sans être conditionnés extérieurement, dans lequel chaque système est suffisant par soi-même et contient sa propre norme ». Il n’y a aucune extériorité qui permet de fonder notre certitude métaphysique. La physique se réduit à des systèmes qui deviennent les références invariantes de tous les phénomènes physiques. Il n’y a plus aucune « absoluité » dans les concepts physiques et l’accès au réel procède par un travail approximatif qui ne repose sur aucune ontologie.


f. L’essor de la modélisation au détriment de la représentation du réel : L’autre aspect du faillibilisme théorique est l’essor des modèles : la physique théorique recourt fréquemment à des modèles formels qui sont souvent très abstraits. En fait, les modèles ont envahi tous les secteurs de la science et de la technique.
L’origine des modèles est bien ancrée dans l’histoire de la science. Mais ce qui est sûr est qu’ils sont des paradigmes qui sont très éloignés de la perception. Dans les modèles, l’expérience perceptive est remplacée par des systèmes de représentation qui sont soit de nature numérique, c’est-à-dire mathématique, soit inductive (c’est-à-dire des représentations très généralisées des phénomènes physiques étudiés). Voici ce que Mach nous dit explicitement de ce processus : « Toute science se propose de remplacer et d’épargner les expériences à l’aide de la copie et de la figuration des faits dans la pensée. Cette copie est en effet plus maniable que l’expérience elle-même ».
Ainsi, les modèles qui sont des outils d’abstraction de nature mathématique dont l’utilisation est très commode dans les processus d’élaboration des théories ont été recyclés afin de bâtir des théories qui ressemblent aux théories antérieures mais qui sont plus robustes. Toutefois, les processus sous-jacents à l’utilisation de ces modèles sont complexes. On peut néanmoins y distinguer les faiblesses épistémologiques suivantes :
– Certains modèles restent inutilisables et leur recyclage est très hypothétique. Ils ne sont pas élaborés à partir des complexes de données empiriques fournies par l’expérience comme l’aurait entendu Mach. Ils introduisent ainsi un processus très incertain et même chaotique dans l’évolution de la physique des particules.
– Le formalisme qui est à la base de ces modèles provoque l’apparition de véritables paradoxes mathématiques comme le fameux problème des infinis, lequel n’a été résolu que par un artifice purement mathématique et peu fiable (la renormalisation). Ce genre de paradoxes apparaissent à chaque étape de la physique des particules (électrodynamique quantique, mécanisme de Higgs, théorie électrofaible).
– Les modèles ne sont utiles que lorsque les expériences sont possibles. Les théories qui les intègrent révèlent des aspects empiriques qui peuvent être confirmés par l’expérience. Mais ce processus déductif n’est pas toujours vérifié. Par exemple, les modèles élaborés dans le cadre des travaux théoriques sur les supercordes n’ont pas connu le même destin et sont entourés d’une incertitude durable.
– Les modèles ne sont pas réalistes dans une large mesure. Malgré les efforts de Boltzmann visant à rendre possible une visualisation des modèles, il n’en demeure pas moins vrai qu’il n’y a aucune garantie que ces constructions soient vraies. Aucune autre signification ne peut être assignée que celle prévue par les théories elles-mêmes.
Après cet examen de la discontinuité théorique de la physique quantique, de l’antiréalisme de nombreux instruments théoriques de la physique, de l’instabilité durable et de la fragmentation épistémologique des théories physiques, il devient évident que le réalisme des théories n’est plus pertinent.
On peut ainsi prendre l’exacte mesure du caractère volatil des lois physiques et des difficultés épistémologiques et métaphysique de la science physique à approcher le réel. Le naturalisme ne survit que grâce au réalisme et les difficultés de ce mouvement de pensée ont des implications négatives sur le naturalisme qui tend à expliquer la vie par le milieu dans laquelle elle évolue.
Ainsi, aucune certitude scientifique ne peut alors constituer un point de départ à la critique d’un autre domaine du savoir, y compris de la religion. Une vision des sciences reposant sur la toute-puissance des lois physiques et sur le succès du naturalisme est basée sur des présupposés erronés étant donné la faillibilité des théories et des lois physiques. Les pouvoirs de la perception humaine et de la possibilité pour l’homme de comprendre l’univers sont des dons de Dieu. Cette croyance est en parfaite concordance avec l’absence de certitude à propos de la réalité des entités de la physique en se basant uniquement sur l’absoluité, l’universalité des lois physiques et le naturalisme qui ne sont que des constructions humaines faillibles.
Malgré la force de cette réalité, certains scientifiques s’acharnent à faire disparaitre toute transcendance divine de l’histoire de l’Univers et de la vie. Les meilleurs exemples de ces efforts athéistes sont les nouvelles approches en Cosmologie (théorie du Multivers) et la théorie de la macroévolution qui fait partie de la théorie de l’évolution de Darwin.
Le scientifique peut s’arrêter à des considérations « plus modestes » comme l’adéquation empirique où la tâche consistant à « sauver les phénomènes ». La vérité est souvent un objectif hors de portée et il n’est pas reconnu que les théories scientifiques ont besoin de décrire parfaitement la réalité. Ces théories aspirent tout au plus à sauver les phénomènes. Van Fraassen a donné la définition suivante de la théorie : « Une théorie est empiriquement adéquate si son contenu à propos des choses observables et des évènements dans le monde est vrai dans le sens où il « sauve le phénomène ». 
Par conséquent, la pensée humaine et notamment la pensé scientifique n’est pas parfaite. Il existe donc une pensée plus parfaite qui est renfermée dans le monde divin.



