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31/10/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

Schnorkel


Du Colonialisme version 2.0

Perçue par certains observateurs moins comme la manifestation d’une quelconque continuation d’anciens projets poursuivie par l’administration américaine depuis la fin de la guerre froide que comme l’expression d’un conflit profond au sein des structures réelles du pouvoir aux États-Unis d’Amérique, à même de reconfigurer certains facteurs d’influence et d’interactivité aussi bien au sein des lobbies internes qu’avec ses alliés proches et lointains, la vague de protestations et de troubles secouant des pays arabes et musulmans depuis le début de l’année 2011 semble épouser certains paradigmes géostratégiques majeurs dans cette région du monde et il n’est pas exclu que les objectifs sous-jacents de tels évènements ne visent pas seulement des régimes arabes en état de mort clinique depuis longtemps que des pays émergents ayant le potentiel de se poser en rivaux et dès lors de remettre en cause le système d’hégémonie prévalant depuis 1991. Selon toute probabilité, l’objectif de ce nouvel outil serait la Chine et ses alliés immédiats. Et dans une moindre mesure, la Russie et son voisinage géopolitique.

Le projet du Grand Moyen Orient (GMO) vient de connaître un sérieux revers dans sa nouvelle version Soft revue et corrigée à l’aune des nouvelles technologies d’ingénierie sociale du changement par le bas et le chaos appliquées dans un contexte géopolitique. Le cas de la Libye est de loin le plus symptomatique en ce qui concerne le modus operandi de ces révoltes dont quelques éléments semblent avoir été empruntés aux premiers épisodes de la guerre d’Algérie. Cette dernière est étudiée depuis quelques années par les stratèges du Pentagone et il n’est pas exclu que certains de ces épisodes initiaux aient été l’un des modèles sur lesquels ont été calquées les opérations de sabotage et de tirs sporadiques anonymes au milieu des foules qu’on a vu en œuvre en Libye puis d’une manière bien plus visible en Syrie.

En tout état de cause, ces troubles générés à distance et soutenus par toute une logistique complexe s’inspirent directement de la longue tradition intellectuelle du renseignement occidental en terre musulmane. Même la phraséologie employée est empruntée au langage liturgique musulman (martyrs, « vendredi » de la colère, excommunications télévisée de Chefs d’Etat par des télé-prédicateurs musulmans à la mode évangéliste américaine, etc.)

En tout état de cause, le détournement sémantique des termes propres à la liturgie et la culture religieuse islamique par les révoltes arabes de conception américaine relève des techniques du marketing moderne et viserait en premier lieu de noyer et abaisser le concept spécifique du martyre, naguère réservé aux seuls musulmans morts au Djihad ou en défendant leur pays lors des guerres de décolonisation, et actuellement appliqué à n’importe cas de figure, y compris pour les morts causés par les accidents de la circulation. Et en second lieu, la récupération de la symbolique du Vendredi, l’usage de fausses Fetwas dans le domaine politique, subordonnant la sécularisation de l’Islam à une forme de marchandisation de cette grande religion monothéiste comme le furent les deux autres dans le contexte capitaliste et plus tard de ce que l’on a appelé mondialisation ou globalisation.

Les révoltes de la « rue Arabe » initiées par les réseaux sociaux d’internet, si elles ont abouti à la fuite du président tunisien et contraint à la démission son homologue égyptien sans changer les fondements réels de régimes respectifs, se sont transformées en Libye en opération militaire baptisée « Odyssey Dawn » ou Aube de l’Odyssée. Un nom de code assez riche en symbolismes se référant à la guerre de Troie et à Ulysse, ainsi qu’au commencement d’une grande aventure nouvelle et assez longue. Le président Barack Obama, premier président noir des États-Unis d’Amérique, prix Nobel de la paix, premier président à avoir gagné la présidence des USA en usant d’une manière révolutionnaire des réseaux sociaux est également l’un des très rares présidents de ce pays à déclencher une guerre contre un pays du tiers-monde ne représentant aucune menace pour les intérêts stratégiques de l’Amérique et de l’Europe sans passer par le Congrès et en contradiction totale avec l’opinion publique américaine dont la voix ne semble plus compter à Washington depuis longtemps.

