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Nord-Mali: la bataille de Gao complique la donne

La bataille de Gao fait rage entre le MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), le groupe d’Ançar Eddine, l’Aqmi et sa dissidence le MUJAO et ce, suite aux multiples interférences des services de renseignement d’au moins quatre pays.

Les anciens alliés de circonstance d’hier-les quatre organisations ont fait front commun contre l’armée malienne entre janvier et avril 2012-sont redevenus les ennemis d’aujourd’hui puisque chacun d’eux accuse l’autre de négocier aux dépens d’autrui avec une ou plusieurs puissances étrangères des protections et des garanties  en échange d’otages.

L’assassinat lundi dernier à Gao d’Idrissa Oumarou, enseignant, conseiller municipal et membre du parti du président Traoré a indigné les populations de l’ancienne capitale impériale des Songhaïs et a provoqué des manifestations  pouvant être considérées comme une première ébauche d’une résistance populaire à l’envahissement de la ville et la région par des bandes armées.  Malgré le caractère pacifique des manifestations, des hommes armés du MUJAO (Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest) n’ont pas hésité à tirer à la mitrailleuse sur des civils désarmés, causant la mort d’au moins une personne et des blessures à une vingtaine d’autres.

Très peu de temps après ces tragiques évènements, le MNLA a vite tenu à se disculper vis à vis d’une opinion publique de plus en plus excédée par les agissements des différents groupes armés dans les villes tombées sous leur contrôle. Pis, des cadres du MNLA ont ouvertement accusé le MUJAO d’avoir tenté de manipuler les médias en accusant le MNLA de la répression.

Mercredi, de violents  combats éclatent à Gao et sa périphérie immédiate entre les deux organisations.  Selon le MUJAO, le palais du Gouverneur de Gao, pris par le MNLA lors de la chute de la ville, est sous leur contrôle. L’un des Chefs d’AQMI, Mokhtar Belmokhtar a été donné pour mort ou grièvement blessé mais l’information est à prendre avec beaucoup de précaution.

Selon nos sources, les combats qui ont opposé le MNLA et le MUJAO à Gao ont fait au moins une cinquantaine de morts et plus de 120 blessés dont des civils.D’après des témoignages, le MUJAO était assisté par des éléments d’AQMI, malgré le pacte de non-agression liant ce dernier au groupe salafiste touareg d’Ançar Eddine.

Le MUJAO détient en otage le consul d’Algérie à Gao et cinq de ses collaborateurs depuis le 05 avril dernier  et des négociations étaient en cours entre cette organisation terroriste et le groupe d’Ançar Eddine. On ignore comment la guerre désormais déclarée entre le MUJAO et les touaregs va affecter le sort des otages algériens.

L’Algérie semble très embarrassée par ce qui se passe chez son voisin du sud depuis le putsch militaire du 22 mars dernier, ayant ouvert la voie au chaos dans le Nord du Mali. Le Mali était membre des pays du Champs et Alger voulait bâtir un axe solide avec Bamako. Mais la situation régnant actuellement  au Nord-Mali entrave toute la stratégie régionale de sécurité.

De plus, l’Algérie ne peut intervenir militairement contre les groupes terroristes au Nord-Mali et ce, pour trois raisons:

1. Des otages algériens dont un consul sont toujours détenus aux mains d’une dissidence énigmatique d’AQMI, devenu le MUJAO et dont les objectifs semblent se restreindre à l’Algérie;

2. La Constitution algérienne interdit toute intervention militaire en dehors des frontières;

3. Des clauses secrètes non-écrites et tacites datant des Accords d’Evian ayant mis fin à la guerre d’Algérie et l’octroi de l’indépendance à ce pays lui interdisent toute interférence de quelque nature que ce soit en dehors de ces frontières et a fortiori dans la zone d’influence française au Sahel.

Cet immobilisme algérien a eu un effet immédiat. Se cantonnant dans une position défensive, l’Algérie encaisse les coups: d’abord à Tamanrasset où une brigade de gendarmerie a été visée par un attentat kamikaze revendiqué par le MUJAO et le 29 juin, Ouargla, ville sanctuaire située à 800 Km au sud d’Alger et capitale de l’économie pétrolière a connu son premier attentat suicide à la voiture piégée. Cette attaque survenue à 4h40 à couté la vie à un gendarme.

Des observateurs assimilent la dernière attaque à une sorte de 11 septembre et n’excluent plus des attentats du MUJAO dans des villes comme Tindouf, Illizi, Ghardaia, El-Méniaa,  Ain Ouessara, voire Alger même.

L’assassinat d’un enseignant et la vague d’indignation qu’il a provoqué peut être le détonateur d’une résistance populaire des populations du Nord Mali face au terrorisme. Le MNLA qui semble être la seule composante apte au dialogue avec Bamako n’a pu s’opposer militairement aux organisations terroristes décidées à mettre ce beau pays pacifique qu’est le Mali à feu et à sang et cela, sous les yeux d’une communauté internationale indifférente, prompte à agir ailleurs pour des faits divers mais fermant dangereusement et délibérément  les yeux sur des exactions inacceptables contre des civils désarmés dans le Nord Mali. Dans quel but? Là est la question.

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