L’intervention du Chef du mouvement libanais Hezbollah, Hassan Nassrallah,  a mis les pendules à l’heure et s’adressait spécifiquement aux services de renseignement des pays derrière la déstabilisation de la Syrie- présents au Liban, en Jordanie, en Turquie, au Kurdistan irakien et à l’intérieur de la Syrie. L’afflux massif et organisé de milliers de “volontaires” arabes, asiatiques et européens (issus des communautés d’origine musulmane) en Syrie a conduit le Hezbollah a revoir sa politique sur le terrain. Ses éléments, concentrés sur les objectifs à atteindre lors de la prochaine confrontation avec Israël. Les multiples incursions des rebelles et surtout l’interconnexion de plusieurs groupes extrémistes libanais, syriens et étrangers au niveau des zones frontalières menaçait le Hezbollah d’un encerclement. Par dessus tout, les groupes armés tentent par tous les moyens de provoquer un embrasement interconfessionnel qui serait fatal au Liban en s’attaquant à des lieux saints et à des sépultures des compagnons du Prophète dans la région autrefois connue sous le nom de Grande Syrie. D’où l’intervention de  “volontaires” du Hezbollah dont les procédés ont été qualifiés par les observateurs de très professionnels. Les combattants du Hezbollah sont donc intervenus en territoire syrien non loin des frontières libanaises. Ces unités restreintes auraient exécuté des tactiques inédites et inconnues, lesquelles ont non seulement stupéfait les observateurs US et consterné les israéliens mais étonné le haut commandement de l’armée syrienne . Il semble patent que le Hezbollah dispose d’une bien meilleure stratégie que l’armée syrienne. Les éléments de cette dernière ignorent l’implication d’éléments du Hezbollah dans les opérations. Mais le résultat est là: là où le Hezbollah est intervenu, les rebelles ont été très rapidement défaits.  Jusqu’à présent, personne dans la communauté du renseignement n’a pu expliquer comment il a réussi à faire déplacer d’une manière furtive ses unités au delà de l’anti-Liban.

Des éléments du renseignement syrien en opération. Ils sont les seuls à être avertis de l'intervention et du rôle des éléments du Hezbollah en territoire syrien.
Des éléments du renseignement de l’armée de l’air syrien en opération près du littoral au nord de la frontière libanaise. Ils sont les seuls à être avertis de l’intervention et du rôle des éléments du Hezbollah en territoire syrien. seuls les officiers généraux syriens connaissent l’implication du hezbollah dans des combats très localisés en Syrie.

D’après des informations recueillis au Liban, les membres du Hezbollah ayant eu à intervenir en Syrie ont adopté l’uniforme de l’armée arabe syrienne mais avec des grades commençant par celui de lieutenant-colonel. Ce procédé respecte les règles d’engagement de l’armée syrienne. Echaudée par l’inexistence de l’armée libyenne lors de la guerre de Libye en 2011 et ayant pris acte de l’effondrement de l’armée irakienne en 2003, l’armée syrienne tient par dessus tout au maintien de l’uniforme et de la cohésion de ses unités. Le ministre syrien de la défense a d’ailleurs décidé que l’armée devra apparaître jusqu’à la fin comme une armée nationale combattant et se repliant dans l’ordre.L’intervention d’éléments du Hezbollah s’est avérée d’une redoutable efficacité. Une efficacité totale qui a fait dire au renseignement militaire israélien qu’en cas de nouvelle guerre du Liban (en référence à celle de 2006), rien ni personne n’arrêtera une pénétration du Hezbollah au Nord de ce qu’il appelle l’entité sioniste sauf peut-être un usage limité et tactique  d’armes non-conventionnelles.D’où la hantise de Tel-Avive d’un éventuel tranfert d’armes de Syrie au Liban.

Les Etats-Unis d’Amérique dont l’enjeu dans le conflit syrien est énorme, continuent de diffuser des déclarations publiques officielles relative à l’armement de factions de la rébellion syrienne, sont de facto des fournisseurs d’armes létales à celle-ci. Même si officiellement, Washington dément tout armememnt des rebelles. La Grande-Bretagne et la France mais également des pays comme les Pays-Bas sont allés très loin dans ce domaine, via des opérations compliquées financés par des pays du Golfe arabo-persique pour l’acquisition d’armements auprès de pays comme la Croatie, la Roumanie, la Bulgarie, la pologne et d’autres.

L’une des particularité du conflit en Syrie est que les renseignements de l’armée de l’air syrienne sont le fer de lance de la lutte pour la survie de l’Etat syrien pour Damas et ses alliés, ou pour reprendre les termes de la réthorique du camp adverse, de la répression. L’ancien président syrien Hafed Al-Assad, père de Bashar, était un pilote de chasse et il n’a eu de cesse de développer cette arme au détriment de toutes les autres, jugeant que c’est l’arme du futur. Son service de renseignement est le plus redoutable des 39 directions du renseignement général syrien.

