Le jeu des mini-blocs peut-il éviter le pire ou au contraire l'accélerer? Une brève réflexion sur la tension actuelle  dans le Golfe et au Moyen-Orient 1

L’exacerbation des tensions entre les États-Unis d’Amérique et la République Islamique d’Iran est aggravée par une nouvelle forme de surenchère non-verbale et relevant plus de la symbolique de la puissance figurée que d’une rivalité géostratégique.

C’est l’échec patent de la guerre au Levant, marquant la faillite des révolutions colorées 2.0 et l’inadéquation des guerres hybrides 3.0 qui a exacerbé à son paroxysme la tension actuelle entre Washington, dont la politique étrangère est otage des intérêts stratégiques israéliens et saoudiens, et Téhéran et ses alliés dont ceux acquis durant la longue guerre en Syrie.

Un conflit militaire direct entre les États-Unis d’Amérique et l’Iran comporte beaucoup trop d’impondérables et aura des conséquences totalement imprévisibles en raison de la reconfiguration des alliances régionales dans le sillage des polarisations intervenues lors de la longue guerre syrienne.

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Le bloc A, de couleur Bleue, comporte les acteurs suivant :

  1. Arabie Saoudite ;
  2. Bahreïn ;
  3. Émirats Arabes Unis
  4. États-Unis d’Amérique
  5. France
  6. Jordanie ;
  7. Israël ;
  8. Maroc ;
  9. Royaume de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord
  10. Les autres pays membres de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN)

Le bloc B, de couleur Rouge, n’est pas totalement antagoniste du Bloc A mais comporte des pays désignés comme hostiles à l’Empire (il y a une décennie, la tactique de l’État paria ne pouvait s’appliquer que sur des pays faibles et dans l’incapacité de se défendre, ce qui n’est plus le cas en 2019) :

  1. République Populaire de Chine ;
  2. République Démocratique et Populaire de Corée ou Corée du Nord ;
  3. Cuba ;
  4. République Islamique d’Iran ;
  5. République Arabe de Syrie ;
  6. Tous les pays réellement non-alignés

Ce schéma dichotomique très sommaire ne reflète ni la réalité ni la complexité des rapports de force et encore moins les véritables interactions ou implication de pays pivots jouant un rôle assez important dans la dynamique inhérente au phénomène conflictuel dans un ensemble régional plus ou moins défini. L’analyse des positions ou des postures réelles ou simulées de pays comme l’Irak dans le conflit syrien et le bras de fer entre Téhéran et Washington relève de l’impossible tant sont grandes les divergences de fond, les clivages et la multiplicité des allégeances au sein de l’appareil d’État irakien en général et des différentes composantes de la société de ce pays en particulier. Le même constat pourrait s’appliquer à l’Égypte malgré son appartenance au bloc A, ou encore au Liban dont les spécificités, les influences exogènes et les contradictions internes propres à ce pays  le rapprochent à la fois du camp A tout en étant un membre actif du bloc B par l’entremise du mouvement politico-militaire du Hezbollah, l’une des meilleures forces combattantes aux côtés de l’Armée syrienne dans le conflit du Levant.

Cependant, aussi complexes que soient les postures des pays entraînés dans un jeu non déclaré d’alliances et de contre-alliances, aucune n’est aussi complexe que celle de la Turquie.

De par son statut de pays membre à part entière de l’OTAN, la Turquie est nominalement et théoriquement dans le bloc A. De par son rôle dans la mise en œuvre des stratégies militaires de l’Empire au Levant également. Ankara a joué en effet rôle primordial dans la guerre en Syrie en collaboration active avec tous ses alliés de l’Alliance: Destruction de l’intégrité territoriale de la Syrie, acheminement de combattants étrangers et d’armes vers la Syrie avec la complicité des autres pays de l’OTAN et non-OTAN, exploitation,  régulation et militarisation du flux de réfugiés fuyant la guerre en Syrie vers l’Europe occidentale en passant par l’Europe orientale et méridionale en échange d’Accords privilégiant Ankara, et, point de loin le plus important, latitude à exploiter les incohérences et les limites de la politique “impériale” au Moyen-Orient pour élaborer son propre agenda régional en se basant sur le très riche passé de l’Empire Ottoman. La Turquie est donc à la fois un acteur du bloc A mais également un acteur semi-autonome poursuivant sa propre stratégie dans une région qu’elle considère comme sa profondeur stratégique.

