Analysis

La guerre en Syrie telle qu’elle nous à été vendue par les médias est terminée

Le rétablissement des relations diplomatiques entre les Émirats Arabes Unis et la Syrie a coïncidé avec un remaniement ministériel en Arabie Saoudite où Adel Al-Jubayr, ministre des Affaires étrangères a été relégué au rang de Secrétaire d’État. Al-Jubayr fut le responsable saoudien ayant multiplié le plus grand nombre de déclarations hostiles à la Syrie.

Le retour de la Syrie au sein de la Ligue Arabe de laquelle elle a été exclue au début de la guerre en Syrie n’est plus qu’une question de formes.

La Ligue Arabe est entièrement sous l’influence de Ryad depuis le début de ce que certains ont baptisé le Printemps Arabe.

Cela veut dire qu’il y a eu des contacts entre les pays du Golfe et Damas et qu’ils ont trouvé moins un terrain d’entente qu’une preoccupation commune :  la Turquie.

Damas est en train d’envoyer des renforts vers Manbij tout en appelant les populations kurdes à se retourner contre les forces étrangères et à contrer l’envahisseur turc. Cette tentative de récupération vise avant tout à saper la politique de Paris et de Londres.

En parallèle, Ankara renforce ses unités militaires et le président turc Tayep Recep Erdogan jure que l’Armée turque ira mettre un pied sur la rive orientale de l’Euphrate et que les jours de la kermesse autonomiste kurde sont comptés.

Ankara est en brouille avec Ryad et ses alliés du Golfe, maintient des troupes au Qatar, émirat en conflit avec Ryad sur fond de rivalité régionale. Du coup, l’hostilité avec Damas en est atténuée d’autant plus que les syriens crient à qui veut les entendre que leur pays a subi l’ingérence du Qatar, pays pour qui sous-traitent la France et le Royaume-Uni.

Si vous croyez que c’est compliqué, patientez un peu. Ce n’est que le début :  le retrait et la diminution de l’organisation Daech ont débuté avec le déclenchement du conflit ouvert entre Ryad et Doha.
Cette brouille qui a failli se transformer en conflit armé a également impacté Al-Qaïda en Syrie mais également sa branche soeur au Yémen.

Remarquez aussi que le Royaume-Uni a lancé l’organisation des casques blancs, la Turquie parraine une douzaine de puissants groupes politiques armés dont un se prévalant représenter le gouvernement de la province rebelle d’Idleb tandis que la France louvoie entre les groupuscules kurdes et le Front Ennosra (un ultime avatar de la franchise Al-Qaïda).

En termes moins châtiés, ces pays, tous de vénérables membres de l’Alliance Atlantique et se prévalant d’appartenir au monde faussement libéral soutiennent tous le terrorisme en Syrie.

Le président américain Donald Trump a débarqué sur une base militaire US en Irak pour débusquer ses adversaires internes. Les réactions des politiques irakiens ne trompent personnes. Le clientélisme de la classe politique irakienne, l’une des plus corrompues au monde, fait partie des rouages de la corruption de la faune de parasites tournant autour du complexe militaro-industriel US et donc l’État profond américain dans ce qu’il a de plus caricatural.

Personne n’avait trouvé à redire lorsque Obama,  Hillary Clinton ou Cameron mettaient les pieds en Irak et pour cause. Le régime fantôche irakien est une création des néoconservateurs les plus rétrogrades. Trump n’est pas du tout le type avec qui ils peuvent faire des affaires.

