Libye: Pourquoi les forces de Haftar risquent encore de patauger en Tripolitaine 1

L’exclusion de la dimension historique du processus de prise de décision est souvent la cause d’erreurs de perception assez significatives.

Dans le cas de la Libye, les pays et les entités soutenant le maréchal Khalifa Haftar et son offensive en Tripolitaine ont éludé le clivage historique entre la Libye orientale, dénommée Cyrénaïque, et la Libye occidentale ou la Tripolitaine.

Les deux régions de ce pays d’Afrique du Nord appartiennent à deux aires civilisationnelles rapprochées mais distinctes; la Cyrénaïque est plus tournée vers l’Orient ou plus précisément le Moyen-Orient et l’Egypte tandis que la Tripolitaine appartient pleinement au Maghreb ou l’Occident du monde musulman.

Cela explique pourquoi les forces du maréchal Haftar, dénommées l’Armée Nationale Libyenne, pataugent depuis des semaines à quelques encablures de Tripoli.

Cela explique également les raisons sous-jacentes derrière le ralliement de la confédération des Zenten de l’Ouest à leur ennemis de Misrata pour défendre Tripoli contre ce qu’elles qualifient de hordes venus de l’Est. C’est un conflit qui est perçu par certains belligérants locaux comme une lutte souterraine entre l’Orient et l’Occident du monde musulman ou comme une tentative d’hégémonie du Moyen-Orient et plus précisément certains pays du Golfe et l’Égypte sur le Maghreb et cela paraît complètement et totalement inacceptable pour des acteurs régionaux comme l’Algérie et la Tunisie.

En réalité, les pays impliqués ou intéressés dans la guerre en Libye ne connaissent pas grand chose à ce pays. Ils sont plutôt motivés par le pétrole libyen, l’un des plus légers au monde, lequel devient à nouveau une valeur d’avenir très sûre au moment où la bulle du gaz de schiste commence à s’effilocher et que les quêtes d’énergies alternatives hors sources fossiles semblent peu viables d’un point de vue économique et de rendement. Même le nucléaire et quoi qu’en puissent dire ses partisans acharnés, semble une voie sans aucune issue à moyen-terme. Les partisans pro-nucléaire privilégient cette option non pas par souci écologique mais pour des raisons purement militaristes.

Ce qui ce passe en Libye est un cas d’école. Les pays occidentaux y ont tout faux. Les libyens sont loin d’être dupes. Si l’Italie cherche à s’assurer la paix en méditerranée centrale et occidentale tout en sécurisant des voies d’approvisionnement énergétiques assez stables, des pays comme l’Égypte, les Émirats et la France y cherchent à avoir une hégémonie. Dans un pays comme la Libye, où l’autorité n’a jamais été reconnue, ces tentatives semblent irrémédiablement vouées à l’échec. Demeure l’option de l’homme fort, autocrate violent de préférence, qui saurait rétablir une poigne de fer sur le territoire afin de sécuriser l’exploitation du pétrole, les investissements des multinationales et la faune de parasites qui chassent par des moyens fort répréhensibles les contrats de reconstruction de pays dont les infrastructures ont été endommagées ou détruites par un conflit.

La Libye est un pays très riche. Des fortunes colossales y ont été bâties en un temps record. Derrière la fumée de quelques combats éparses et sporadiques se cache un véritable Eldorado. Une mer de pétrole facile à raffiner, une population jeune, dynamique et avide de consumérisme de luxe, des personnalités politiques à l’égo démesuré et donc faciles à manipuler ou à monter les unes contre les autres, un littoral magnifique et vierge, des vestiges historiques intacts, d’immenses opportunités d’affaires et un emplacement stratégique entre le Maghreb et le Moyen-Orient, entre la Méditerranée centrale et le Sahel.

La chute de l’ancien régime libyen en 2011 a ouvert les portes d’un déluge migrateur sans précédent d’Afrique vers l’Europe que les dirigeants européens font mine de condamner mais qui au fond applaudissent des deux mains pour des raisons purement économiques. L’Europe a besoin de ces pauvres migrants qui traversent la méditerranée dans de très dures conditions pour faire fonctionner et perdurer des systèmes économiques déshumanisés qui induisent un déclin démographique. Il s’agit d’un système d’esclavage universel post-moderne basé sur la guerre et la destruction.

Le grand jeu en Libye continue.

Libye: Pourquoi les forces de Haftar risquent encore de patauger en Tripolitaine
Publicités

Vous pourrez aussi aimer

3 commentaires sur “Libye: Pourquoi les forces de Haftar risquent encore de patauger en Tripolitaine

  1. Que proposez vous messieurs pour devenir indépendant financièrement et ainsi échapper à l’esclavage moderne qu’est le salariat ??
    Je suppose que les seuls moyens viable résident dans l’illégalité, le marché noir ou gris pour certains !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.