Loin des considérations purement spéculatives, l’élite politique US semble figée et incapable de se renouveler lorsqu’il s’agit de politique étrangère. Les sanctions économiques ont très durement frappé l’Iran et ont failli désintégrer sa société et son économie. C’est la focalisation sur l’Iran et son ciblage qui ont paradoxalement réconcilié  une population iranienne meurtrie par la crise avec ses dirigeants, même s’ils n’ont jamais fait l’unanimité aussi bien au sein du régime que parmi les principales composantes de la population. Cet aspect continue à échapper aux observateurs US qui ne prennent en considération les sanctions que sous un angle relatif à la stratégie de changement de régime suivant le cycle crise-désapprobation-perte du consensus-légitimité amoindrie ou disparue-révolte ou révolution permettant d’intervenir.

Les sanctions imposées à l’Iran ont produit l’effet inverse. Un moment ébranlé par des cyberattaques inédites et une crise socio-économique très grave, l’Iran n’a pas On oublie souvent que les images choc de l’invasion de l’Irak par les États-Unis et notamment trois ou quatre photographies du supplice des détenus de la sinistre prison d’Abou Gharib près de Bagdad ont été largement diffusées en Iran, y compris le long des autoroutes et que cela a convaincu le dernier pro-libéral que Washington n’intervient pas dans d’autres pays pour de nobles objectifs.

Mais revenons toutefois à la dynamique des mini-blocs et des grands blocs. L’effet d’entraînement des alliances comme celui ayant amené la première guerre mondiale semble a priori exclu au première abord. Ces jeux de blocs vont-ils contribuer à éviter ou au contraire, à accélérer l’éclatement d’un grand conflit aux conséquences très graves sur la paix et la sécurité mondiales?

Ce jeu n’est-il pas un peu plus subtil avec sa somme de calculs nationaux et d’intérêts bien précis?

C’est à voir. Sinon on se dirige tout droit vers un scénario analogue à celui d’OK Corral…

 

 

 

Le jeu des mini-blocs peut-il éviter le pire ou au contraire l’accélerer? Une brève réflexion sur la tension actuelle dans le Golfe et au Moyen-Orient
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6 commentaires sur “Le jeu des mini-blocs peut-il éviter le pire ou au contraire l’accélerer? Une brève réflexion sur la tension actuelle dans le Golfe et au Moyen-Orient

  1. Ce jeu n’est-il pas un peu plus subtil avec sa somme de calculs nationaux et d’intérêts bien précis ?
    Premiere élément une guerre mondiale entre les Etats Unis et la Chine, voir la Russie, la Corée du Nord est en l’état actuel des choses completement exclue. Ceux qui décident à Washington sont barbares, cruels, cupides, etc…ils sont tout, cependant loin d’etre fous. Une guerre signifierait de facto la fin de la civilisation dans l’hémisphère nord.
    Cependant une guerre de haute intensité est + qie probable au Moyen Orient, voilà pourquoi.

    La réalité étant que les Etats Unis d’Amerique se trouvent à présent face à un redoutable dilemme.
    – Soit le clan des “Réalistes” l’emportent dans les cercles du pouvoir à Washington, et fera tout pour éviter une guerre avec l’Iran. Ce faisant les conséquences sont extremement redoutables, parce que devant leurs alliés ils paraissent faibles. Faut arretter de se voiler la face. Ca n’est ni l’armée syrienne qui a triomphé des terroristes, ni les Sukhoi et Migs russes, encore moins le Hezbollah, l’Iran, voir les volontaires nord coréens -aussi courageux soient ils, et ils le sont c’est tout à leur honneur- qui ont transformé la dynamique de la guerre en faveur d’Assad en Syrie. Mais c’est la Turquie qui ne ravitaille plus les terroristes, c’est ce qui a fait echoué les plans israelo-US. Vous le voyez tous les jours les + proches alliés de Washington se repositionnent tous. L’Egypte achats massif d’armes russes, chinoises, mais aussi nord coréennes-au détriment des occidentaux-. Le Pakistan tourne le dos à Washington, les conséquences sont immediate en Afghanistan. L’Indonesie, la Malaysie, et bien sur et surtout la Turquie. A présent c’est le Japon qui a envie de faire faux bond à Washington, suivi prochainement par l’Italie, l’Allemagne et la France pour ne citer que cela.
    https://www.cnbc.com/2019/06/25/japan-abe-and-china-xi-look-to-strengthen-ties-at-g-20-as-trump-looms.html
    https://www.checkpointasia.net/germany-has-concluded-that-huaweis-5g-is-safer-than-nsas-4g/
    En outre inutile de dire que l’Iran se renforcent jour aprés jour, au détriment des Etats Unis. A terme c’est tout le système Dollar qui va s’éffondrer et qui risque d’emporter l’Union Etatsuniennes et celle du Royaume Uni. C’est pas des scenari à la Madame Soleil -Igor Panarin un des architectes de la diplomatie russe avait travaillé sur cette question, et avait identifié plusieur lignes de fractures dans la société américaine, c’était en 1998/99 -, c’est une eventualité qui risque de se materialiser bien plus rapidement que prévu.