Trump a affirmé que les forces US stationnés en Irak allaient continuer à intervenir en Syrie. Une façon de dégonfler les rumeurs d’une fronde organisée par les soutiens de Jim Mattis et ses partisans. L’information est confirmée par des fuites savamment distillés par les grands titres de la presse néocon (devenue subitement démocrate ! )

La déclaration du retrait des forces US de l’est de l’Euphrate mais pas d’Al-Tanf ou du moins pas encore aurait du inciter les israéliens à moins de retenue car cela signifie que Washington se désengage partiellement de la Syrie sans les conditions requises, à savoir un retrait des forces pro-iraniennes de Syrie. De ce fait, Israël aurait pu se sentir libéré des entraves US et aurait pu agir. Ce qu’il a tenté de faire, en envoyant une vingtaine de bombes et de missiles sur des sites militaires syriens situés au Sud-Ouest de Damas et qui recevaient la nuit du raid manqué, la visite d’une délégation de haut rang du Hezbollah libanais. Les israéliens ont tente d’utiliser deux avions de ligne à la fois comme bouclier et comme leurre. Une tactique fort reprehensible et contraire aux principes de la guerre. Les israéliens espéraient que la Syrie abatte un avion de ligne chinois pour crier à l’État paria et en même temps brouiller Damas avec Beijing.
Pari manqué. Les syriens n’ont pas été autorisés par les russes à utiliser leur batteries de missiles S-300 car ils avaient flairé le piège. La DCA syrienne a intercepté 12 des 19  GBU et les missiles Air-Sol israéliens lancés à partir de l’espace aérien libanais. Une batterie de S-200 syrienne positionnée au Golan a détecter l’évasion des dizaines de F-16 israéliens et leur a tiré dessus  : des missiles S-200 ont pénétré dans l’espace aérien israélien.
Le dôme ABM s’est déclenché et cela a été le prétexte de crier à l’agression.

Dans cet imbroglio fort complexe et que personne n’arrive vraiment à analyser sans parti pris, quelle est l’utilité pour la France de se ruiner et d’aller s’embourber dans un conflit où personne n’est près à en sortir indemne ?
Réponse claire :  les lobbies pro-Israël en France. Ces derniers considèrent désormais la France comme leur dernière chance et une alternative. Ce qui est en soi un aveu d’échec. 

Il n’y a aucune chance qu’une solution militaire s’impose en Syrie.

Le pari sur un État kurde indépendant à cheval entre la Turquie et la Syrie et l’Irak est perdu d’avance. Non seulement aucun pays de la région n’accepte cette éventualité mais cela risque de fédérer des États rivaux en guerre autour d’une menace existentielle commune.

Les deux pays qui en sortent déjà perdants sur tous les plans sont les deux pions que sont la France et le Royaume-Uni.  D’abord vis à vis de leur propres populations, lesquelles découvrent effarées que leurs gouvernements sont devenus dignes de la dernière république bananière.

Les vieux démons de la Turquie se sont réveillés et Ankara poursuit, décomplexé, une politique étrangère néo-ottomane spécifique aggressive, résolue et répondant par dessus tout à ses propres intérêts stratégiques. Sa présence au sein de l’OTAN n’est plus que symbolique pour les turcs :  Washington a besoin de l’importance  stratégique de la Turquie comme un État pivot aux confluences de l’Occident et de l’Orient, à la jonction de l’Europe et l’Asie et du Nord et du Sud.   

La guerre en Syrie telle qu’elle nous été vendue par les médias est terminée. 

Ironie du sort, la Syrie est désignée comme un pays « frère » par les Émirats Arabes Unis. Lorsqu’on sait ce qu’ont dépensé les Émirats Arabes Unis pour abattre le régime syrien il y a de quoi suspecter la présence d’un couteau derrière le sourire.

La Syrie est détruite mais son régime politique et son idéologie sont toujours debout. Son retour dans la ligue arabe signifie la fin de la guerre. Le président Bashar Al-Assad cherche maintenant à retablir l’autorité de l’État sur Idleb et au Nord-Est tout en revendiquant le Golan. Il lui faudra aussi faire preuve de pragmatisme politique et débloquer le système syrien, afin de neutraliser toute nouvelle contestation interne susceptible d’être exploitée par ses ennemis. La nécessité d’une nouvelle constitution garantissant une plus grande ouverture politique, un dialogue politique inclusif ainsi que les principes d’un État de droit garantissant les libertés individuelles et politiques. C’est le seul gage de sortie de crise.

