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Libye: des élections…aéroportées!

Samedi, 08 juillet 2012, les libyens étaient appelés aux urnes pour élire la première assemblée constitutive de leur histoire en tant qu’Etat-nation. Le vote est une notion étrangère en Libye depuis la haute antiquité où sa pratique-partielle et restreinte- s’inspirait de la pensée politique grecque et carthaginoise.

Le colonel Mouammar Gaddafi avait interdit dans son livre vert et les partis et les élections les assimilant à des éléments de division et de perturbation de la cohésion sociale.

Huit mois après la chute et la mort de Gaddafi à l’issue d’un conflit armé, la Libye de l’ère post-Jamahiriya organise ses premières élections dans un climat de tension extrême caractérisé par des actes de sabotage en Cyrénaïque, une dissidence au Fezzan, des villes assiégées et la persistance de luttes armées entre bandes rivales. 2,8 millions d’électeurs ont été recensés. Soit un peu moins que l’équivalent des habitants d’une bourgade égyptienne à la périphérie du Caire en Egypte.

Afin de contourner l’écueil sécuritaire, les libyens ont opté pour des élections aéroportées. L’ensemble des urnes ont en effet été transportées par avions cargo vers un centre situé à l’intérieur de l’aéroport militaire de Mitiga près de Tripoli. Ces avions cargo appartiennent en partie à l’armée libyenne mais d’autres seraient ceux de compagnies de sécurité privées et d’armées d’autres pays “frères” ou alliés ayant activement soutenu la “révolution” libyenne de 2011.

Le contrôle absolu des militaires sur le déroulement et surtout le dépouillement du scrutin laisse transparaître une volonté de garder la main sur les affaires libyennes: l’annonce de résultats préliminaires au compte-goutte, simultanément avec l’auto proclamation des “libéraux” (on se demande qui sont-ils puisqu’ils seraient proches d’Ahmed Djibril, ancien haut dignitaire de l’ancienne Jamahiriya) d’une avance, voire d’une victoire face à une éventuelle déferlante islamiste, conforte quelques doutes sur la pratique politique en Libye post-Gaddafi.

La violence semble inhérente à ce pays. Un membre de la commission électorale a perdu la vie après que l’hélicoptère dans lequel il se trouvait a été touché par des obus de canons anti-aériens; des échanges de tirs ont été signalés dans un bureau de vote à Ajdabya en Cyrénaïque; des incidents armés ont opposé des tribus au Sud-Ouest, au centre et près de Bani-Walid. Dans cette dernière ville, bastion des Gaddafistes où le drapeau vert flotte encore, deux journalistes libyens de Tobacts TV (une chaîne de télévision appartenant à Misrata, dont les milices sont unanimement détestés en Libye) ont été enlevés, faisant croître une tension déjà extrême entre les deux villes ennemies.

Mais cela a peu d’importance quand d’immenses intérêts économiques et commerciaux commencent à miroiter sous le soleil d’Afrique. Le Chef de la mission d’observateurs de l’Union européenne, Alexander Graf Lambsdorff, a indiqué que le scrutin s’était “globalement” bien passé. Les médias européens, français en tête ont focalisé d’une manière inhabituelle sur ce scrutin non sans tenter de le présenter comme une victoire de la démocratie universelle. Islamistes ou libéraux importent peu dans la mesure où une avance des libéraux confirmera une exception libyenne par rapport aux pays voisins. Sauf que cette démocratie aéroportée ne fait que conforter un peu plus un Gaddafisme sans Gaddafi.

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