Les États-Unis d’Amérique sont désormais engagés dans cinq conflits avec le monde musulman, suivant un axe s’étendant des confins Sino-afghans au désert de Libye en passant par l’Hindu Kouch, les zones tribales du Pakistan septentrional, l’Irak, le Liban, le Yémen, la Somalie, le Soudan et la Libye.

L’opération « Odyssey Dawn » n’a pas manqué de susciter des critiques aux États-Unis, pays où l’on croyait toute forme de résistance comme définitivement anéantie. Le retrait US des bombardements et la prise du commandement des opérations militaires en Libye à l’OTAN (Organisation des pays de l’Atlantique Nord) sous le nom de code « Unified Protector » a coïncidé avec l’avènement futur d’enjeux électoraux pour l’actuel président US. Ce retrait tactique a mis en difficulté ses alliés français et britanniques lesquels n’ont pas les capacités nécessaires pour fournir un effort militaire soutenu en Libye. D’autant plus que les forces armées libyennes loyalistes ont été contraintes de recourir à une forme de guerre asymétrique en se fondant parmi les populations et évoluant parfois avec l’ancien pavillon monarchiste. D’où les bavures des avions de l’OTAN durant lesquels des colonnes motorisées et quelques jours plus tard blindées des forces rebelles furent bombardées par les forces de l’OTAN.

Ces épisodes assez fréquents en Afghanistan où cette organisation vieille de plus d’un demi-siècle est enlisée et risque de perdre sa raison d’être, semblent être devenus tellement courant que son secrétaire général, le danois Rassmussen, réputé très proche des cercles d’affaires et de la finance transnationaux, a rejeté avec mépris toute forme d’excuse aux rebelles libyens.

Dans un monde Arabe en pleine stagnation depuis plus de cinquante ans, où le concept d’Etat est en faillite et dont la gouvernance relève plus du lien tribal et clientéliste que de la gestion politique moderne, où la jeunesse représente la majeure partie de la population, le choc de la modernité induit par une mondialisation effrénée a conduit à une cassure nette entre des segments entiers de la population. Les jeunes revendiquent ouvertement le même style de vie néo-libéral que celui promu par les médias dominants de la planète. Le culte de l’argent s’est substitué comme ailleurs à tous les cultes. Par-dessus tout, le nivellement par le bas du niveau intellectuel marqué par l’absence totale d’esprit critique, l’affaiblissement, voire la disparition des idéologies de combat et l’apathie générale pour la Rex Publica permettent toutes sortes de manipulations. Ce que quelques régimes arabes fossilisés n’ont pas manqué de faire, sans grand succès.

Dorénavant, les jeunes Arabes sont plus perméables et plus adhérants à un discours américain adapté à leurs spécificités culturelles que ne l’est un logo de Coca-cola arabisé dans leurs pays.

 De Facto, les médias dominants de la planète gouvernent les populations Arabes en passant au dessus de leur États. Ces derniers n’ayant plus aucun monopole : ni celui de la violence légitime (un des critères du pouvoir selon Max Weber), encore moins du discours. Ainsi, pour bon nombre de jeunes des pays arabes qui ne disposent d’aucune perspective historique et manquant de repères, un passage de leur pays sous contrôle occidental serait une chose préférable, voire souhaitable pour leur bien-être individuel. Une hérésie pour ceux qui ont survécu à une certaine période marquée par les luttes pour l’indépendance et le combat contre le colonialisme. Évidemment, ce combat est considéré par les jeunes et moins jeunes comme suranné, dépassé et sans aucune importance à l’ère d’internet, de Facebook, du fast-food , de l’Islam néolibéral consumériste, du tout-facile et du formatage pro-occidental de chaînes au contenu non neutre telles celles du bouquet MBC (Middle East Broadcasting Corporation)

