Analysis

Les nouvelles lignes de fracture dans la région du Moyen Orient


Introduction

L’analyse géopolitique de ce qui se passe au Moyen Orient est confrontée à des difficultés rédhibitoires en raison de deux facteurs sous-jacents qui n’ont pas été suffisamment compris par les experts, les commentateurs et les acteurs qui expliquent une certaine myopie intellectuelle : le premier est l’absence d’un cadre d’explication théorique ou théories explicatives permettant de comprendre les évolutions et les transformations dans cette région troublée du monde.
Aucune théorie n’est parvenue à expliquer des événements comme le «printemps arabe », le déclin politique et économique du monde arabe ou l’apparition de nouveaux conflits dans la région.
Quant au deuxième facteur, il est plus heuristique et concerne la disparition de toute idéologie chez les acteurs régionaux. Ces derniers ne sont guidés par aucune doctrine ou idéologie, hormis des instincts primaires et irrationnels de domination et d’autoritarisme ainsi que des rivalités provenant d’un vieux passé insondable. Par exemple, les luttes meurtrières entre Chiites et Sunnites aujourd’hui sont provoquées par une crise schismatique qui remonte au dernier khalifat «pieux » de l’Islam durant le haut Moyen Age.
Les acteurs eux-mêmes ne peuvent comprendre une telle motivation. L’absence d’idéologies modernes génératrices d’une certaine conception de la rationalité et une vision du monde (capitalisme, libéralisme, socialisme, communisme), crée un vide très vite rempli par des comportements ataviques, des croyances périmées et une religiosité non spirituelle qui n’a rien à voire avec une religion à finalité humaniste, spirituelle et eschatologique comme l’Islam. Faudrait-il créer de nouvelles idéologies ? Ce n’est pas dans cet article qu’on va aborder une telle question.
Nous allons dans de prochains articles, décortiquer ces questions liées au vide idéologique et au déclin de la civilisation avec tout ce que ce mot veut dire d’émotionnel et d’intellectuel dans les pays de la région.
Or, notre sujet aujourd’hui est de trouver un concept ou un paradigme permettant de comprendre tant soit peu ce qui se passe au Moyen Orient aujourd’hui. Le paradigme que nous proposons est ce qu’on appelle les « lignes de fracture ». Le Moyen Orient est traversé par des lignes de fracture de nature sécuritaire, économique et politique.
Dans une ligne de fracture, le processus suivant se produit :
Des tensions extrêmes se développent qui peuvent provoquer des conflits.

Aucune idéologie, solidarité culturelle ou religieuse, humanisme, préoccupation humanitaire ou même une adhésion à des projets communs n’existent. Une lutte implacable entre des Etats ou des acteurs infra étatiques pour la survie prend le haut du pavé dans cette ligne de fracture.

L’ordre régional ou sous-régional s’effondre. Par exemple, la coalition arabe pour soutenir la cause palestinienne s’est effondrée dans la ligne de fracture « Palestine ». La coopération islamique au sein de l’OCI ou au sein de la ligne arabe est devenue une chimère devant la lutte pour la survie entre des pays arabes et musulmans.

Les tensions demeurent et deviennent structurelles et non conjoncturelles.

Première ligne de fracture : Le duel entre Israël et l’Iran en Syrie


Cette ligne de fracture est tout récente. Elle s’est formée durant le conflit syrien.
La présence iranienne en Syrie est devenue au fur et à mesure une menace pour Israël. Dans un contexte marqué par la victoire du régime syrien dans la guerre civile et l’extension de l’influence iranienne en Syrie, l’ancien ministre de la défense israélien, Libermann a affirmé “Nous n’accepterons pas la présence iranienne en Syrie”.
Israël considère qu’une telle présence est un danger pour lui dans la mesure où le Hezbollah, l’un de ses pires ennemis, serait le premier bénéficiaire d’un tel processus grâce à un pont terrestre pouvant s’étendre de l’Iran au Liban en traversant l’Irak et la Syrie.

L’ancien conseiller israélien à la sécurité nationale, le Général Yaakov Amidror a affirmé à un journal local en mai dernier : “L’Iran est en train de construire une vaste machine de guerre en Syrie. Nous somme déterminés à prévenir la matérialisation de ce projet sur le terrain. Nous avons commis une grave erreur au Liban en laissant le Hezbollah rassembler 120,000 missiles dans ce pays. Nous n’allons pas commettre la même erreur en Syrie”.

