Jamais une délégation US négociant avec des émissaires ennemis ne fut prise d’aussi haut.

Lors des négociations en cours entre Washington et les Talibans à Doha, Qatar, les délégués Talibans négocient en position de force, ne cédant aucune de leurs revendications dont la principale : le retrait immédiat et inconditionnel de l’ensemble des forces US et Otan d’Afghanistan.

En dépit de la gigantesque machine de guerre US et la pléthorique Armée Nationale Afghane supplétive en plus de dizaines de compagnies de mercenaires privées liées directement au puissant complexe militaro-industriel US, les délégués US à Doha n’avaient aucun argument à opposer à ceux des Talibans. Le seul terrain sur lequel les deux parties ont commencé à converger est celui relatif à la lutte contre l’État Islamique et Al-Qaïda en Afghanistan.

Ce sujet fut assez ironique puisque le représentant des Talibans à Doha n’a pas hésité à lancer à la face de son interlocuteur US, estomaqué, l’appréciation des Talibans sur la venue ou l’étrange migration vers l’Afghanistan de combattants de Daech d’Irak et de Syrie a bord d’avions-cargo et d’hélicoptères de transport de troupes US et étrangers opérant sous le pavillon de l’ISAF.

Les délégués Afghans s’appuient sur une réalité indéniable : les forces occidentales sont entrain de subir l’un des plus grandes débâcles stratégiques de l’histoire dans leur pays montagneux, enclavé et pauvre.

Les Armées US et de l’OTAN, malgré un budget astronomique, un équipement à la pointe de la technologie du 21ème siècle, des ressources quasiment illimitées, une couverture diplomatique taillée sur mesure et un blackout médiatique n’arrivent pas en plus de 17 ans de guerre à faire mieux qu’une simple guérilla médiévale, se battant avec des armes de la moitié du 20ème siècle.

Il est admis qu’une guérilla qui arrive à résister à l’anéantissement et continue la lutte militaire, gagne politiquement.

Une Armée régulière soutenue par des unités de forces armées de 29 pays d’Europe, du Golfe et d’Amérique centrale en plus d’une véritable Armée supplétive locale, et qui n’arrive point à gagner militairement et se contente de ne pas faire mieux que son adversaire, à déjà perdu la guerre.

Pire, les Talibans maîtrisent non seulement le terrain mais progressent chaque jour et n’hésitent plus à s’emparer de capitales provinciales, de bases militaires, de QG du renseignement, de dépôts de carburants et de munitions …en plein jour.

Dans la province de Wardak, une base gérée conjointement par la CIA et la Direction générale de la Sécurité (renseignements Afghans) a été attaquée par les Talibans.

Le bilan est très lourd : 300 militaires Afghans et plus de 78 “contractors” étrangers affiliés à l’ex-Academi (autrefois connue sous la sinistre dénomination Blackwater en Irak) auraient été tués au cours d’une des attaques les plus complexes jamais montées par la guérilla Talibane. Le site servait à mettre sur pied des forces paramilitaires clandestines afin de transposer le modèle du “Surge” irakien en Afghanistan et était par conséquent l’un des endroits les plus protégés du pays.

Un premier bilan officiel fait état de plus de 150 morts parmi les nouvelles recrues.

La situation en Afghanistan échappe totalement à tout contrôle.

La présence des forces de l’Empire en Afghanistan à mi-cheval entre l’Iran à l’ouest et la Chine à l’Est et le Tadjikistan (l’Asie centrale le ventre mou de la Russie) au Nord et le Pakistan au Sud s’avère désastreuse en termes de coûts financiers et stratégiques.

Cette position intenable dure depuis bientôt deux décennies. C’est en Afghanistan que l’Empire s’est cassé les dents.

Débâcle stratégique en Afghanistan
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12 commentaires sur “Débâcle stratégique en Afghanistan

  1. Les Talibans sont de grand guerrier, si on ajoute à ça que Chinois, Russes et Iraniens ont tout intérêt que les US se casse les dents, je pense que les talibans ont du recevoir assez d’armement et d’argent pour se débarrasser définitivement du cancer US en quelques mois, pas pour rien que les US sont revenus à la table des négociations, ils ne négocient que quand ils sont en danger de mort !