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'armée syrienne est relativement bien organisée. Des éléments du renseignement de l'armée de l'air syrienne près de Banyas. Mai 2013
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’armée syrienne est relativement bien organisée. Des éléments du renseignement de l’armée de l’air syrienne près de Banyas. Mai 2013

Le pourrissement du conflit syrien arrange les intérêts de certains pays de la région, lesquels n’ont jamais accepté les termes de la déclaration de Genève. L’émissaire des Nations Unies et de la Ligue arabe, Lakhdar Brahimi, en sait quelque chose. Sur un plan strictement stratégique, l’enlisement du conflit et son prolongement est profitable à Tel-Aviv puisque il affaiblit non seulement l’armée syrienne mais détruit l’infrastructure du dernier pays de la région du Moyen-Orient, ouvertement ennemi avec “l’entité sioniste”. Ce terme de plus en plus rarissime dans le monde arabe, a totalement disparu de la réthorique officielle des pays ayant connu des révoltes en 2011.L’objectif principal derrière l’abattement programmé du régime syrien est l’affaiblissement, voire la suppression du Hezbollah, prélude au ciblage de l’Iran. Damas est le maillon faible dans l’axe stratégique formé par l’Iran, la Syrie et le Hezbollah libanais. Une fois la Syrie extirpé de cet axe, l’Iran serait stratégiquement isolé et n’aurait plus de levier de pression sur Israël. Pour faire passer ces objectifs auprès des populations musulmanes, des pays comme l’Arabie Saoudite ou le Qatar alimentent une intense propagande à caractère confessionnel à tous les niveaux. Cette propagande encourage et renforce un supposé clivage entre sunnites et chiites. Thèse exploitée par certains orientalistes proches de la CIA dès la fin des années 60.

Les “islamistes” syriens n’ont jamais pardonné au régime syrien la répression de Hama en 1982; ils considèrent le régime syrien basé sur le parti baath comme impie et l’assimilent à l’idéologie National-socialiste et au communisme. L’adoption du salut Romain par l’armée syrienne et la présence de la couleur rouge dans le drapeau syrien servent de prétextes aux islamistes pour justifier leur position. Le remplacement du drapeau syrien par celui du Mandat français n’a aucun sens à leur yeux si ce n’est le remplacement de la couleur rouge par celle, verte, de l’Islam.

Ce combat est partagé, outre par les familles régnantes dans les monarchies et autres principautés pétrolières et gazières du Golfe arabo-persique, mais également par les islamistes égyptiens, jordaniens, libyens, tunisiens et marocains. Il est à noter que certains pays arabes où des partis islamistes sont parvenus au gouvernement soutiennent plus ou moins l’envoi de volontaires à ce nouveau type de “Jihad” pour le néolibéralisme.

Le président syrien Bashar Al-Assad est apparu en public très peu de temps après le ciblage de son Premier ministre Wael Al-Halki, un AlAssad_mai2013technocrate bon teint, par un attentat. Le retrait ou la disparition de Bashar Al-Assad peut-elle être un début de solution en Syrie? Pour les non-avertis, la question pourrait être réduite à cette dimension. En réalité, Al-Assad ne gouverne pas seul. L’Etat syrien est solidement bâti autour de l’armée et plus particulièrement l’armée de l’air. Celle-ci dispose d’une doctrine idéologique et politique assez forte. Son appartetance à une minorité (les Alaouites) et son alliance avec d’autres communautés laissent entrevoir, même en cas de disparition, une très longue lutte pour le pouvoir à l’issue de laquelle la Syrie risque de disparaître. D’autant plus que les groupes extrémistes affiliée à la très suspecte Al-Qaîda sont déterminés à exterminer les autres minorités dans le cadre d’une épuration confessionnelle.

Au sein de la mouvance dite “islamiste” qui regroupe un regroupement assez large et hétéroclite, la tendance est la croyance en une sorte de résurgence d’un monde islamique adhérant totalement à l’économie de marché et au consumérisme, lequel serait l’allié et l’outil des puissances de l’argent pour mener une guerre eschatologique contre un hypothétique axe russo-chinois, taxé de “communiste”. En d’autres termes, les islamistes envisagent de servir de chaire à canon à l’empire dans une éventuelle confrontation avec la Russie et la Chine. Comme quoi les outils géopolitiques peuvent être anachroniques. Même en prospective…

Conflit au Moyen-Orient: le Hezbollah bouge ses pions
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