Les États-Unis s’en sortent plutôt bien cette fois mais en se retrouvant dans une situation de guerre civile jusqu’ici circonscrite au sein de l’État profond. Les USA abandonnent les guerres asymétriques et reviennent au modèle de confrontation symétrique en s’opposant à la Russie et à la Chine, deux puissances qualifiées officiellement aux États-Unis de « puissances révisionnistes » car contestant le leadership US ou le concept du nouveau siècle américain.

La Russie a réussi ce que l’ex-Union Soviétique a toujours rêvé. Elle est est revenue de très loin. Moscou joue désormais un rôle de premier plan au Moyen-Orient mais se heurte à la résurrection de la rivalité symétrique US dans ses marches occidentales, septentrionales (Arctique) et méridionales. Moscou le sait et perçoit la menace directe pesant sur son existence en tant que puissance militaire de premier ordre. D’où son rapprochement stratégique et assez spectaculaire dans tous les domaines avec la Chine de Xi Jinping. Une propagande outrancière pourrait considérer cette super alliance entre le pays disposant du plus grand arsenal nucléaire avec le pays le plus peuplé et en même temps la fabrique du monde comme un autre avatar plus puissant de l’empire Mongol eurasien. En fait nous avons assisté en 2018 à l’émergence d’une très grande concentration de puissance militaire et économique entre la mer de Chine et les grandes plaines européennes à l’ouest de la Russie. Cela préfigure l’état du rapport de forces d’ici 2039.

Israël est en crise. Sa stratégie régionale et extra-régionale a aggravé sa posture stratégique. Son obsession à anéantir les régimes qui lui sont hostiles par des puissances tierces s’est retourné à son détriment. En 1995, Israël n’était entouré par aucune puissance susceptible de lui tenir tête ou le menacer. En 2018, il est parvenu à se créer de formidables adversaires à deux pas de Tibériade et à quelques encablures de l’emplacement antique d’Armageddon. En dépit de l’immense soutien qu’il reçoit des pays occidentaux et de son arsenal fort impressionnant,  L’avenir d’Israël n’a jamais paru aussi sombre et sans perspectives.

Au final, c’est la Chine qui va rafler la mise :  La reconstruction de la Syrie. Un marché faramineux de 500 milliards de dollars ! 

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33 réponses »

  1. Un marché de 500 milliard pour un pib 2010 de 59 milliards😁 . J’aime bien vos analyses mais faut rester réaliste. Tout au plus 10 milliards.

    Qui va payer ?

    • 10 milliards de dollars ne suffit même pas à financer le coût d’une autoroute entre Alep et Damas.

      A titre de comparaison, l’autoroute Nord en Tunisie avait coûté 9.8 milliards US et l’autoroute Est-Ouest en Algerie a dépassé les 18 milliards US.

      Who will pay the $250+ billion reconstruction cost in Syria?
      Qui paiera une facture de +250 milliards de dollars pour la reconstruction de la Syrie ?

      Despite enormous reconstruction costs, Syria vows to rebuild – CSMonitor.com

      Extrait choisi : « But the relatively small-scale participation of companies from Syria’s allies, Russia and Iran – both under US sanctions – can hardly even begin to cover the enormous reconstruction costs in Syria, estimated to be anywhere between $250 billion and $400 billion. A UN agency estimates the war has cost $388 billion, and Syria says it needs $48 billion in short term investments for the housing sector alone.

      Around half of Syria’s pre-war population of 23 million has been uprooted – nearly 6 million fled abroad, while 6.6 million are displaced within Syria – and entire cities lay in ruins, their infrastructure decimated »

      Le PIB syrien ne veut plus rien dire. La Reconstruction de la Syrie est un marché ouvert qui attire et intéresse au plus haut point les grandes puissances et les pays Arabes riches en pétrodollars.