L’invasion de l’Irak a permis aux américains de disséquer les ressorts cachés d’une société arabe complexe et hétéroclite. Plus encore, l’occupation de l’Irak a ouvert la voie à toutes sortes d’expérimentations biologiques et génétiques sur des prisonniers (en violation flagrante du droit humanitaire international et des règles élémentaires de l’éthique) ainsi que des expériences comportementales interdites au sein d’une société éclatée et aux structures détruites. Un peu plus à l’ouest de la Mésopotamie, les palestiniens subissant les effets d’une acculturation forcée avec les israéliens, ont été profondément étudiés sous tous les angles.

La campagne militaire contre Tripoli avec laquelle les États-Unis d’Amérique étaient déjà entrés en guerre peu de temps après leur indépendance vers 1801, est cette fois-ci depuis le début sous commandement exclusivement américain. Carter Ham, commandant de l’Africom et Samuel Locklear. Cela pose de sérieuses questions sur les objectifs non déclarés de l’Africom, que la Libye n’a cessé de s’opposer à sa présence sur le sol africain et que son site présente presque comme une ONG d’aide humanitaire.
Les pays ayant enclenché des attaques aériennes sur la Libye veulent à tout prix faire croire que les rebelles libyens de Benghazi et de Derna vont finir par obtenir une victoire militaire contre le régime de Tripoli par leurs moyens propres et sans l’aide de personne. Ce que la réalité du terrain dément puisque même en formant des bataillons de chars (grâce à l’aide de conseillers américains, britanniques et français ; d’instructeurs égyptiens, jordaniens et africains) et en recevant une aide militaire intense sous couvert de l’humanitaire, les rebelles sont loin de pouvoir s’imposer sur le terrain des opérations.

Le nombre de rebelles photographiés par les agences de presse mondiales en train de parader avec des fusils d’assaut FN FAL (variante 7.62 mm) flambant neufs (arme absente de l’inventaire des armes d’ordonnance de l’armée libyenne) n’a pas été sans susciter beaucoup de doutes chez nombre d’observateurs quant à la nature des chargements « humanitaires » que les avions du Qatar, des UAE et les bateaux français, britanniques et autres font parvenir en Cyrénaïque.

Quels que soient notre perception des évènements en cours dans un certains nombre de pays arabe et au-delà de notre soutien à tel ou autre camp, il demeure de plus en plus évident que les pays ayant connu des troubles à l’ordre public étaient paradoxalement moins susceptibles d’en connaître que la plupart des pays d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord, lesquels vivent une période de crise économique et financière assez grave. Après l’Islande, la Grèce, l’Irlande et le Portugal, c’est l’Espagne et même la France qui seraient menacés de faillite économique.

Plus prosaïquement, la campagne militaire contre la Libye n’est pas sans rappeler comme un lointain écho l’étrange huitième croisade contre Tunis au treizième siècle. Si cette dernière, déclenchée pour des raisons économiques (non paiement d’un tribut suite à un changement de dynastie en Sicile et soutien actif de Tunis à l’ancienne dynastie) s’est terminé sans aucun résultat, la présente guerre contre la Libye, déclenchée pour des raisons économiques sur fond de revanche contre un régime dont les agissements et l’idéologie n’ont cessé de narguer les véritables tenants de l’ordre international, risque fort d’aboutir à une énième sécession d’un État africain, sinon une nouvelle zone de tension permanente.