Le régime syrien doit à l’Iran sa survie même si la Russie y a joué un grand rôle. Lorsque les forces syriennes ont entrepris de reprendre Daraa, une région limitrophe des Monts du Golan en juillet 2018, elles ont été dirigées par le Hezbollah.
Tel Aviv craint que Téhéran puisse établir un avant-poste en Syrie à l’image du Hezbollah au Liban. Selon les services de renseignement israéliens, l’Iran dispose de 2,000 hommes appartenant aux Forces des Gardes Révolutionnaires Iraniennes ainsi que de 8 000 membres du Hezbollah. Selon ces services, 10 000 combattants chiites venants de l’Irak, de l’Afghanistan et du Pakistan sont également présents sur le terrain syrien.
Selon l’armée israélienne, cinq bases ont été identifiées comme étant les principales infrastructures iraniennes en Syrie. Il s’agit de l’aéroport international de Damas, grâce auquel les avions de transport iraniens apportent des armes et du matériel militaire au Hezbollah et aux troupes iraniennes; la base aérienne de Sayqal; la base aérienne T-4 ; un aérodrome près d’Alep et une base à Deir Ezzor, qui a été reprise au groupe terroriste de l’Etat islamique par le régime l’année dernière.
Les services de renseignement israéliens pensent que ces sites sont utilisés par l’Iran pour ses missions en Syrie, ainsi que pour transporter des armes à ses alliés dans la région (Hezbollah, milices chiites irako-pakistano-afghanes).
Cet activisme iranien a alarmé les Israéliens. Selon des officiels américains “dans la liste des conflits potentiels dans le monde, la bataille entre l’Iran et Israël représente la plus importante à l’heure actuelle”. Ehud Yaari, un analyste israélien a décrit le risque de guerre entre Israël et l’Iran comme quasiment inévitable.
Tel Aviv a opté pour des attaques aériennes de nuit. Les services de renseignement israéliens ont bien étudié la Syrie et ont planifié des raids aériens qui ont été menés profondément dans le territoire syrien. Il convient de rappeler qu’Israël avait déjà bombardé une installation nucléaire syrienne en 2007 et a ciblé l’un des chefs du Hezbollah en Syrie, Imad Mughniyah. Ainsi, plus de 100 raids aériens ont été menés contre le Hezbollah, des installations iraniennes de fabrication d’armes, les Forces Révolutionnaires Iraniennes et les bases de drones même si aucune riposte iranienne n’ait eu lieu.
Les tensions militaires qui ont été déclenchées par Israël en Syrie ont pris une tournure particulière avec l’incident du 16 septembre dernier, lorsqu’un avion de transport militaire russe avait été abattu par la défense anti-aérienne syrienne. La Russie avait rendu Israël responsable de cet incident qui avait fait 15 morts parmi les militaires russes et a prévenu qu’un raid contre ses équipements anti-aériens aurait des implications graves pour la région. Les S-300 ont été déployés en Syrie mais seulement pour protéger des infrastructures russes, ce qui signifie que les Israéliens ne les ont bombardés.
De leurs côtés, des membres du parlement iranien ont appelé à une réponse appropriée à l’agression israélienne.
Après les attaques de mai, d’avril et de septembre derniers, des raids ont eu lieu à Keswa , au sud de Damas,, non loin du Golan et à Tarssous et dans la localité de Harfa, près du Mont Hermon, non loin de la ligne de démarcation avec le Golan occupé par Israël en 1967.
Le dessein israélien dépasse le théâtre d’opérations syrien. Selon le Hezbollah, les Israéliens souhaitent identifier un couloir aérien pour mener des frappes sur l’Iran. La route identifiée permet aux avions israéliens de parcourir la frontière turco-syrienne vers l’est, à travers le Kurdistan irakien avant d’atteindre l’Iran. Selon le site libanais almanar.com proche du Hezbollah, il est rappelé que « les réservoirs de carburant largués par les chasseurs israéliens au dessus du territoire turque sont similaires à ceux utilisés par les F15 israéliens qui sont dédiés à frapper des cibles avancées dans le territoire iranien. ».
Par ailleurs, des sources israéliennes laissent entendre que le but des vols de nuit de l’aviation israélienne est de tester le système de défense anti-aérien russe déployé en Syrie.
Toutefois, ce qui est important à savoir aujourd’hui et que la victoire définitive du régime syrien et la reconquête de son territoire est de nature à consolider la présence iranienne dans ce pays, ce qui n’arrange pas l’Etat hébreu. Cette situation risque d’aggraver les tensions et la rivalité militaire entre Israël et l’Iran en Syrie. Il y a d’autres raisons pour attaquer l’Iran qui n’ont rien à voir avec le théâtre d’opération syrien mais la Syrie est devenue une importante ligne de fracture au Moyen Orient entre Israël et l’Iran.


Deuxième ligne de fracture : la formation de nouvelles coalitions dictées par des intérêts géostratégiques


Cette ligne de fracture est structurelle puisque des coalitions pragmatiques se forment entre certains pays arabes et Israël favorisées par leur hostilité commune envers la République islamique. Parallèlement à ce processus, il y a le recul du poids de la cause palestinienne chez certains gouvernements arabes et ce, d’autant plus que les Palestiniens sont divisés entre une Autorité Palestinienne affaiblie et un Hamas isolé sur le plan international; des facteurs qui démontrent l’absence de progrès sur le plan de l’unité palestinienne.
L’Arabie Saoudite et certains pays du Golfe se sont rassemblés dans un front uni contre la première puissance chiite, l’Iran qui représente pour eux une menace beaucoup plus importante qu’Israël (au Yémen et en Syrie mais aussi dans certains pays du Golfe qui comptent des minorités chiites importantes). Israël est devenu un allié stratégique pour ces pays dans la mesure où il représente un redoutable adversaire pour la République islamique. Cette alliance anti-iranienne affaiblit l’intérêt de ces pays sunnites pour la cause palestinienne qui a été depuis toujours le moteur du conflit israélo-arabe.
Par ailleurs, Israël est devenu un exportateur d’énergie vers certains pays arabes comme en témoigne l’accord de 10 ans conclu entre cette dernière et Égypte pour la vente de gaz naturel pour un montant de 15 milliards de dollars. Égypte envisage même de réexporter une partie de ce gaz à l’Europe et à l’Afrique. Certains pays du Golfe, à l’instar de l’Arabie Saoudite, ont, par ailleurs, tiré profit de la technologie israélienne en matière de surveillance anti-terroriste.
Les considérations stratégiques de ces pays et les perspectives d’échanges économiques avec Israël ont été à l’origine de certaines rencontres diplomatiques.
Ces coalitions entre pays arabes et Israël sont une ligne de fracture qui va provoquer des séismes dans toute la région.

