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Algérie: une petite blague de François Hollande aux lourdes conséquences

La blague lancée sur le retour « sain et sauf » de Manuel Valls d’une mission en Algérie par le Président français François Hollande devant le conseil représentatif des institutions juives de France a non seulement eu un très mauvais écho en Algérie mais risque fort de changer tout un pan de la carte géostratégique au Sud de la Méditerranée Occidentale.

Bien qu’il s’en est formellement excusé et déclaré que sa blague a été mal interprétée et surtout opportunément exploitée par ses adversaires du clan UMP, François Hollande vient incidemment de servir un plat en or aux …Chinois !

La mission conduite par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault en Algérie avait entre autre objectifs de conjurer une menace chinoise sur le marché très lucratif Algérien. Un marché jusque là dominé par Paris. Mais que Pékin bouscule.  Cela s’insère en toute logique dans le cadre des priorités de la stratégie française en Afrique : l’intervention française au Mali et plus récemment en Centrafrique répondait à cette menace.

L’absence de Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères lors de cette visite a été très mal digérée par Alger pour lequel le respect des apparences, et a fortiori avec Paris, prime avant toute chose. L’Algérie est non seulement l’un des plus proches alliés de la France mais l’une de ses principales bouées de sauvetage en ces temps d’extrême morosité économique et financière.

Or, la blague de François Hollande devant le CRIF a déclenché un étrange processus. Le ministre Algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a profité de la présence à Alger de Wang Li,  ministre chinois des Affaires étrangères, pour déclarer que la blague de Hollande représentait une « moins-value » dans les relations franco-algériennes.

Lamamra a ajouté que “le sens de l’humour peut apporter une valeur ajoutée au sens des responsabilités lorsqu’il s’exprime avec élégance, avec mesure et qu’il introduit de la décontraction dans le cadre de cet art souvent austère qui est la pratique de la diplomatie. A l’inverse, le sens de l’humour peut être générateur d’une moins-value lorsqu’il abouti à suggérer que les réalités ne seraient pas celles qui sont à la portée de tous et qui ont pu être vérifiées par tous”.

Il a estimé que les propos de M. Hollande pourraient paraître une “improvisation d’une plaisanterie” tout en notant que “les improvisations sont souvent périlleuses”.

De son côté, Wang Li, ministre des Affaires étrangères de l’empire du Milieu s’est vite empressé d’exprimer  la fierté de son pays d’avoir un partenaire et un pays frère comme l’Algérie, martelant fermement que la politique d’amitié de la Chine vis-à-vis de l’Algérie “ne changera pas quels que soient les aléas internationaux” en prenant un soin précieux à ajouter que les deux pays “sont d’accord pour surmonter l’ensemble des défis internationaux pour préserver leurs intérêts communs et défendre les droits légitimes des pays en développement” en indiquant que la Chine compte investir 50 milliards de dollars US en Algérie durant les cinq prochaines années.

Plus prosaïquement, depuis quelques années, la Chine empiète sur les plates-bandes française et britannique en Afrique. En Algérie, les chinois sont parvenus non sans efforts à concurrencer directement  les français dont la mainmise-discrète- sur le pays est traditionnelle. C’est à ce moment précis que François Hollande choisit de lancer une boutade qui a illuminé le visage apparemment impassible de Wang Li.

Très peu d’observateurs ont relevé cet aspect. Une blague juive n’aurait pas eu d’effets aussi « décapants ». Car quoi que l’on dise à longueur de colonnes, Alger, cette ex-Mecque des révolutionnaires gauchistes dans le monde a toujours eu le cœur à droite. Et plus précisément du côté de la droite française. Mitterrand et Hollande sont des exceptions. Pour Alger, la gauche française a commis beaucoup trop de dégâts en Algérie depuis Saint-Simon. Le dérapage délibéré ou pas de François Hollande aura des conséquences concrètes sur le plan des relations bilatérales économiques.

Même avec un pouvoir civil au plus mal en partie à cause de la maladie du Président Algérien, l’Algérie est un pays riche qui ne sait plus quoi faire de son Cash au point d’importer de la main d’œuvre du Bangladesh et des Philippines comme le font les pays Arabes du Golfe arabo-persique alors que le pays dispose d’une jeunesse désœuvrée. Les conditions de monopole imposé par Paris indisposent certaines factions au pouvoir et font les affaires d’autres factions rivales. La première faction jusque là minoritaire verrait bien l’influence de la Chine s’accroitre en Algérie au détriment de celui de la France. Elle vient d’avoir le soutien inespéré de François Hollande. Reste à savoir si ses coups de fil à Bouteflika ou ceux de son ministre des Affaires étrangères à son homologue Algérien arrêteront le vent d’Est de souffler sur l’Afrique du Nord.

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5 Replies to “Algérie: une petite blague de François Hollande aux lourdes conséquences

  1. J’ai juste un peu de mal à admettre que la stratégie avec un grand S, celle qui décide de la voie à suivre pour les 10/20/30 prochaines années ! se décident, se modifient ! grâce ou a cause des jeux de mots adroit ou maladroit de personnalités politiques, qui comme tous le monde le sait ne sont plus vraiment des politiques au sens propre du terme, bien qu’ils en portent encore le costume tout au moins de ce coté-ci de l’atlantique…

  2. En voilà un qui frappe un grand coup de pied dans la fourmillère!! Clair et net!

  3. Strategika 51 je suis un pied-noir, c’est à dire un français d’Algérie et je vous lis. C’est la première fois que je lis quelqu’un qui dit tout haut ce que tout le monde s’evertue à cacher depuis des décennies. Oui l’Algérie a toujours été de droite. Merci pour cette phrase et merci encore pour cet article.

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