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Le processus de négociations entre les Talibans et le Pakistan compromis?

(ST51-Islamabad)

Pour la première fois au Pakistan, un général-major et un colonel ainsi qu’un accompagnateur ont été tués par l’explosion d’une bombe IED (Improvised Explosive Dévie) au passage d’un convoi alors qu’ils étaient en visite d’inspection, dimanche 15 septembre 2013, au Nord de la province de Khyber-Pakhtunkhwa à la frontière avec l’Afghanistan.

Cette attaque revendiquée par les Talibans pakistanais du TTP (Tehrik e Taliban Pakistan) intervient dans un contexte difficile marqué à l’extérieur par les efforts de négociations avec les Talibans Afghans, initiés par les américains en prévision du retrait annoncé de leur forces combattantes de ce pays en 2014, et à l’intérieur,  par une offre de dialogue avec les insurgés Talibans locaux exigée par des partis politiques de l’opposition et laquelle l’armée demeure réticente.

Or les Talibans pakistanais qui mènent depuis des mois  une insurrection dans les zones tribales frontalières avec l’Afghanistan (les FATA ou Federally Administered Tribal Areas) ont fait savoir dès samedi 14 septembre 2013, des préconditions à tout processus de négociations avec le gouvernement pakistanais. A savoir:

Primo: le retrait des forces armées pakistanaises des zones tribales du Nord;

Secundo: la libération des dirigeants du mouvement emprisonné au Pakistan et à l’étranger;

Tertio: l’arrêt total des frappes de drones sur les FATA.

Trois jours après l’attaque de Upper Dir dans laquelle de hauts officiers militaires ont été assassiné, le chef d’État-major de l’armée pakistanaise, le général  Ashfak Kayani  martèle qu’il est hors de question pour le Pakistan de se laisser dicter les conditions par le TTP et que la lutte contre le terrorisme continuera.

La réponse des Talibans pakistanais dont les liens avec ceux de l’Afghanistan sont forts ambigus et obscurs, ne s’est pas fait attendre: “nous sommes en guerre jusqu’à ce que le gouvernement décide de dialoguer”.

Un retrait des forces pakistanaises des zones tribales aura de très sérieuses répercussions sur la sécurité nationale du Pakistan. Non seulement un tel retrait constituera une perte de la souveraineté sur une partie du territoire mais dégagera le terrain à une implication plus grande du rival indien en Afghanistan où les griefs officiels à l’égard du Pakistan sont de plus en plus sonores.  Le Pakistan risque ainsi d’être pris en tenaille. Plus encore, un éventuel retrait de l’armée des FATA conforteraient les velléités séparatistes au Baloutchistan dans le Sud-ouest.  L’armée pakistanaise sait qu’elle évolue dans des sables mouvants où le moindre faux pas risque de coûter cher.

Islamabad est inquiet de la baisse de son influence, notamment économique, en Afghanistan voisin où l’Inde mène une petite offensive d’investissements. Cependant, avec le retrait annoncé des forces US de ce pays, personne ne donne cher de la peau de Hamid Karzaï dont les forces armées et de police s’avèrent incapables de contrer la redoutable guérilla des Talibans et de leurs alliés de Gülbuddin Hekmetyar dont la réputation est loin d’être surfaite.  Les forces étrangères stationnées depuis 2001 dans le pays en sont arrivés à se sanctuariser dans des bases et à éviter toute sortie pour ne pas à avoir à subir des pertes.  Car sans soutien aérien, les forces terrestres occidentales n’ont aucune chance face aux combattants Pachtounes.  Les Talibans afghans campent souvent à quelques kilomètres seulement autour de ces bases et aérodromes sans qu’ils soient inquiétés outre-mesure.

Concernant la campagne des drones dont les bombardements ont causé la mort de milliers de personnes, le gouvernement pakistanais a peu de chances, voire aucunes d’influer d’une quelconque manière sur son puissant allié US avec lequel il est lié par une série d’Accords bilatéraux en matière de défense. Un Accord secret sur les drones a souvent été évoqué mais le gouvernement pakistanais, apparemment soucieux de ménager une opinion publique de plus en plus anti-américaine,  nie avec force toute coopération avec les Etats-Unis dans ce domaine.

Le Pakistan joue également un rôle de premier plan dans le processus de négociations pour la sortie de crise en Afghanistan. La libération du Mollah Abdelghani “Baradar”, l’un des chefs des Talibans afghans a été salué par Washington comme une étape importante pour l’entame d’un dialogue entre les Talibans et le gouvernement de Kaboul. Seule issue pour garantir un “retrait honorable” d’un bourbier dans lequel ils ont dépensé des dizaines de milliards en pure perte. Pour rappel, des démarches similaires ont été menées à Doha, Qatar mais ont achoppé suite à l’octroi d’un statut officiel aux représentants Talibans.

Le grand jeu continue. L’énergie est l’un des plus grands problèmes auxquels le Pakistan est confronté. Le projet de gazoduc Iran-Pakistan a suscité une très forte opposition de Washington qui est allé jusqu’à menacer de sanctions. Au Nord, le projet du pipeline TAPI (Tadjikistan-Afghanistan-Pakistan-Inde) demeure tributaire de la stabilité en Afghanistan et d’une détente des relations entre l’Inde et le Pakistan, actuellement fortement tendues.

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