  2. Il suffit de se promener du côté de gare du nord à Paris pour voir des afghans habillés en tenue traditionnelle. Vu leur tenue et aisance, ils n’ont pas besoin d’argent. Ensuite, si les africains mettent leur vie en jeu pour atteindre l’Europe, les afghans voyagent sans grand mal jusqu’au portes de l’Europe. Un africain dépense de 15 à 20.000 euros pour arriver en Europe (au fil du trajet, ils leur faut téléphoner au “pays” pour débloquer l’argent par virement aux différents passeurs (autrement avec de l’argent liquide sur eux, ils ne passeraient même pas la frontière de leur propre pays). Pour les afghans, le voyage est plus long avec plus de frontières. a combien s’élève le coût de ses passages ? Pour avoir autant d’argent, seuls les talibans peuvent subvenir aux besoins des jeunes afghans migrants. L’afghan qui n’ayant pas de champ de pavots n’a pas les moyens de payer un “transfert” vers l’Europe. Et il n’y a que les talibans qui ont des champs de pavots.

    1. non l’Afghanistan est un pays de montagne avec des chefs dans chaque village, chaque vallée .
      ces chefs se font payer par les occidentaux ils ont certes les moyens d’envoyer leurs fils en Europe mais ils y gagneraient moins qu’en rackettant les armées étrangère dont la France !

      1. La France est partie depuis longtemps de ce pays. Nous n’avons laissé que nos interprètes qui se font massacrer un à un. La France est la seule nation a ne pas avoir ramené leurs interprètes et leurs familles pour éviter qu’il se fassent tuer par les talibans. La France ne se fait donc pas racketter et elle joue au contraire le jeu des talibans qui se vengent sur les familles d’interprètes. Un jour nous recevrons en grandes pompes les politiques talibans quand ceux-ci auront repris le pouvoir. Maintenant, est-ce que la France s’est fait racketté lorsqu’elle était aux côté des autres forces occidentales ? Etant sous commandement américain, si ce devait être le cas, ce serait une volonté américaine. Mais ce n’est pas la culture de l’armée française … à moins d’avoir été aveugle durant plus de vingt ans dans de nombreux pays où l’armée française est intervenue. Peut-être que oui ou non.

        1. ” La France est la seule nation a ne pas avoir ramené leurs interprètes et leurs familles pour éviter qu’il se fassent tuer par les talibans.”
          l’abandon de ceux qui lui ont servis est une longue tradition de l’armée française les harkis d’algérie en savent quelque chose !

          1. Vous n’avez pas tout à fait tort ni raison. L’histoire de l’abandon des harkis trouve son origine en Indochine avec les minorités ethniques que nous avons laissés aux mains des vietminh. Mais comme pour les harkis, ce n’est pas l’armée françaises qui les a laissés tomber mais les politiques au pouvoir dont pour le cas de l’Algérie de DE GAULLE. Les militaires ont au contraire (pour les régiments d’élites ayant combattu en Indochine) ramenés contre les ordres du politique des harkis et leurs familles. Pour cela ils disposaient d’un poids de paquetage pour monter sur les bateaux qui les ramenaient à Marseille. Ils ont laissé à terre leur paquetage et en échange prit le poids équivalent en harkis et leur famille. C’est peut-être choquant mais c’étaient pour eux la seule façon de sauver une faible partie des harkis. Après le putsch d’Alger, les tensions avec DE GAULLE, la résistance de l’OAS avec les condamnations à mort de certains militaires partis dans la clandestinité, c’était déjà de refuser les ordres en laissant leur paquetage (qu’ils ont dû rembourser à l’Etat) et en imposant le rapatriement des quelques harkis qu’ils ont pu ainsi sauver. D’une façon générale, les militaires reçoivent des ordres du politique. En aucun cas, ils décident d’eux-même.

      2. Toute la guerre d’Afghanistan fut et est basée sur le racket.

        Les forces françaises payaient les Chefs tribaux pour que les Talibans ne les attaquent pas.
        Les italiens ont poussé cela jusqu’au vaudeville.

  3. Et maintenant nous voyons les fils des talibans arriver en France. Leur transfert s’est déroulé sans risque grâce à l’argent de la drogue. On peut se demander quels sont les objectifs des talibans pour envoyer ainsi en Europe leurs fils ?

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