6. L’argument de l’inévitabilité et de la tangibilité de la perception humaine : le renforcement de l’argument de la beauté.
Nous allons proposer dans cette section un autre argument qui en fait n’est pas ontologique. C’est l’argument de la réduction de l’entendement humain à la perception. C’est un argument qui nous explique que des choses comme la beauté, la symétrie et l’ordre sont des phénomènes perceptifs par excellence et ce qui est perceptif est un don de Dieu parce qu’il est inné. La perception est d’ailleurs infaillible. En revanche, les constructions mentales qui relèvent de l’entendement humain s’effondrent souvent pour laisser place à d’autres constructions qui vont s’effondrer à leur tour.
Grâce à un tel argument on peut expliquer d’autres arguments qui sont en faveur de l’existence de Dieu et qui est ont été critiqués par Dawkins. Il y a par exemple l’argument de la beauté qui a été défendu par ceux qui croient en Dieu sans toutefois pouvoir le fonder sur des bases philosophiques et logiques solides. Voici comment Dawkins le critique « Alors comment expliquer-vous Shakespeare ? (Vous pouvez, à votre goût, remplacer Shakespeare par Schubert, Michel-Ange, etc.). On entend cet argument si souvent que je n’ai pas besoin de le décrire davantage. Mais la logique sous-jacente n’est pas jamais analysée, et plus vous y songez, plus vous constatez combien elle est creuse. Il est évident que les derniers quatuors de Beethoven sont sublimes. Les sonnets de Shakespeare aussi. Ils sont sublimes que Dieu existe ou qu’il n’existe pas. Ils ne prouvent pas l’existence de Dieu. Ils prouvent l’existence de Beethoven et de Shakespeare…».
On va expliquer justement la base logique de l’argument de la beauté. On peut dire d’emblée que l’argument de la beauté repose en fait sur la perception de quelque chose de tangible, d’invariable et d’innée en nous que nous appelons « objet mental » et qui suscite un sentiment de plaisir parce il nous rappelle ce que Dieu nous a inculqué. Il y a divers objets mentaux, parmi lesquels il y a l’ordre, la symétrie, la beauté. Sans ces objets mentaux incrustés dans notre esprit, nous ne pouvons pas percevoir.
Mais d’abord, il faut se rendre compte de la fragilité des constructions mentales des hommes. Il faut montrer qu’hormis ces objets mentaux qui sont des dons de Dieu, les constructions théoriques et abstraites qui sont le fruit de notre imagination s’écroulent d’elles-mêmes. En fait, il nous reste que nos objets mentaux avec lesquels nous comprenons le monde et rien d’autre de durable. Ce qui confirme cette situation c’est la crise du rationalisme et l’impossibilité d’une logique pure.

