La situation au Mali soulève bon nombre d’interrogations quant aux tenants et aboutissants d’une interminable crise aux dimensions complexes. Qui est quoi et qui fait quoi? Impossible de le savoir. Pour certains analystes très au fait de la situation sur place, le capitaine Sanogo, chef des putschistes ayant mis fin prématurément au mandat de l’ex-président Amadou Toumani Touré (ou ATT) mais en même temps déclenché la plus grande perte de territoires que le Mali moderne n’a jamais connu, disposerait de puces téléphoniques spéciales et entièrement gratuites lui permettant de demeurer en contact permanent avec des interlocuteurs étrangers établis dans des pays au voisinage immédiat du Mali. Quelle est sa fonction précise? Qui le conseille et le finance? Qui est derrière son émergence surprise dans le paysage politique local? Mystère…

De son côté, le premier ministre, Cheick Modibo Diarra, pressé de toutes parts et surtout par l’ancienne puissance tutélaire, la France, de demander de l’aide logistique à une éventuelle intervention militaire visant officiellement à reconquérir le Nord du Mali a publiquement demandé à Paris l’envois de bombardiers Mirage et de forces spéciales. Si officiellement, Paris maitient contre vents et marées qu’il n’est pas question pour la France d’intervenir avec des troupes au sol au Nord-Mali et qu’il n’est aucunement question d’une quelconque planification militaire dans ce sens, il n’en demeure pas que des éléments du COS (commandement des opérations spéciales) sont déjà à pied d’oeuvre et que des drones survolent en permanence des zones du “septentrion malien” ou de l’Azawad. Plus encore, les français acheminent désormais leurs hélicoptères de surveillance et d’attaque en pièces détachées au Burkina Faso et au Niger.

Soutien non déclaré du MNLA (mouvement national de libération de l’Azawad), Paris tente de faire d’une pierre deux coup. D’un côté, le jeu en vaut la chandelle: pas question de laisser le champ libre aux américains et aux chinois dans ce qui est considéré comme l’arrière basse-cour stratégique de la France en référence à l’ancien Soudan français. D’un autre côté, Paris a opéré un changement inhabituel de réthorique en s’appropriant la sémantique algérienne concernant le Mali: pour la première fois, la France se présente en “facilitateur” dans la présente crise malienne…Alors que jusque là, c’est Alger qui revendiquait ce statut, vu le rôle traditionnel joué par la diplomatie algérienne dans le vieux contentieux du Nord opposant l’irrédentisme touareg à l’Etat central de Bamako. Sauf que pour les français, ce nouveau rôle de “facilitation” est à forte connotation militaire.  l’Algérie persiste pour sa part à répéter que c’est aux Maliens de décider et personne d’autre.

Mais il y a deux autres acteurs en jeu et pas des moindres: les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Et pas question de laisser des miettes. L’Allemagne, principal “partenaire” du Mali observe également avec une attention extrême la sous-région. Une éventuelle intervention militaire de la Cédéao serait impossible sans une couverture logistique fournis par ces pays. Le Commandement des Etats-Unis pour l’Afrique (AFRICOM) a déjà effectué un balayage satellitaire de la l’ensemble des cibles et ce n’est point un hasard si son chef, le général Carter Ham s’entretient régulièrement avec les Algériens (deux rencontres en moins de cinq mois) à ce sujet.

Au delà des divergences des uns et des autres sur la crise malienne, demeure la question cruciale: quel sera l’objectif d’une intervention militaire sous parapluie international au Nord-Mali? la “libération” des trois gouvernorats de Gao, Kidal et Tombouctou? Cela est facile d’un point de vue tactique mais après? Ne faudrait-il pas entamer en toute urgence un dialogue politique et social afin d’éviter l’attrition d’une guérilla à long terme qui fera de la sous-région un point chaud chronique susceptible d’y fixer tous les intérêts au détriments des populations locales? C’est un dilemme. Semblable à celui de la préminence de la poule et l’oeuf. Et cela démontre toute la complexité de la situation actuelle dans ce pays du Sahel.

Gabriel Saavedra

Mali: le dilemme de la poule et l’oeuf revisité
Publicités

Vous pourrez aussi aimer

Un commentaire sur “Mali: le dilemme de la poule et l’oeuf revisité

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.