Les forces de l’alliance internationale, agissant sous couvert des résolutions 1970 et 1973 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, éprouvent un certain embarras devant l’éventualité d’un changement de régime en Libye par la force militaire et sans aucun apport des rebelles. Ces derniers ne veulent d’ailleurs aucunement être privés de ce crédit, ce qui aurait pour conséquence de rendre caduque et non avenue toute référence à une quelconque révolution. C’est ce scénario qui a mis en échec le cycle de révoltes et de protestations dans le monde Arabe tel que conçu initialement.

D’une manière tout a fait inattendue, le régime de Tripoli, malgré sa faiblesse manifeste en matière de défense, a non seulement pu absorber le premier choc des raids aériens doublés de tirs de missiles de croisière mais pu manœuvrer en usant de méthodes de guerre asymétrique rendant une issue rapide du conflit assez incertaine et lointaine. Pour pallier à cet inconvénient majeur, les forces de l’alliance ne pouvaient recourir qu’à un nombre limité d’options : soit armer et équiper les rebelles tout en leur garantissant un entraînement assuré par des instructeurs étrangers, soit envisager une intervention directe au sol avec une montée en puissance assez discrète pour que le crédit d’une victoire militaire de la rébellion ne soit entaché d’aucune critique.
On assista dès lors au début d’une sorte d’un scénario à l’afghane : détruire les capacités militaires de l’Etat pour permettre à la rébellion de prendre le dessus. Dès les premiers jours de l’insurrection libyenne, les médias parlaient déjà de la marche des rebelles armés sur le bunker du Colonel Kaddafi alors que plus de 1000 Km séparent les villes de Tripoli et de Benghazi, fief et siège de l’insurrection. Après cinq allers –retour des rebelles entre les villes d’Ajdabia et les faubourgs éloignés de Syrte, les forces loyalistes arrivent rapidement à faire reculer les rebelles jusqu’à leur fief de Benghazi tout en tentant deux débarquements de troupes dans la ville de Misrata où des rebelles se sont solidement retranchés. Ne serait-ce l’intervention occidentale, les troupes loyalistes auraient pu prendre Benghazi avec une facilité déconcertante. Le risque était élevé pour les « conseillers » américains, britanniques, français, hollandais et autres présents à Benghazi et à Tobrouk sous divers couvertures d’ordre humanitaire (l’approche des forces libyennes aurait fait fuir des équipes de la Croix rouge internationale, ce qui demeure assez énigmatique).

A posteriori, les raids aériens déclenchés le 19 mars 2011 par les pays de l’alliance ont promptement réduit au silence les radars du système de la défense aérienne du territoire de la Libye mais n’ont pu détruire la totalité des capacités militaires de Tripoli. Par-dessus tout, les forces rebelles ne parvenaient pas à exploiter le soutien aérien tactique des avions de la coalition agissant sous prétexte d’établir une zone d’exclusion aérienne (NFZ). Un soutien aérien occidental aux rebelles parmi lesquels beaucoup d’islamistes armés et d’anciens internés de Guantanamo était de l’ordre de l’impensable à une époque où certains États européens ont fait de l’islamophobie une idéologie quasi-officielle.

L’intervention des Fairchild Republic A-10 Thunderbolt II, ‘tueurs de chars’ tirant des munitions à l’uranium appauvri ainsi que de Bombardiers stratégiques B-1B et B2 Stealth conjugués à la présence au sol de pointeurs au sol du Close Air Support travaillant en étroite collaboration avec les rebelles pour la désignation, l’acquisition et le pointage des cibles n’ont pas constitué des éléments décisifs pour une prompte victoire des rebelles sur le terrain mais leur ont permis de garder des positions.
La désorganisation des rebelles et leur hétérogénéité a contraint les stratèges américains à revoir leur copie. La guerre est confiée à l’Otan. Ce dernier coutumier des bavures et autres dommages collatéraux sur le théâtre afghan, a commencé sa mission sur des bavures induites par l’adoption des forces libyennes loyalistes de nouvelles tactiques de feinte en faisant fondre des militaires en civils au milieu des zones nominalement sous le contrôle des insurgés et en combattant sous pavillon monarchiste. Cependant, la réduction des moyens navals du gouvernement et la suppression de la défense aérienne a permis aux forces de la coalition d’établir une tête de pont à Misrata via la mer et à acheminer du matériel, des armes et des munitions aux rebelles qui y sont retranchés depuis le début du conflit.