a. La crise du rationalisme :
Le dévelopement de la géometrie non euclidienne par Lobachevski et d’autres savants ont semé le doute sur la valeur de la géométrie euclidienne dans la description de l’espace physique réel. L’apparition de la théorie de la relativité générale qui s’appuie sur une géométrie elliptique de version riemannienne a remis en cause la valeur de la géométrie euclidienne dans la description a priori de l’espace physique.

b. L’impossibilité d’une logique pure :


La clef de voûte de la subtile attaque de Husserl contre le psychologisme est le concept de « loi logique ». Or, ce concept se heurte à un certain nombre de difficultés, parmi lesquelles, il y a le fait que la loi fait allusion à l’induction, car elle ressemble fort loin à un lien théorique entre hypothèses et faits, entre des axiomes et des expériences et entre des lois théoriques elles-mêmes. La logique est trop précise, trop encadrée, trop hermétique pour pouvoir y insérer sa matrice et ses principes. La loi est un concept trop large, trop hypothétique pour se prêter à la logique. Husserl se contredit lui-même lorsqu’il affirme d’une part qu’« il existe une discordance frappante entre l’indétermination ou l’inexactitude des lois psychologiques et l’exactitude ou la rigueur des principes logiques, des lois qui gouvernent le syllogisme et les diverses espèces de raisonnement » et, d’autre part, qu’il y a véritablement des lois logiques catégoriques et précises, car le concept de loi est précisément aussi vulnérable à l’inexactitude de ses hypothèses et de ses connexions avec l’expérience.

Par ailleurs, il n’est pas certain qu’il puisse exister véritablement des lois au-delà de la physique et autre que les lois naturelles et ce, pour une seule raison : les lois prescrivent une sorte de légalité et cette légalité concerne principalement le déroulement des phénomènes de la Nature. Il ne peut y avoir de légalité en dehors de la nature, car autrement elle serait en butte avec elle-même. Il n’existe pas de légalité en dehors de cette prescription des lois à la nature. Il ne s’agit précisément que de cette Nature puisque c’est elle qui forme l’objet auquel s’adresse la théorie physique, c’est-à-dire la loi.

Affirmer, comme le fait Husserl, qu’il puisse exister une « légalité logique » indépendante des lois naturelles revient à dire qu’il existe des légalités pour elles-mêmes, ce qui est absurde. Ce que Husserl appelle des « lois logiques » ne sont en réalité que des « principes », des « doctrines », des « dogmes » de portée normative, car c’est bien de cela qu’il s’agit : la logique codifie des normes indispensables à tout raisonnement scientifique, et ces normes peuvent prétendre être indépendantes de toute loi naturelle dans la mesure où elles n’agissent qu’en amont et seulement en amont de tout raisonnement scientifique.




c. La critique de l’induction :
L’induction, le concept le plus énigmatique qui soit, a été remise en cause par Wittgenstein et par Popper. Cet axiome de la logique a incité les philosophes et les scientifiques à construire de manière artificielle des connexions entre les phénomènes. Par un mimétisme systématique, les connexions entre les phénomènes ont entraîné, à leur tour, des connexions entre les idées et les propositions scientifiques et qui ne sont valables que dans les limites de la construction théorique.
d. Les pouvoirs de la perception : un don de Dieu :
Suivant l’enchainement logique de cette preuve liée à la perception, on peut retenir les idées suivantes :
– Nos constructions mentales, abstraites et théoriques s’effondrent. Il n’y a ni logique pure, ni induction, ni géométrie absolue, ni base du rationalisme. Par ailleurs, une théorie est fragmentée en une diversité de propositions qui ne sont liées entre elles ni par l’induction ni par aucun autre système logique comme le prétendent les logiciens et les philosophes.

– Les propositions les plus solides qui permettent de comprendre le monde sont les propositions nécessaires qui sont le produit de la perception. Celles-ci sont un don de Dieu puisque sans elles nous ne pouvons comprendre le monde. Nous ne doutons jamais de la vérité de ces propositions.