Troisième ligne de fracture : la « finlandisation » de la Palestine


La Palestine a toujours été un théâtre de crise dans le monde et de nombreuses initiatives de paix parrainées par les Etats-Unis, les pays européennes et les pays arabes pour résoudre le conflit ont échoué.
Aujourd’hui, des transformations radicales se font jour et vont transformer cette ligne de fracture en une situation explosive. Par exemple, parmi les politiques israéliennes qui sont mises en œuvre dans les territoires occupés, il y a le projet de créer une grande Jérusalem juive. Les Israéliens souhaitent fusionner les frontières de cette ville afin d’y créer une majorité juive. D’une part, de grandes colonies juives en Cisjordanie proches de Jérusalem seront intégrées à la municipalité de cette ville pour rendre les 150.000 colons de la Cisjordanie en résidants de Jérusalem, tout en annexant les territoires où se trouvent ces colons. D’autre part, 100.000 Palestiniens vivant à Jérusalem de l’autre côté du Mur construit par Israël, seront privés de leur statut de résidants à Jérusalem.
Afin de renforcer ce processus, l’Etat hébreu a intensifié les mesures visant à contraindre les Palestiniens de quitter Jérusalem (démolition d’habitations, fermeture de commerces, suppression du service public, judaïsation des programmes scolaires dans les écoles palestiniennes, etc..). Cependant, Netanyahu a suspendu l’adoption des nouvelles lois en la matière jusqu’à l’annonce du « Deal du Siècle» américain.
Par ailleurs, Israël a autorisé des colons à s’installer à Al-Aqsa dans des endroits qui ont prétendument abrité des temples juifs détruits et les Palestiniens craignent que l’Etat hébreu impose sa souveraineté sur la Mosquée.
Avec des politiques aussi ambitieuses et dévastatrices, le terrain est déjà bien investi par le gouvernement Netanyahu et un Deal à l’image de celui qui sera proposé par l’administration Trump ne change pas les conditions sur le terrain. De toutes les manières, cette dernière avait déjà fait l’essentiel pour les Israéliens en reconnaissant diplomatiquement leur autorité sur Jérusalem à travers un déplacement de l’ambassade des Etats-Unis vers cette ville et en supprimant toute aide financière à l’Autorité Palestinienne, y compris à l’UNRWA.
Le Chef du gouvernement israélien a déclaré récemment “nous allons connaitre prochainement de grand succès. Nos politiques ne sont basées ni sur la faiblesse ni sur des concessions qui vont nous mettre en danger”.
Le « Deal du Siècle» de Trump est une aubaine pour les Israéliens dans la satisfaction des vœux de Netanyahu.
Israël empêche l’accès des Palestiniens à 85% de la surface de la Vallée du Jourdain. Elle a également instauré des zones de couvre feu qui justifient des évacuations illégales de populations et a démoli des habitations palestiniennes.
Il a également accéléré l’extension des colonies déjà crées dans cette Vallée de même qu’il a annoncé que 2000 habitations seront construites dans des colonies isolées et tente de légaliser des colonies considérées par elle comme des « postes avancés » au cœur des territoires palestiniens.
Parmi les villages palestiniens notamment ceux qui sont situés entre Jérusalem et les grandes colonies de la Cisjordanie qui ont été détruits ou sont en cours de destruction, il y a le village de Khan al-Ahmar, proche de Maale Adumim qui cède la place à une colonie israélienne, Nofei Bereishit et la communauté de Sussiya, située entre les colonies de Gush Etzion et Jérusalem.
L’Initiative « Deal du Siècle » de l’administration Trump même si elle n’est pas officielle s’inscrit dans ce contexte de la désintégration du peuple palestinien et vise à l’accélérer. Il semble même que cette initiative soit un « écran de fumée » pour laisser aux Israéliens l’initiative conformément à leurs politiques dans les territoires occupés. Si cette initiative aura lieu, la ligne de fracture en Palestine sera génératrice d’une déstabilisation majeure dans la région en raison de la «finlandisation » de la Palestine avec la complicité d’Etats arabes.
Dans le dernier rapport annuel du Département d’Etat américain sur les droits de l’homme publié en avril dernier, il n’est pas fait mention de “territoires palestiniens occupés”, ce qui signifie un feu vert donné par l’Administration Trump pour ne plus considérer la Cisjordanie comme un territoire sous occupation.
Plus généralement, le « Deal du Siècle” se situe entre deux options, l’une est difficile à mettre en œuvre tenant compte des conditions actuelles sur le terrain qui rendent problématique la création de deux Etats vivant côte à côte et l’autre relève de la politique israélienne actuelle qui est basée sur les actions qui ont été déjà mentionnées au sujet de Jérusalem en plus de l’isolement de Gaza en la privant de tout lien avec la Cisjordanie et de l’accaparement de tous ce qui est utile dans ce territoire occupé en se basant sur l’extension des colonies israéliennes et l’expulsion des Palestiniens qui y vivent par des moyens indirects et dissimulés.
Pour ce qui est des questions relevant du statut quo qu’Israël a imposé depuis des années et à la lumière de ce qui précède, le « Deal du Siècle » prévoit les mesures suivantes : offrir à Israël 62% de ce qu’on appelle la zone C située dans la Vallée du Jourdain qui a été intensément colonisée. Israël ne s’est d’ailleurs jamais retiré de cette zone depuis le processus d’Oslo. Bien plus, le gouvernement Netanyahu a annoncé au moment où le Plan de Trump prenait forme, le lancement d’un vaste programme de colonisation visant à doubler le nombre de colons.
Deux nouvelles colonies vont être construites dans cette vallée pour la première fois depuis 30 ans. Les territoires contrôlés par les Israéliens seront annexés y compris à Jérusalem-Est. Le transfert de l’Ambassade américaine à Jérusalem est un signe de l’acceptation par les Etats-Unis de l’annexion de cette ville par Israël. Le Golan syrien serait également annexé.
Les stratèges américains et israéliens prévoient des mesures concrètes pour « finlandiser » la Palestine comme l’établissement d’une partie de la population palestinienne de Gaza dans le nord du Sinaï avec le droit de travailler. L’objectif étant de transférer temporairement la responsabilité sur cette enclave à l’Egypte, en attendant la concrétisation sur le terrain du Deal du siècle. On évoque même, l’idée de créer une voie ferrée, sous un régime de taxation égyptien, destinée à alimenter le port de Gaza à partir de l’Irak, de la Jordanie et du Golfe, ainsi qu’un aéroport international sur ce territoire.
Par ailleurs, le « Deal du Siècle » reprend une idée ancienne qui date de l’administration Clinton : faire d’Abu Dis, un grand village palestinien de 13 000 habitants situé à 4 kilomètres de Jérusalem et séparé de cette ville par le « Mur », la capitale de l’Autorité Palestinienne. Le territoire où se trouve ce village sous contrôle israélien est à proximité d’une colonie israélienne de 40 000 habitants. Le gouvernement Netanyahu qui projette d’annexer le territoire où se trouve cette colonie, attend l’annonce du Plan de Trump.
L’autre initiative nouvelle du « Plan de paix » de Trump est l’abolition du droit de retour des réfugiés palestiniens. Le gendre du Président américain chargé des négociations internationales, Kushner a proposé r de priver 2 millions de réfugiés palestiniens en Jordanie du statut de réfugiés comme nouvelle étape de ce processus, alarmant Amman. Ce pas s’accompagne de mesures plus pénalisantes pour les Palestiniens avec la décision de Washington d’annuler son aide directe à l’Autorité Palestinienne de l’ordre de 200 millions de dollars, dont une partie est consacrée aux réfugiés.
Tout indique que la ligne de fracture en Palestine est extrêmement déstabilisatrice et devient un foyer de tension permanent au point d’accréditer non scientifiquement la prophétie de l’Armageddon ou de la fin de temps. Ce qui rend cette ligne de fracture problématique est l’opposition entre la démographie palestinienne et la puissance technologique et matérielle israélienne.


