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Et voici venu le temps des IEDs* volants…

Selon des informations crédibles, les autorités pakistanaises auraient mis en échec un plan des Talibans locaux visant à s’attaquer à des cibles symboliques au moyen de …drones artisanaux dotés de charges explosives !

La liste des cibles inclurait les ambassades US et égyptienne, le quartier général des forces aériennes et le ministère de la défense.

Les tentatives de lancer des engins radioguidés volants sur des cibles n’est pas une nouveauté : les bases de l’ISAF et de l’OTAN en Afghanistan ont connu des tentatives similaires. Dans la plupart des cas, un simple dispositif de brouillage électro-radio magnétique permettait de s’en débarrasser. Certains ont été abattus bien avant de s’approcher des limites de sécurité des bases et des postes avancés. Cependant, les Talibans n’ont pas moins continué à en fabriquer  de nouveaux dotés d’un système de radioguidage de plus en plus sophistiqué en termes de cryptage de signaux (probablement à l’aide d’une expertise étrangère)

L’observation de l’usage régulier et intensif par les forces US de drones portatifs  tels que le RQ-11B Raven (le plus répandu) ou encore le WASP III a  crée un effet d’acculturation chez les Talibans d’Afghanistan.

Les premiers IED’s volants (Improvised Explosive Devices) étaient très simples et reposaient sur une plate-forme grand marché : celle des avions miniatures radioguidés fabriqués en Chine et écoulés  dans les commerces du monde entier. Comme on pouvait s’y attendre, leur efficacité était à peu près nulle.

Mais à partir de 2009, des Talibans parvinrent, en utilisant un logiciel grand public disponible au téléchargement gratuit sur Internet, à intercepter et pirater les liaisons vidéo –cryptés-des drones US au dessus des confins Afghano-Pakistanais. Les vidéos d’acquisition de données et de cibles furent enregistrées sur des supports DVD et  vendues en pleins bazars au prix de 3 dollars USD pièce. Le logiciel fut retiré d’Internet.

S’en suivit une période où des émissaires Talibans écumèrent les marchés de Peshawar et de Khyber Pass à la recherche de matériel de communication de l’armée US pillé lors des attaques continuelles des convois de l’Otan par la voie Sud. Après diverses combinaisons dont certaines furent tragiques (l’installation de balises sur des avions miniatures permit leur identification par les systèmes de détection US puis la destruction des ateliers clandestins), les Talibans trouvèrent un nouvel outil : venu de Chine, un nouvel avion miniaturisé d’un mètre d’envergure et pouvant être modifié pour emporter une charge de 8 kilogrammes. Soit inférieure d’un kilogramme à la charge barothermique du fameux missile Air-Sol AGM 114  connu sous le nom d’Hellfire et largement utilisé par les Predator et autres Reaper US dans les opérations de chasse à l’homme dans la région.

L’un de ces engins a pu ainsi s’abattre et exploser sur la devanture d’un siège d’un gouvernorat au Sud-est d’Afghanistan ; un autre entra en collision avec un hélicoptère des forces polonaises. Mais aucun n’a pu feindre les défenses électroniques des bases ultra fortifiées de l’ISAF.

L’usage de dispositifs  de cryptage radio en provenance de pays voisins allait pallier pour une durée très brève cette lacune. En septembre  2012, un « jouet » parvint à survoler une base de Marines US. Camp Bastion.  L’engin est abattu mais ses transmissions radio furent suffisantes au Talibans pour qu’ils ciblent avec des roquettes bon marché les avions de combat stationnés dans la base : six avions V/STOL AVB8B Sea Harrier sont détruits, deux autres fortement endommagés au sol ainsi qu’un entrepôt de missiles et de munitions…C’est la plus grosse perte de l’aviation US depuis la guerre du Vietnam.

Comme on peut le constater, l’introduction de nouvelles technologies (même si le concept de drone est assez ancien en somme) dans un terrain d’affrontement avec un adversaire asymétrique et techniquement inférieur peut induire un phénomène d’acculturation ou du moins d’adaptation chez les protagonistes. C’est le cas chez un adversaire aussi redoutable que les Talibans dont la capacité d’assimilation s’est avérée tellement probante que les forces étrangères basées en Afghanistan doivent constamment innover en matière tactique pour tenter de retrouver l’élément de surprise.

Après les IED sur les bord des autoroutes irakiennes et les chemins vicinaux Afghans qui causèrent la plupart des pertes enregistrées par les forces de la coalition et surtout les mercenaires privés, voici venu le temps des IED volants…Décidément le progrès peut avoir d’étranges effets collatéraux !

* IEDs: (Improvised Explosive Devices)acronyme anglo-saxon désignat les bombes artisanales utilisées par les guérillas afghane  et irakienne contre les convois militaires US après l’invasion de ces deux pays en 2001 et en 2003.

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