– La perception est supérieure sur le plan cognitif aux idées de l’entendement que nous supposons comme vraies. Souvent, ce sont des idées fausses qui peuplent nos théories scientifiques.

Par conséquent, Dieu existe.
Nous avons développé deux arguments, le premier qui est un argument ontologique basé sur la faillibilité de la science qui est un fait réel alors que la version classique de l’argument ontologique ne repose que sur l’idée d’une perfection parfaite de Dieu dans un absolu qui n’est reconnu que par peu de philosophes et le second est l’argument basé sur la supériorité de la perception sur notre entendement dont la structure est un don de Dieu.


7. Le pari de Pascal
Le pari de Pascal consiste en une incitation à croire en Dieu parce que s’il n’existe pas, alors que vous avez parié sur son existence, vous n’aurez rien à perdre et tout à gagner s’il existe (le paradis éternel).
Dans le cas contraire, vous auriez tout à perdre (l’enfer éternel) s’il existe et rien à perdre s’il n’existe pas hormis un effort de toute une vie pour respecter une vie religieuse.
Ce que Pascal voulait vraiment dire, ce n’est pas prouver l’existence de Dieu mais de montrer qu’on a tout intérêt à y croire en raison de la mort. Il veut confronter l’homme avec sa propre mort qui est un évènement fatal. La question de croire ou pas en Dieu devient si pressante et décisive au moment où l’homme est impuissant en étant confronté à sa mort.
Ce qui est intéressant avec le pari de Pascal est le fait qu’il s’adresse à n’importe qui. C’est-à-dire à des personnes qui ne sont pas nécessairement intéressées par un problème aussi religieux et existentiel que l’existence de Dieu. Ce pari s’adresse à des personnes qui ne cherchent que leur intérêt en les faisant confronter avec leur propre mort et qui est une certitude est non une question purement philosophique. La force du pari de Pascal c’est qu’il est inévitable. Il relève de la théorie des jeux.
Il ressemble au paradoxe connu sous le nom de « Newcomb » du nom de son inventeur. Deux boîtes A et B sont présentées à un joueur. Ce dernier a le choix entre prendre le contenu de la boîte A ou prendre le contenu de la boîte B. La boîte B contient toujours 1 000 € alors que la boite A contient 1 000 000 € si le joueur opte pour cette boite (selon les estimations d’une intelligence supérieure) et rien du tout, si le joueur prend les deux boites en même temps (selon toujours la même estimation d’une telle intelligence). Les joueurs sont toujours amenés à prendre un risque : perdre les 1000 € contenus dans la boite A pour acquérir le gain de 1 000 000 €.
De la même manière que le paradoxe de Newcomb, le pari de Pascal est inévitable. Un joueur avisé préfère obtenir l’accès au paradis éternel (exactement comme les 1 000 000 € en prenant la boite A dans le cadre du paradoxe de Newcomb) et consacrer un certain temps dans une vie religieuse (comme sacrifier les 1000 € de la boite B).
Tout ceci est confirmé par la logique de la maximisation du profit selon la maxime de la rationalité. Par conséquent, l’intérêt du pari de Pascal réside dans l’élargissement de la sphère des croyants à davantage de personnes parmi ceux qui ne s’intéressent qu’à leur profit et à rien d’autre. Pascal a donc eu raison de ne pas rester confiné dans la sphère des croyants et de tenter l’ensemble de l’humanité sur la base d’une maximisation du profit devant une situation aussi existentielle que la mort.
Cette logique du jeu pascalien nous permet de contrecarrer toute espèce d’arguments contre ce pari. Par exemple, Dieu ne serait pas en principe mécontentant vis-à-vis d’une démarche visant à élargir au maximum le cercle des croyants en impliquant tous les parieurs qui ne sont pas à priori des dévots. Pascal avait prévu cette critique en supposant que le pari n’est qu’une entrée dans le monde de la foi ou une première étape.
Enfin, il n’est pas inutile de rappeler que le pari de Pascal est « réaliste » et ne peut s’appliquer à une multiplicité de divinités puisqu’il évoque le Dieu des monothéistes et non d’autres dieux. De toutes les manières, Pascal vivait dans un monde de Chrétiens et non dans une société polythéiste d’un autre âge. Ce réalisme permet d’exclure également le pari inverse qui risque d’entraîner le maximum de pertes.
8. Les arguments bayésiens et les arguments plus importants
Il y a des arguments difficiles à réfuter comme l’argument mathématique et ontologique de Gödel et l’argument développé par Stanley Jaki basé sur le théorème d’incomplétude de Gödel (encore ce grand logicien) qui permet de conclure à l’impossibilité d’une théorie du Tout en physique.
Mais avant de parler de ces deux arguments, voyant de plus près l’argument bayésien. Stephen Unwin a écrit un livre The Probability of God qui a suscité l’intérêt des médias en 2003.
Dans ce livre, Unwin élabore une démonstration qui consiste à partir d’une incertitude sur l’existence de Dieu (évaluée à 50%). Ensuite, il introduit six paramètres considérés comme liées à la problématique de l’existence de Dieu que sont : le sens du bien, l’existence d’atrocités commises par les humains (Hitler, Staline, etc.), les catastrophes naturelles et meurtrières, les miracles mineurs (comme retrouver son chemin dans la nuit) et les miracles majeurs (comme la séparation des eaux lors de l’exode des juifs sous la direction du prophète Moïse). Il donne une valeur pour chaque paramètre et introduit le tout dans le moteur du théorème de Bayes. Le résultat qui en sort est de 65% auquel il lui ajoute 25% en tenant compte du paramètre « foi ».
Il y a également les travaux de Stanley L. Jaki, auteur d’une dizaine de livres sur la relation entre la science moderne et le christianisme. L’apport le plus original de cet auteur est la constatation du fait que le théorème d’incomplétude de Gödel, formulé en 1931, est important en termes d’enseignements pour la théorie du Tout en physique. Dans son livre La pertinence de la physique, il affirme « C’est sur le succès ultime d’une telle quête [d’une TOE] que le théorème de Gödel jette l’ombre d’un doute judicieux. Il semble, sur la base du théorème de Gödel, que les fondements ultimes des constructions symboliques audacieuses de la physique mathématique resteront à jamais ancrés dans ce niveau de pensée plus profond caractérisé à la fois par la sagesse et par le flou des analogies et des intuitions. Pour le physicien spéculatif, cela implique qu’il y a des limites à la précision de la certitude, que même dans la pensée pure de la physique théorique, il y a une frontière présente, comme dans tous les autres domaines de spéculations ».
Mais en quoi consiste précisément ce théorème : à vrai dire, certains philosophes qui redoutent les subtilités logiques et mathématiques donnent des définitions rapides de ce théorème.
En réalité, il y a deux théorèmes : le premier théorème d’incomplétude établit qu’une théorie suffisante pour y démontrer les théorèmes de base de l’arithmétique est nécessairement incomplète, au sens où il existe des énoncés qui n’y sont ni démontrables, ni réfutables (un énoncé est démontrable si on peut le déduire des axiomes de la théorie, il est réfutable si on peut déduire sa négation). On parle alors d’énoncés indécidables dans la théorie. Le second théorème d’incomplétude stipule qu’une théorie cohérente ne démontre pas sa propre cohérence.