Si le conflit libyen fait indubitablement l’objet de grandes controverses, voire d’une nette opposition de la part de nombreux citoyens américains et européens, ce n’est pas le cas dans certains pays arabes du levant et du Golfe arabo-persique ou du moins au sein des minorités au pouvoir dans certains de ces pays. Le cas du Qatar, bien plus que les Émirats Arabes Unis, semble plus que symptomatique puisque il est l’un des rares pays arabes à se poser en belligérant direct dans le conflit libyen. Au point où certains puissent parler d’une guerre en cours entre la Libye et le Qatar, ce dernier étant soutenu par la France, le Royaume Uni et les USA. Ce qui n’est pas sans évoquer un parallèle avec le précédant conflit armé entre l’Irak de Saddam Hussein et le Koweit.

Parmi les anecdotes peu anodines de ce conflit, on ne peut ne pas retenir l’action du royaume du Danemark, lequel n’entretient plus de relations diplomatiques avec Tripoli depuis l’affaire dite des caricatures. L’action des six F-16 danois déployés dans le cadre de l’opération Odyssey Dawn fut l’une des plus offensives en termes d’objectifs puisque l’un des raids danois avait pour but d’écimer le régime de Tripoli tandis que d’autres ont visé des rampes mobiles de lancement de vieux missiles balistiques de courte portée de type Scud B. Certains observateurs n’hésitent pas à qualifier cet activisme déployé par un État dont les relations intenses avec les puissances de la finance transnationale ne sont un secret pour personne de véritable revanche.

Pour la France, cette guerre est une en retard. C’est celle d’une guerre du lobby sioniste dont la force ne cesse de s’affirmer sur la scène politique française depuis de nombreuses années. C’est aussi une petite revanche sur l’histoire. Suez en 1956 mais surtout la guerre d’Algérie, terrible conflit ayant frappé la France officielle d’amnésie collective durant des décennies et dont la fin un certain 19 mars 1962 a laissé de très profondes séquelles en Algérie et au Maghreb. Cet activisme militaire français renoue avec une longue tradition d’un pays au lourd passif colonial et contraste d’autant plus que le voisinage géopolitique de la Libye est marqué par un silence de cimetières. La Tunisie de l’après Benali vit une période critique et entretient des rapports jugés difficiles avec la Libye. L’Algérie observe un mutisme lourd de sens mais vacille entre colère et impuissance, a fortiori que les évènements de Libye touchent directement non seulement sa sécurité mais également ses intérêts stratégiques suprêmes. L’Egypte est dirigée par une junte militaire dont les décisions et les actions ne sauraient diverger des injonctions de Washington malgré l’opposition d’un grand nombre d’égyptiens à l’intrusion des puissances impérialistes et coloniales en Libye. Pour le Tchad, le Niger, le Mali et la Mauritanie, pays qui rejoignent la position algérienne, la décomposition de la Libye aura des graves conséquences sur l’ensemble de la sous-région, dont le renforcement des capacités militaires de l’AQMI dont le président tchadien prédit qu’elle sera sous peu de temps la première armée de la région du Sahel.

Cependant, de nombreux observateurs s’accordent sur la subordination des anciennes puissances coloniales que sont le Royaume Uni et la France aux intérêts géostratégiques US. De ce point de vue, ces deux pays ne seraient que des sous-traitants tardifs, faute d’une perception anticipée du changement de paradigme en matière de stratégie d’une politique américaine (il serait plus adéquat de dire que les États-Unis sont toujours en avance d’une révolution).