Quatrième ligne de fracture : Le Sud Liban


Une autre ligne de fracture s’est formée depuis un certain temps au Sud du Liban. Les guerres menées par Israël dans cette région ont cristallisé une résistance acharnée qui est devenue plus organisée contre Israël.
Le Hezbollah a toujours fait l’objet d’une inquiétude en Israël mais aussi aux Etats-Unis. L’administration Trump a promis en novembre dernier un soutien militaire sans précédent à Israël pour faire face à cette organisation chiite.
Les Etats-Unis vont s’associer au développement de la défense antimissile d’Israël à travers les exercices Juniper Cobra afin de contrer les attaques de roquettes à partir du territoire libanais.
Le revers militaire subi par l’armée israélienne au Sud-Liban devant le Hezbollah il y a douze ans (été 2006), lequel est qualifié par Tel Aviv de « commandement occidental » des Gardiens de la Révolution, a persuadé les dirigeants israéliens que l’Iran est une « menace existentielle » pour l’Etat hébreu. Ce revers bien qu’on ne puisse honnêtement le qualifier de « défaite militaire » (des experts américains de notoriété à l’instar de Mark Perry et d’Anthony Cordesman n’hésitent pourtant pas à employer ce terme) a toutefois bouleversé les calculs de l’ensemble de l’establishment militaire et de la classe politique israélienne.
Israël n’est parvenu durant la guerre de 2006 ni à détruire, ni à affaiblir les forces militaires du Hezbollah. Son offensive aérienne n’est pas parvenue à neutraliser la majorité des bunkers, les principaux centres de commandement et les entrepôts de roquettes du « Parti de Dieu » ni de « décapiter » son état-major et son leadership politique. Les attaques à la roquette du Hezbollah se sont d’ailleurs poursuivies pendant trente-trois jours jusqu’à la fin du conflit, obligeant des milliers d’habitants du Nord d’Israël à se réfugier plus au sud.
L’Etat hébreu n’a pas non plus réussi, à l’issue de son offensive terrestre, à déloger le Hezbollah de ses positions au Sud Liban. Il a, enfin, accusé pour la première fois des pertes humaines et matérielles assez significatives (plus d’une centaine de soldats, une cinquantaine de chars et deux navires de guerre). L’après conflit n’a pas été non plus à l’avantage d’Israël puisque la résolution 1701 du Conseil de Sécurité des Nations Unies n’a fait aucunement référence aux roquettes du Hezbollah et n’a rien prévu pour mettre fin à l’approvisionnement militaire du « Parti de Dieu » à partir de la Syrie.
L’échec israélien a eu un impact indéniable, non seulement, sur l’équilibre des forces dans la région mais aussi sur le statut de la puissance de dissuasion de l’Etat hébreu. Ses répercussions se sont fait sentir jusqu’à la bande de Gaza. Juste après le conflit au Sud-Liban, les responsables militaires israéliens ont révélé que les incursions militaires de « Tsahal » dans ce territoire rencontrent une résistance plus acharnée de la part des forces du Hamas qui se sont organisées en compagnies et en bataillons militaires dédiées à la protection de zones névralgiques et à des embuscades contre les troupes israéliennes. Il s’est doté en outre d’une chaîne de commandement et a tiré des roquettes sur les villes israéliennes.
Il n’est donc pas incongru de penser que l’opération « Plomb durci » contre Gaza en 2009 qui a été d’une violence inouïe et qui a coûté la vie à 3000 civils palestiniens fut le résultat de l’échec israélien devant le Hezbollah. L’Etat hébreux ne voulait pas prendre le risque de faire face à un deuxième front au Sud. Les officiers israéliens ont d’ailleurs imputé le renforcement de la capacité combative du Hamas à l’entraînement et à l’équipement de ses forces par l’Iran et le Hezbollah. En vérité, le parti islamiste palestinien a tiré les leçons de la dernière guerre du Liban en recourant à la même stratégie militaire employée avec succès par le Hezbollah.
Les conséquences de la deuxième guerre du Liban ont été également très négatives pour la politique de l’ancienne administration américaine dans la région qui consistait à s’appuyer sur Israël pour faire « la guerre contre le terrorisme » et affaiblir les organisations dites «terroristes » dans la région. Ce conflit a été finalement une épreuve de force par « procuration », à la fois, entre Israël et l’Iran mais ce qui est plus important encore, entre l’Iran et les États-Unis.
Washington a soutenu politiquement et militairement –à travers l’envoi au plus fort des hostilités de munitions à guidage précis de l’armée américaine en Israël- les offensives de l’armée israélienne et ce, jusqu’à la fin du conflit malgré le bombardement intensif des infrastructures et les importantes pertes civiles libanaises avec un double objectif, l’un tactique : la destruction du Hezbollah et l’affaiblissement durable du Hamas, deux groupes considérés par Washington comme des organisations terroristes de manière à sécuriser Israël et dicter des conditions de paix entre Palestiniens et Israéliens qui seraient plus favorables pour les intérêts israéliens.
L’autre objectif est stratégique : infliger une perte importante de prestige à l’Iran auprès de l’opinion publique arabe et disloquer son influence dans la région en la privant de son meilleur atout politico-militaire au Proche-Orient.
Ces deux objectifs n’ont pas été atteints par Israël. Cet échec a finalement contribué à l’effondrement de l’ancienne administration Bush avec la démission de l’ancien secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld et l’affaiblissement de l’ancien Vice-président Dick Cheney. L’administration Obama qui lui a succédé a été plus prudente et plus modérée dans ces choix stratégiques.
L’administration Trump promet aujourd’hui un soutien militaire à Israël pour faire face au Hezbollah. Mais ce dernier dispose de 120,000 missiles au Liban, ce qui est largement suffisant pour défaire le système “Dôme de Fer” israélien.
Ces missiles sont stockés dans 200 villages chiites situés dans le sud du Liban. Tel Aviv ne parviendra pas à détruire ces missiles sans tuer des dizaines de milliers de civils libanais. Une campagne visant la neutralisation du Hezbollah et de son arsenal serait aussi meurtrière que le bombardement britannique de Dresde durant la deuxième guerre mondiale.