      Syria war could cost country $1.3T by 2020: Study
      1 trillion et 300 milliard de dollars…Vous savez sans doute que l’on détruit des pays pour pouvoir les reconstruire (dialectique du capital)

      • traduction :
        10 milliards de dollars ne suffit même pas à financer le coût d’une autoroute entre Alep et Damas.

        A titre de comparaison, l’autoroute Nord en Tunisie avait coûté 9.8 milliards US et l’autoroute Est-Ouest en Algerie a dépassé les 18 milliards US.

        Who will pay the $250+ billion reconstruction cost in Syria?
        Qui paiera une facture de +250 milliards de dollars pour la reconstruction de la Syrie ?

        Malgré les coûts de reconstruction énormes, la Syrie s’engage à reconstruire – CSMonitor.com

        Mais la participation relativement modeste de sociétés des alliés syriens, de la Russie et de l’Iran – toutes deux sous sanctions américaines – ne peut même pas commencer à couvrir les coûts de reconstruction énormes en Syrie, estimés entre 250 et 400 milliards de dollars. Un organisme des Nations Unies estime que la guerre a coûté 388 milliards de dollars et la Syrie a déclaré qu’elle avait besoin d’investissements à court terme de 48 milliards de dollars pour le seul secteur du logement.

        Près de la moitié de la population syrienne d’avant-guerre de 23 millions d’habitants a été déracinée – près de 6 millions de personnes ont fui à l’étranger, tandis que 6,6 millions d’entre elles ont été déplacées à l’intérieur de la Syrie – et des villes entières sont en ruines, leurs infrastructures décimées .

        Syria war could cost country $1.3T by 2020: Study
        1 trillion et 300 milliard de dollars…Vous savez sans doute que l’on détruit des pays pour pouvoir les reconstruire (dialectique du capital)

    • Non la Chine n’a aucune ambition coloniale en Syrie mais le pouvoir à Damas privilègie la coopération avec la Chine et adhère à la nouvelle route de la Soie.
      La Chine a aidé financièrement la Syrie et lui a même offert de lui construire les autoroute « gratis ». Ce sera un retour d’ascenseur. Cela engrangera des contrats pour les sociétés chinoises.

      • À strategika51.
        Je ne suis pas d’accord avec vous mon ami, quand vous dite la Chine n’a aucune ambition coloniale.
        Certes peut être pas coloniale , mais économique Oui.
        La Chine comme n’importe qui ne font pas dans les émotions, seul les intérêts compte avant toutes autres considérations.
        La Chine à très bien compris que pour obtenir il faut d’abord donner pour ensuite récupérer ces mises.
        Personnes ne lui reprochera ça c’est le business.

        • La Chine est très orientée business et la plupart des businessmen chinois sont « sans aucun état d’âme ».

          Ambition économique oui. Coloniale ? Non. Il y a une très grande différence entre les deux notions.

          La Chine n’a aucun intérêt à se mêler des affaires internes d’autres nations. Elle fait du business sans condition.

          Les drones chinois ont réussi parce que Beijing les vend moins cher et sans aucune condition politique ou chantage économique.

          De même, la Chine n’a jamais cherché à tuer ou à massacrer des civils africains ou autres et détruire les structures politiques, économiques, culturelles et sociétales des pays où elle investit.

          Par ce fait, elle ne crée aucun ressentiment ou rancune.
          Beijing n’a jamais exigé qu’on lui remette les réserves d’or sous la menace d’une intervention armée.
          Elle n’intervient jamais en cas de guerre civile et s’abstient de toute tentative de putsch ou de changement de régime.
          Enfin, les chinois exploitent les matières premières mais ne privent pas des pays entiers de leur production (comme le cacao, introuvable en Afrique de l’ouest)
          Donc ambition économique immense, certes, mais pas de politique paternaliste raciste ni de propension guerrière visant les populations civiles en premier lieu comme ce fut le cas avec les colonialismes européens.

          C’est en cela que réside le succès de la Chine.

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