Le conflit libyen, loin d’affirmer le retour de deux anciennes puissances coloniales après le fiasco de Suez (1956) ne fait en fait que les isoler au sein d’une Europe aux frontières nouvelles dont laquelle l’Allemagne ne compte pas se complaire à y jouer un rôle mineur ou se cantonner dans le rôle d’un pourvoyeur de fonds.

Les positions de la Chine et de la Russie en ces temps de révoltes spontanées sur commande sont des plus intéressantes. Si la Chine n’a pas utilisé son véto lors du vote de la résolution 1973, c’est moins par souci de ne pas heurter les pays du Golfe producteurs d’hydrocarbures que par une crainte inexprimée d’un ciblage utilisant des moyens inédits et innovant en matière de déstabilisation des foules. Pour la Russie, la schizophrénie délibérée du gouvernement russe exprimée par les déclarations contradictoires du tandem Medvedev-Poutine paraît moins comme une parade intelligente que comme un brouillage de position à destination des occidentaux et des pays du Golfe arabo-persique.

Dans les deux cas, ces deux grandes puissances prennent acte du changement inquiétant dans la gestion des affaires internationales marquée par un usage de plus en plus toléré, voire légitimé de la violence et de l’agression par des instances internationales de plus en plus aux ordres des tenants du nouvel ordre mondial. Il ne fait aucun doute que des pays comme le Belarus dans le voisinage de la Russie ou le Myanmar et la Corée du Nord dans le voisinage de Pékin sont dans le collimateur direct des instigateurs de changement de régime.

Le nouveau rôle de l’organisation des Nations Unis en tant qu’instrument servant l’hégémonie de certaines puissances et l’attitude effacée à la limite de l’invisibilité de son secrétaire général, le sud-coréen Ban Ki Moon, confortent les thèses des partisans-et ils sont assez nombreux- des théories du complot aux États-Unis et de tous ceux qui la perçoivent comme un simple instrument du nouvel ordre mondial visant la destruction de l’humanité. Cette attitude est d’autant plus incompréhensible que le fonctionnement de cette institution est loin d’être démocratique.

Dans cette tempête secouant l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient et dont les pays d’Afrique subsaharienne ne seront pas à l’abri (troubles au Burkina Faso et intervention militaire française en Côte d’Ivoire) seul Israël semble à l’abri. Un appel à la troisième Intifada lancé à partir de Facebook, l’un des vecteurs des révoltes arabes, idée qui a rassemblé presque un demi-million d’approbations a vite été supprimé par l’administration du site. Une démarche contre la liberté d’expression prônée par le réseau social intervenue dans un contexte tendu marqué par le ciblage de la Syrie et l’usage de cette dernière de ses leviers de pression à Gaza et en Irak. Israël, dont les dirigeants ont publiquement annoncé peu de temps avant le début du cycle des révoltes arabes qu’ils ont reçu l’assurance que la sécurité de leur pays ne sera pas mise en péril par la nouvelle stratégie est pour l’instant le seul État à qui profite l’anarchie rampante de son environnement régional et au-delà. Pourtant, s’il y a bien une région du monde où le besoin d’une révolution est plus qu’impérieux, c’est bien la Palestine/Israël.
Néanmoins, le plan s’est enraillé en Libye, stagne au Yémen et a failli dégénérer au Bahrein. Sa mise en application en Syrie met en péril la sécurité d’Israël si elle est mal maîtrisée. Intrinsèquement faibles et désorganisés, aucun pays arabe ne semble à l’abri de cette nouvelle déferlante apparentée à un néo-colonialisme dans sa version 2.0.

Sauf que cette fois, c’est l’ensemble des pays de la planète qui sont sommés de se soumettre de gré ou de force au nouvel ordre néolibéral et au diktat politique du marché dans sa version la plus radicale. Un nouvel ordre totalitaire sous couvert de libertés doit régner de Tanger à Bandar Abbas. Malheur à celui qui passerait outre.