Cinquième ligne de fracture : La désintégration de la gestion multilatérale du nucléaire iranien


L’administration Trump compte en son sein des adversaires farouches de l’Iran dont Mike Pompeo, Secrétaire d’État et John Bolton, Conseiller à la sécurité nationale. De cette manière, l’un des objectifs de l’Administration Trump est d’endiguer l’Iran dans la région du Moyen Orient et de lutter contre son programme nucléaire.

Cette administration a décidé, non seulement, de se retirer de l’Accord sur le nucléaire iranien (JCPOA) connu sous le nom d’«Accord de Vienne », qui a été signé en 2015 par ce pays avec les six grandes puissances mondiales (Etats-Unis, Chine, Russie, Allemagne, Royaume-Uni et France), mais également d’instaurer des sanctions unilatérales interdisant le commerce avec l’Iran qui implique l’interdiction de l’accès à toute entreprise au système financier américain qui violerait ces sanctions. Mais les sanctions les plus importantes qui sont entrés en vigueur en novembre dernier visent la Banque Centrale iranienne et les exportations de pétrole de l’Iran.

Cette décision lourde de conséquences pour la place des Etats-Unis dans le monde vise directement à satisfaire son allié israélien qui n’a pas réussi ni à stopper le programme nucléaire iranien, ni à affaiblir économiquement et stratégiquement son adversaire iranien.

Il se passe comme si l’administration Trump agit dans le sens d’une escalade avec l’Iran susceptible de provoquer un dérapage militaire. Le président du Conseil américano-iranien Trita Parsi l’a bien expliqué: « quand on associe des demandes irréalistes à une pression massive, on crée sciemment une évolution vers la confrontation. »

Washington vise un changement de régime en Iran à travers une pression économique. Mais si ces sanctions vont échouer, ce qui est très probable, alors on pourrait voir les Etats-Unis ou leur allié israélien déclencher une guerre préventive contre la République Islamique avec le double objectif de supprimer son programme nucléaire et mettre fin à son influence dans la région du Moyen Orient. Rudy Giuliani, conseiller et avocat du Président Trump, a affirmé qu’un changement de régime en Iran est plus important pour la paix au Moyen-Orient qu’un accord entre Israéliens et Palestiniens.