De toutes les manières, Jaki affirme que de tels théorèmes ont un impact sur la théorie physique en tant que théorie mathématique. Dans la mesure où le premier théorème de Gödel est valide, toute théorie du Tout en physique devient impossible. « Vingt-cinq années se sont écoulées avant qu’on prenne conscience de l’impact du théorème sur une théorie physique élargie. Pourtant, Jaki montre clairement que depuis le 20ème siècle, l’idée que la théorie physique et constituée de nombres et que la perfection mathématique d’une théorie physique est assimilée à la perfection de la théorie physique elle-même .» a-t-il affirmé.

Par conséquent le théorème d’incomplétude de Gödel qui traite des nombres s’applique nécessairement à la théorie physique. Celle-ci est donc incomplète. Jaki nous rappelle qu’après que Hawking s’est intéressé à ces théorèmes en écrivant un article en 2002, il a fait vite fait volte-face et n’a plus évoqué les théorèmes de Gödel. Jaki a même rappelé que lorsque sa référence au lien entre ces derniers et la théorie physique a été transmise à Hawking, ce dernier n’a pas donné de réponse. Il affirme que pendant toute cette période, les physiciens ont détourné les yeux sur cette réalité en raison de motivations idéologiques. Les physiciens admettent une conception de l’univers qui est purement matérialiste.

