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L’US Navy commande simultanément deux portes-avions de la classe Ford en dépit d’un avenir incertain pour ces géants océaniques

L’US Navy a signé un contrat avec l’armateur Huntington Ingalls pour la construction simultanée de deux nouveaux portes-avions de la classe Ford.

Ce contrat s’élevant officiellement à 14.9 milliards de dollars US permettra selon la marine US d’économiser 4 milliards de dollars USD.

Ces deux nouveaux portes-avions de la classe Ford (ex-CVN 21) d’un déplacement de 100 000 tonnes et pouvant emporter plus de 85 avions de combat remplaceront à terme les portes-avions de la classe Nimitz et  renforceront le gigantisme de l’aéronavale US.

Actuellement, deux énormes bâtiments de ce type sont opérationnels :  l’USS Gerald. R.Ford (CVN 78) et l’USS John.F.Kennedy (CVN 79) ;  un troisième porte-avions de la même classe est en cours de construction avancée, il s’agit de l’USS Entreprise (CVN 80).

Ces portes-avions sont dotées de nouvelles technologies comme les systèmes de catapulte électromagnétiques (EMALS) pour le lancement des appareils de combat et des systèmes automatisés réduisant les effectifs humains  nécessaires à l’exécution d’un très grand nombre de tâches.

La propulsion est assurée par un nouveau réacteur nucléaire, le A1B, offrant plus de puissance et d’autonomie.

A terme, les États-Unis auront dix de ces monstres des océans, chacun entouré de son groupe d’attaque.

Actuellement, les USA disposent de 11 portes-avions géants et huit autres bâtiments de surface d’un  tonnage moyen de 45 000 tonnes qui peuvent être considérés comme des portes- avions et dont certains dépassent en déplacement et en armement ceux des portes-avions Russe « Amiral Kuznetsov », Chinois « Liaoning », Français « Charles de Gaulle » ou Indien « INS Vikramaditya ».  Et pourtant l’US Navy ne parle jamais de 19 portes-avions mais de 11 à cause de la distinction entre un porte-avion et un navire d’assaut amphibie.

Ces efforts colossaux visent avant tout à contrer le développement des capacités navales de haute mer des rivaux Russe mais surtout chinois avec lequel Washington a un contentieux indirect en mer de Chine méridionale.
Or, non soumis à des restrictions budgétaires comme Moscou, Beijing est non seulement en train de construire son second et troisième porte-avions à une vitesse sidérante, mais dispose de deux autres en chantier et cinq autres en projet. Ce qui ne laisse subsister aucun doute sur la volonté chinoise de transformer ce qui était jusqu’à récemment une force navale côtière en marine océanique. Ce qui est complètement inadmissible et inacceptable  pour Washington qui y voit une menace grandissante et rivale contre leur domination navale en Asie-Pacifique et ailleurs dans l’océan indien jusqu’à la mer d’Arabie. 

Cependant, le développement de missiles antinavires dotés d’ogives ayant des capacités de manoeuvre à des vitesses hypersoniques par la Chine et la Russie représente un début de réponse asymétrique à la fois efficace et redoutable à la menace des groupes de l’aéronavale US par des puissances dont le budget et le niveau de savoir-faire ne permettent pas de rivaliser dans ce domaine.

Ce fut le cas de la marine de guerre Allemande du temps de Bismark avec la Royal Navy britannique de l’ère victorienne et même après jusqu’en 1945.

Outre la menace de nouveaux missiles balistiques antinavires plus précis, il y a lieu de relever que l’actuel porte-avions USS Gerald.R.Ford souffre d’un nombre impressionnant d’avaries sur certains de ces systèmes et dont les multiples réparations ont déjà coûté jusqu’en janvier 2019 entre 11 et 13 milliards de dollars US, soit le coût d’un nouveau porte-avions de la même classe.

Bref, en d’un éventuel conflit symétrique d’ampleur, il se pourrait que le porte-avions connaisse le même sort des gros cuirassés de la seconde guerre mondiale qui n’ont pu survivre à l’aviation ou à l’inverse continuer à être le fer de lance de l’hégémonie océanique et de l’intervention militaires sur n’importe quel point de la planète.

Le contexte et la tendance actuelle en matière de missiles tueurs de portes-avions plaident beaucoup plus pour la première hypothèse.

D’ailleurs un vieux amiral chinois enseignant dans une école militaire s’est laissé aller à dire qu’il suffisait de couler deux portes-avions US pour obtenir une victoire définitive en cas de conflit.

Question de prestige. Aucun porte-avion n’a été envoyé par le fond depuis la seconde guerre mondiale.

Qu’en sera t-il si un porte-avion à propulsion nucléaire soit touché de plein fouet par une salve de missiles SS-N ? 

Coût politique exorbitant dépassant de loin les pertes humaines ou matérielles…de nature à décapiter l’exécutif du pays possesseur du bâtiment mais aussi à le pousser vers l’usage de la dissuasion suprême…un scénario pas très souhaitable en tout cas pour la survie des espèces et de la faune terrestre.
   

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3 réponses »

  1. Le vieux Chinois a totalement raison, et même un seul porte-avion US au fond de l’eau suffira – pour l’exemple – à renvoyer l’armée US au rang de la saoudienne, un cimetière de ferraille électronique mais au milieu de l’océan cette fois.
    Ceci n’est pas une formule mais une certitude. Le Pentagone n’a aucune intention de croiser vraiment le fer et poursuivra sa chimère du Tigre de papier budgétivore autant qu’il le pourra en agitant le bâton ou n’attaquant que les plus faibles – encore qu’il se trompe là aussi parfois.
    Le cas de la Chine n’est pas symétrique. Pour elle, le PA – outre que ça énerve les autres – est un des points de passage obligé pour sa stratégie de supériorité technologique, comme l’espace et la lune d’ailleurs. On est là dans ce qu’on appelle la stratégie des moyens.
    En clair, les US préparent la troisième guerre mondiale qu’ils ne veulent surtout pas livrer car ils en sortiraient détruits – plus de commission, plus de retraite dorée, … – avec les idées de la seconde parce qu’en fait ils n’en ont pas d’autres ( chute du QI oblige ), et en face on répond symboliquement par des jonques électronique dans le but évident de planter les mêmes à mort sans avoir besoin de les taper demain. Autrement dit, on fabrique du PA parce qu’il faut dépenser et non pas parce que c’est utile. ( Même chose pour la france finissante d’ailleurs, mais là on a la tradition de Toulon, sans compter que son futur 2° PA qui la chatouille arborera sans doute un pavillon vert avec deux tibias, et pas sûr qu’il flotte non plus : c’est donc encore plus drôle ).
    Entre 250 d’âge, un millénaire d’égarement et 5 000 ans de culture, il y a un distinguo plus que subtile, inaccessible bien sûr à ceux qui regardent trop US-bfm.
    La faille des caincains est qu’ils sont dans une spirale dépensière qu’ils ne peuvent plus maîtriser. C’est donc elle qui les commande et non plus la classique réflexion stratégique que certains nomment encore « grand jeu ».

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