Toutefois, l’Iran s’est montré très efficace à braver aussi bien les sanctions des Nations Unis que les mesures coercitives unilatérales des États-Unis. Certains observateurs américains rappellent même que les sanctions des États-Unis n’ont jamais permis par le passé d’affaiblir et d’isoler des régimes comme ceux du Pakistan, de l’Inde, de Cuba, de la Corée du Nord, de l’Afrique du Sud et de la Rhodésie-Zimbabwe. Les sanctions sont politiquement contre-productives, ils adressent toujours un mauvais signal au pays cible.
Selon une étude effectuée par David Lektzian et Christopher Sprecher de l’Université du Texas, les sanctions impliquent toujours le risque d’une escalade militaire surtout lorsqu’elles sont perçues comme faibles par le pays visé. Celui-ci sera alors tenté de multiplier ses provocations. Quant au pays qui sanctionne, il devra souvent compenser leur inefficience en recourant à l’escalade.
L’ensemble de ces éléments permettent de conclure que les nouvelles sanctions contre l’Iran ne permettront peut être pas de réaliser les objectifs ultimes de l’administration Trump qui sont l’affaiblissement stratégique et économique de ce pays et le déclenchement d’une révolte sociale et politique susceptibles d’entraîner un changement de régime.

Toutefois, un échec probable des nouvelles sanctions pourrait pousser les Etats-Unis et Israël à réexaminer d’autres options plus belliqueuses.

Il y a comme un cercle vicieux dans les actions coercitives américaines contre l’Iran. Ces actions sont de nature à créer un climat de solidarité des élites iraniennes derrière le régime, ce qui affaibli tous les efforts des réformateurs et des modérés qui tendent vers le dialogue avec l’Occident. Une telle évolution conduit inexorablement à l’escalade. Ceci montre au moins le caractère contre-productif des sanctions américaines mais aussi le caractère problématique et déstabilisateur de cette ligne de fracture thématique que représente le dossier nucléaire iranien.

Sixième ligne de fracture : Le Yémen et les tentations de colonisation de ce pays par les pays voisins


Du fait de sa complexité et le nombre de pays impliqués de manière indirecte dans le conflit du Yémen, les facteurs sous-jacents au conflit dans ce pays sont non seulement géopolitiques, sectaires, religieux mais également économiques. Il ne faudrait pas perdre de vue que ce dernier facteur semble être le plus important et motive certains belligérants et acteurs régionaux à s’impliquer davantage dans ce conflit.
Il convient juste de rappeler le contexte de l’intervention militaire de l’Arabie Saoudite au Yémen qui nécessite un petit rappel historique:

Lorsque «le printemps arabe » a atteint le Yémen en 2011, l’ancien Président Ali Abullah Saleh a fait face à une situation économique et politique chaotique qui l’a contraint à laisser le pouvoir à son vice-président Abdrabbuh Mansour Hadi et ce, juste après un attentat à la bombe qui l’a visé en juin 2011. Ce dernier a alors entamé des réformes économiques qui ont abouti à une réduction drastique des dépenses publiques et des subventions dans un contexte marqué par la signature d’un accord de prêt avec le FMI en août 2014 (560 millions de dollars). L’austérité économique prônée par le FMI a poussé les Zaidites Houthis qui habitaient dans le nord surpeuplé du Yémen (80% de la population yémenite) à marcher sur Sanaa et à mettre en détention Hadi en le forçant en janvier 2015 à démissionner.

Après la fuite de ce dernier en Arabie Saoudite, Riadh a débuté sa guerre contre les Houthis en menant des raids aériens sur des cibles au Yémen et en imposant un blocus maritime et aérien contre ce pays.

A partir de ce moment, l’Arabie Saoudite a considéré les Houthis comme des “agents” de l’Iran sans que des preuves irréfutables soient données. Cette conviction est enracinée dans un vieux passé marqué par une rivalité entre une Arabie Saoudite cherchant un leadership incontesté sur le monde musulman Sunnite et une Iran qui exerce, depuis le retrait américain de l’Irak, une influence montante sur les pays qui comptent des populations chiites importantes. Au-delà de cette rivalité historique, l’évolution de la guerre au Yémen a conforté la conviction de Riyad que l’Iran est une menace sérieuse à ses intérêts et à sa sécurité dans la région. L’Arabie Saoudite a considéré que l’Iran mène au Yémen une guerre par procuration contre elle et ses alliés dans la région.

Cette conviction de l’Arabie Saoudite est partagée par les Etats-Unis qui lui fournissent l’armement nécessaire à cette guerre ainsi qu’un soutien diplomatique en tentant d’introduire sans succès une résolution au Conseil de Sécurité de l’ONU condamnant Téhéran pour son ingérence au Yémen.

La crainte de l’Arabie Saoudite est, d’une part, de voir l’Iran créer au Yémen une entité semblable au Hezbollah disposant de moyens militaires pouvant la défier et limiter son action et, d’autre part, prévenir un contrôle de l’Iran sur Bab al-Mandeb. Les pétroliers traversent Bab al-Mandeb au Sud de Hodeida en se dirigeant vers le Canal de Suez. Les attaques des Houthis visant ces pétroliers ont fait augmenter les prix du brut sur les marchés internationaux.

Au-delà de la rivalité entre Riyad et Téhéran, l’engagement militaire saoudien au Yémen a d’autres objectifs politiques, géopolitiques et économiques :

L’Arabie Saoudite a toujours tenté de “vassaliser” le Yémen idéologiquement en raison de la position stratégique de ce pays et en empêchant l’émergence de tout gouvernement hostile au Royaume Wahhabite Au moment du retrait de la Grande Bretagne du Yémen du Sud en 1960, l’Arabie Saoudite est intervenue dans ce pays. Elle a également soutenu les royalistes durant la guerre civile qui a sévit dans le nord du Yémen durant les années 1990.

Riyad est motivée également par un objectif purement économique qui est un projet de construction d’un pipeline traversant ce pays. Selon cette information qui a été révélée par le MAE des Pays-Bas et par Wikileaks en 2015, Riyad tente d’éviter le détroit d’Homuz dans l’acheminement du pétrole aux marchés asiatiques en projetant de construire un pipeline permettant un accès direct au Golfe d’Aden et à l’Océan indien. Ce détroit peut être bloqué par l’Iran. Ce pipeline passerait par Hadramaout qui est un territoire très riche (avec 80% des exportations de pétrole du Yémen, une grande disponibilité de ressources en eau et une réserve d’or d’une valeur de 4 milliards de dollars).