Par exemple, le professeur Green dans son dernier livre « La fabrique de l’Univers » lance l’idée que la théorie des cordes est la dernière étape de l’unification en physique et même au-delà. Jaki a parfaitement raison. Mais il faudrait expliquer que le refus des physiciens d’admettre les conséquences des théorèmes de Gödel sur les théories physiques ne se limite pas seulement à leur conception matérialiste.
Hawking a certainement pris conscience que ces théorèmes prouvent l’existence d’une puissance surnaturelle qui régit l’univers alors que ses idées sont devenues de plus en plus athéistes. La théorie du Tout à laquelle aspire Hawking, Greene et tous les physiciens athées n’admet pas l’existence de Dieu.
Ainsi, les théorèmes de Gödel sont un obstacle à cette croyance athéiste. On prend l’exacte mesure de cette situation lorsqu’on médite sur ces propos de Hawking « Nous décrirons également comment la M-théorie peut apporter des réponses à la question de la Création. Pour elle, non seulement notre Univers n’est pas unique, mais de nombreux autres ont été créés à partir du néant, sans que leur création ne requière l’intervention d’un être surnaturel ou divin. Ces univers multiples dérivent de façon naturelle des lois de la physique. Ils représentent une prédiction scientifique. Chaque univers a de nombreuses histoires possibles et peut occuper un grand nombre d’états différents longtemps après sa création, même aujourd’hui. Cependant, la majorité de ces états ne ressemblent en rien à l’Univers que nous connaissons et ne peuvent contenir de forme de vie. Seule une poignée d’entre eux permettraient à des créatures semblables à nous d’exister. Ainsi, notre simple présence sélectionne dans tout l’éventail de ces univers seulement ceux qui sont compatibles avec notre existence. Malgré notre taille ridicule et notre insignifiance à l’échelle du cosmos, voilà qui fait de nous en quelque sorte les seigneurs de la création. Pour accéder à une compréhension en profondeur de l’Univers, il nous faut non seulement connaître comment les univers se comportent, mais encore pourquoi. Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi existons-nous ? Pourquoi ces lois particulières et pas d’autres ? C’est là la Question Ultime de la Vie, de l’Univers et de Tout, à laquelle nous essaierons de répondre dans cet ouvrage. À l’inverse de la réponse apportée dans le Guide du voyageur galactique de Douglas Adams, la nôtre ne sera pas simplement : 42 ».