L’Arabie Saoudite cherche à créer un émirat indépendant à Hadramaout qui sera placé sous son autorité. Ce territoire est actuellement sous contrôle d’Al-Qaeda de la Péninsule Arabique (AQAP) disposant d’un aéroport international à Mukalla et d’un grand port épargnés jusqu’à maintenant par les attaques aériennes de Riyad. Les bombardements de l’Arabie Saoudite ont profité grandement à l’AQAP qui a instauré son autorité sur plusieurs territoires yéménites.

Au début du conflit en 2015, la guerre a été soutenue largement en Arabie Saoudite tellement la prétendue implication de l’Iran était devenue une source d’inquiétude dans ce pays. Mais l’enlisement militaire de l’Arabie Saoudite, l’absence de résultats concrets sur le terrain en termes d’invasion terrestre par les troupes saoudiennes pourtant bien équipées et la crise humanitaire qui s’est déclenchée au Yémen ont entrainé un malaise politique en Arabie Saoudite qui affaiblit sa détermination à poursuivre la guerre.

Pour leurs parts, les EAU sont présents militairement au Yémen dans les ports de Mocha situé sur la Mer rouge et Mukalla à l’Est ou sont basés des troupes yéménites entrainées et équipées par les EAU. Ces ports abritent également des forces spéciales américaines. Ils soutiennent également le mouvement al-Hirak au sud du Pays. C’est un groupe sécessionniste totalement inféodé aux EAU qui a pris pour nom “le Conseil Transitionnel du Sud”. Il exerce son influence sur une région s’étendant d’Aden à la Province de Hadramaout.
Les dirigeants des EAU et de l’Arabie Saoudite partagent les mêmes objectifs stratégiques. M. Mohammed Ben Salmane et le Prince Mohammed Ben Zayed visent tous les deux à imposer la domination des deux pays sur un Yémen affaibli et aux prises avec des conflits sectaires.
Toutefois, l’enjeu principal des EAU est la restauration des investissements des Ports de Dubaï sur les immenses investissements dans les ports yéménites, les mines d’or du Yémen du sud et les pipelines qui ont été perdus par Dubaï durant le gouvernement Hadi.
Cet objectif entre dans le cadre d’une stratégie globale visant à construire un « empire maritime commercial et énergétique» qui ne vise pas seulement à contrer la menace iranienne mais surtout à préserver la place charnière du port émirati de Jabal Ali face face la concurrence farouche du Qatar qui active lui aussi pour avoir le contrôle de la plupart des ports de la corne de l’Afrique. Le Port de Jabal Ali est vulnérable devant Oman et l’Iran qui contrôlent le Détroit d’Hormuz. Dubaï cherche donc à établir des bases militaires sur le littoral yéménite afin de pallier à cette vulnérabilité.
Cette stratégie s’appuie également sur les actions régionales suivantes :

Les EAU ont financé une politique d’influence sur les côtes africaines, notamment en Erythrée et en Somalie. A l’extrémité sud de l’Erythrée, le petit port d’Assab a été transformé en base militaire stratégique pour appuyer les alliés yéménites contre les positions houthistes.

Ils s’appuient également sur les ports de Mukalla au Yémen, Djibouti, Port de Berbera à Somaliland, Bosasa à Puntland et Port Soudan dans une côté allant de la Mer Rouge à l’Océan Indien. Les Emirats ont également pris le contrôle de Socotra, un archipel hautement stratégique et très riche en ressources, situé à plus de 300 km des côtes yéménites et qui permet d’avoir un relai important pour l’accès au golfe d’Aden, au Canal de Suez et la Corne de l’Afrique.

La fragmentation du Yémen à travers le Conseil Transitionnel du Sud permet aux Emirats d’établir cet «empire commercial» en contrôlant la côte sud du Yémen. Toutefois, cette stratégie des EAU heurte les intérêts et l’agenda de l’Arabie Saoudite même si les divergences ne sont pas très visibles actuellement, tellement la coalition semble soudée et l’entente entre l’héritier Ben Salmane et le Prince Ben Zayed inébranlable.
Tandis que l’Arabie Saoudite met l’accent sur la lutte contre les Houthis pour les empêcher de garder le pouvoir dans un Yémen que Riyad voudrait unifié sous la bannière d’un gouvernement qui lui serait proche, Dubai exploite plutôt les luttes sectaires au Yémen dans une logique de «balkanisation» du pays afin de faciliter sa mainmise sur les ports de la côte Sud du Yémen en exploitant les divisions des autres pays comme la Somalie. Son rival direct dans cette entreprise est le Qatar.
Globalement, on peut dire que contrairement à l’Arabie Saoudite qui s’épuise dans ce conflit en raison de son acharnement politique et militaire à écarter les Houthis, les EAU regardent leur ingérence dans ce pays comme une occasion de sécuriser leur port de Djabal Ali et d’établir un empire maritime commercial dans une région allant de la Mer Rouge à l’Océan Indien. Tandis que Riyad possède un agenda essentiellement politique et idéologique, Dubai met essentiellement l’accent sur l’enjeu économique.

Conclusion
Avec ces six lignes de fracture problématiques et sources de conflits et de tensions mais aussi de colonisation, le Moyen Orient peut être considéré comme la «poudrière » du monde entier mais aussi un théâtre de confrontation pour les puissances. Les lignes de fracture s’étendent du Moyen-Orient à la Méditerranée. Tandis que la Russie tente de consolider son accès à la Méditerranée pour des raisons géostratégiques et historiques, la Turquie joue un rôle stratégique dans le détroit du Bosphore.
La Méditerranée orientale fait l’objet d’une compétition féroce entre plusieurs acteurs : la Russie qui est présente en Syrie mais aussi Chypre, l’Egypte et Israël qui entreprennent d’exploiter les gisements gaziers off-shore de la région et cherchent à exporter le gaz vers l’Europe. Ce qui reflète quelques tensions dans cette région, est le blocage par la Turquie de l’exploration de gisements de gaz au large de Chypre. C’est un prolongement des lignes de fractures moyen-orientales.
Ainsi, la théorie des lignes de fractures devient un cadre d’explication satisfaisant pour tous ceux qui veulent étudier les évènements du Moyen Orient. Toutefois, des explications plus profondes sur le plan historique et sociologique sont nécessaires pour mieux comprendre la genèse de ces lignes de fractures. Pour ce faire, il faudrait aller au plus profond des cultures et de la religion des pays du Moyen Orient.
Pour ce faire, il devient nécessaire d’élargir l’unité d’analyse. Au lieu de parler d’Etats ou d’acteurs infra-étatiques comme les groupes d’opposition, les clans au pouvoir et les groupes djihadistes, on va parler de civilisation sans verser dans les approches sur le choc des civilisations.
Plus concrètement, ces lignes de fracture ne seraient jamais apparues, sans le déclin historique de la civilisation islamique. Dans un prochain article, on va aborder cette question difficile.

PALLAS

Exclusivement pour Strategika51.org

Publicités

9 Replies to “Les nouvelles lignes de fracture dans la région du Moyen Orient

  1. Pour toute ces lignes de fractures, hormis la troisième, ou la Palestine n’à pas encore réussi à retrouver l’unité parfaite, sur toutes les autres, l’Axe de la Résistance domine largement les combats, et contrôlent désormais parfaitement les moindres mouvements de l’Empire.

    Tel Aviv n’ose plus envoyer ces F35 survoler la Syrie, et si ils continuent de le faire par le Liban, la Russie livrera également des S300 au pays du Cèdres.

    Les Etats-Uni, la France, la Turquie, le Royaume Unis ou l’Arabie Saoudite sont désormais incapable de changer la donne dans la région, les FDS disparaitrons aussi vite qu’ils sont apparu, et la Syrie retrouvera l’intégrité de son térritoire, y compris le Golan occupé depuis 1967.

    “Plus concrètement, ces lignes de fracture ne seraient jamais apparues, sans le déclin historique de la civilisation islamique.”

    Je pense exactement le contraire.

    C’est plutôt grâce à la foi indestructible, et surtout grâce à l’objectif commun de la civilisation Islamique, de consolider la Oumma que ces lignes de fractures sont apparue.

    Sans ce désir d’unité, et de combat collectifs pour protéger les aquis et la fraternité de la Oumma,défendu entre autre par Hassan Nasrallah, ou bien Ali Khamenei , jamais l’Axe de la Résistance n’aurait réussi à repousser et détruire les vagues d’ennemies qui se sont acharné sur la région.

    Plutôt que de parler de déclin historique, je parlerais plus d’une renaissance complète est grandiose de la civilisation islamique.

    1. J’ajouterai que la fracture Sunnisme/Chiisme est purement artificielle.
      Lorsque l’Iran pré-révolutionnaire était sous la botte américaine, il n’existait pas de tel conflit.
      Lors de la guerre Iran/Irak, les chiites irakiens se sont montrés nationalistes et ont combattus contre l’Iran.
      Lors de l’épisode Khashoggi, un conseiller de MBS n’avait-il pas menacer de chambouller l’Ordre Mondial en se rapprochant de l’Iran.
      Cela ne démontre-t-il la faiblesse, et surtout l’artificialité de l’opposition Sunnisme/Chiisme.

      1. De plus, ont à put voir, en Libye, en irak, en Syrie et au Yémen, des mouvements de défense populaire ( hachd al chaabi ) , ce qui à permis de faire face à ces guerres de 4eme générations.

        Parmis eux se confondais Chiite, sunnite, Druze,Alaouite,Turkmen, Yézedi, Kurde, Chrétien et bien d’autre encore.

        Il est évident que la tentative de fracture artificiel Chiite contre Sunnite à échouée, bien que pour celà il à fallut à l’Axe de la Résistance de nombreux martyrs et souffrance.

        En tout les cas il semblerais que MBS, sur le point de perdre son héritage, voir même sa tête, semble se rapprocher de plus en plus de la Russie et de ces alliés ( Iran entre autre), pour éspérer peutêtre trouver une issue à son bourbier au Yémen, et ayant bien compris que Trump ne comptais que sur ces pétro-dollard, et n’hésitera pas à le poignardé dans le dos le moment voulu.

        En attendant, Idlib est sur le point de tomber, le Golan reconquis, et les FDS chasser par les hachd Al Chaabi à l’Est de l’Euphrate.

    1. BSM hem article sur les Dönmeh, fait le lien entre juifs expulsés d’Espagne, Attatürk, les Seoud, l’Egypte, la Palestine, l’Etat profond en Turquie.

      1. Sabbataï Zevi fut à la Turquie Ottomane ce qu’Ignace de Loyola fut à l’Espagne Catholique, avec moins de réussite peut-être. Suivi de Jacob Frank en Allemagne. Tous des illuminés. Exotérisme versus Ésotérisme, voila la ligne de fracture.

Leave a Comment/Laisser un commentaire