Les théorèmes de Gödel sont un avertissement pour les physiciens. Si ces derniers n’admettent pas ces théorèmes, alors ils n’aboutiront à rien en physique et c’est vraiment ce qui se passe aujourd’hui. Par conséquent, grâce à Jaki nous pouvons ajouter les théorèmes d’incomplétude de Gödel dans la liste des preuves de l’existence de Dieu.
Les idées de Gödel n’ont pas vraiment cessé de jeter leur ombre sur la science. Ce dernier a également développé un autre argument qui n’a pas été jusqu’à ce jour réfuté. C’est une reformulation de l’argument ontologique. Il se présente comme suit :
Définition 1 : x est divin (propriété que l’on note G(x)) si et seulement si x contient comme propriétés essentielles toutes les propriétés qui sont positives et seulement celles-ci.
Définition 2 : A est une essence de x si et seulement si pour chaque propriété B, si x contient B alors A entrainé nécessairement B.
Définition 3 : x existe nécessairement si et seulement chaque essence de x est nécessairement exemplifiée.
Axiome 1 : Toute propriété strictement impliquée par une propriété positive est positive.
Axiome 2 : Une propriété est positive si et seulement si sa négation n’est pas positive.
Axiome 3 : La propriété d’être divin est positive.
Axiome 4 : Si une propriété est positive, alors elle est nécessairement positive.
Axiome 5 : L’existence nécessaire est positive.
De ceux-ci et des axiomes de la logique modale, on déduit, dans l’ordre :
Théorème 1 : Si une propriété est positive, alors elle est possiblement exemplifiée.
Théorème 2 : La propriété d’être divin est possiblement exemplifiée.
Théorème 3 : Si x est divin, alors la propriété d’être divin est une essence de x.
Théorème 4 : La propriété d’être divin est nécessairement exemplifiée.
Richard Dawkins évoque ce qu’il appelle l’argument de l’improbabilité. Selon lui, Dieu est improbable par ce qu’il n’y a pas d’explication à son origine : « Un Dieu créateur ne peut servir à expliquer la complexité organisée car tout Dieu capable de créer quelque chose devrait être assez complexe pour revendiquer pour lui-même une explication du même type », affirme-t-il.
Toutefois, je ne comprends pas cet argument. Que reproche-t-il au juste à l’existence de Dieu ? Que veut-il dire par improbabilité de Dieu ?
Sa démarche n’est pas claire. Mais la question la plus pertinente est celle-ci : pourquoi, il dénie à Dieu les deux attributs les plus importants : l’infinité et l’éternité ? S’il admet précisément que Dieu reflète une régression à l’infini, c’est qu’il suppose que lui-même doit avoir un créateur. Or, Dieu est infini et éternel. Il n’a donc pas de créateur.
Maintenant s’il poursuit son argument en déclarant qu’il ne reconnait ni l’éternité, ni l’infinité de Dieu (ce qu’il ne dit pas en substance), alors pourquoi la science qu’il admire ne cesse de réclamer que l’univers est infini (dès lors que son expansion est sans limites) ? Pourquoi reconnaitre à l’univers l’infinité et la refuser à Dieu ?

En plus, on peut même admettre que l’univers est éternel et infini puisque Dieu qui l’a créé possède ces attributs et qu’un tel univers coexiste avec Lui. Ainsi, la notion de régression à l’infini n’est pas un argument contre l’existence de Dieu.

A travers tous les arguments explorés, il y a des preuves tangibles en faveur de l’existence de Dieu.

Conclusion

On va vu dans cet article comment en fait la seconde partie de l’ouvrage « Dieu, la science, les preuves » est plus intéressante que la première qui évoque des preuves scientifiques. Celles-ci ne tiennent pas debout parce que la science contient beaucoup d’affirmations réfutables et elle évolue sans cesse. Des ruines sur les ruines, des sables mouvants, voilà ce que la science nous laisse dans son sillage. Alors qu’il y a quelques années, on pouvait s’enorgueillir de l’existence de deux piliers de la science physique : la théorie de la relativité générale et la mécanique quantique, on est aujourd’hui quasiment certains que la première devrait être abandonnée si on veut élaborer une théorie unifiée. Un groupe de savants préfère, quant à lui, abandonner la mécanique quantique. Il est vrai que ces deux théories font face à des défis insurmontables. L’expansion très rapide de l’univers vérifiée sur le plan expérimental nécessite l’élaboration d’une nouvelle théorie très différente de la relativité générale. Par ailleurs, la non découverte de particules nouvelles qui permettent d’expliquer la matière et l’énergie noires affaiblit la mécanique quantique.

Comment alors s’appuyer sur un terrain aussi glissant pour trouver des preuves de l’existence de Dieu. L’exercice n’en vaut pas la peine. Il vaudrait mieux rester dans le socle solide de la métaphysique et de la philosophie.
D’ailleurs, la meilleure preuve de l’existence de Dieu n’est autre que la faillibilité de la science qui voit ses théories s’envoler en éclat. Comment on l’a vu, la science aujourd’hui rencontre des difficultés qui tournent autour des limites de la pensée humaine. Celle-ci a de plus en plus de mal à percer le réel et à comprendre le monde. Dès lors que de telles limites existent, alors il y a une pensée plus robuste et plus transcendantale qui est celle de Dieu. Le meilleur argument pour l’existence de Dieu et celui de la faillibilité de la pensée humaine. Cette logique est très sérieuse et il est difficile de la remettre en cause.

Rafik Hiahemzizou
Auteur et philosophe

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