    -Soit le clan des “Durs” l’emportent -Yeaaaah….- et optent pour la guerre contre l’Iran. Mais là pareil qui va suivre les Etats Unis dans une guerre contre l’Iran ? Je ne vais pas réecrire ce que j’ai deja dit, mais tout le monde sait que les Etats Unis n’ont aucune chance de l’emporter. Pour gagner une guerre il faut des hommes, or les systèmes en place en Occident n’ont pas cessé depuis plus de 40 ans de promouvoir le féminisme, et la destruction de toute forme de virilité. Ainsi il faudra de la chair à cannon, introuvable en nombre suffisant dans l’hémisphère occidentale. C’est pas les chars de merde, et autres quincailleries à la con du genre A-10, F-35, F-18 qui va faire gagner ce genre de guerre, mais des hommes. Rappelons qu’une guerre c’est un mec, son flingue, sa cervelle, et bien sur ses deux couilles. Point Barre! Le matériel peut aider, mais n’est en rien significatif, surtout qu’à présent l’Occident n’a pas la supérioirité technologique.
    Or depuis 1950, à chaque fois que l’armée US était engagé dans ce genre de confrontation, la defaite était systèmatique. Le meilleur exemple reste Israèl qui préfigure ce que sseront les futures guerres US et occidentales. L’armée israèlienne surarmée par l’Occident a peur de rentrer dans Gaza enclavée, et sous blocus, parce que les leaders israèliens savent qu’au dela des bobards sur les Merkava -Chariot De “Dieu” -, Iron Dome et je ne sais quoi d’autres leurs militaires seront taillés en pièce. Il en sera de meme pour toutes les armées occidentales en guerre.
    En optant pour la guerre contre l’Iran les USA vont accélérer leur expulsion du Moyen Orient, la fin de l’existence de l’état d’Israèl, ainsi que de les protectorats qu’ils ont couvé partout dans le monde. Il sera meme possible que l’Union américaine saute. Dans le meileur des cas une guerre contre l’Iran pourrait freiner de façon significative le developpement de l’Iran seuleument temporairement, mais aprés victoire des iraniens, ils deviendront une puissance, peut etre aussi redoutable que certains pays Occidentaux, comme l’Italie.

    Au final les US se sont mis dans une situation où à présent quelque soit le scénario choisit, la defaite américaine est assurée, avec à la clef une menace existentielle pour le système aux Etats Unis. Rien ne pourra arretter l’emergence et le developpement de ce monde multipolaire qui a déja remplacé l’ancien systéme unipoliare depuis 2010.

    1. Cher “camarade ” foxhound, ton raisonnement se tient si on prend en compte les nouvelles données: 1) l’aviation n’est plus ce qu’elle était (il fallait (par)achever le “travail” des bombardements massifs sur le terrain en envoyant la troupe, sauf si au départ, il était question de raser toutes les infrastructures d’un pays (comme se fut si souvent le cas, lorsque la pseudo coalition internationale intervenait contre un pays beaucoup plus faible qu’elle…), 2) ne parlons même pas des porte-avions (surnommer “les fers à repasser” à l’envers…), les missiles (de toutes sortes) et les drones (idem) ont largement prouvé leur efficacité, plus besoin de guerres conventionnelles, pour infliger de lourdes pertes à ses ennemis ! Une guerre asymétrique est beaucoup plus efficace… bien que les Etats-Unis d’Amérique du nord parlent de plus en plus ouvertement d’utiliser des bombes nucléaires de faible intensité, (les Nord-Coréens ont une sacrée avance et pourraient en cas de conflit mondialisé les utiliser massivement contre les Etats-Unis d’Amérique du nord), mais ceux qui les prendraient sur la g….e ne feraient pas forcément la différence !…

      1. l’aviation n’est plus ce qu’elle était …
        Ah bon ? A-t-elle été mieux que ce qu’on a constaté depuis 1945 ?
        Pour avoir une meilleur idée je t’invite à aller sur le site de Picard il a fait un super boulot sur la prétendue efficacité de l’aviation et qui ne demande qu’à etre consulté.
        defenseissues.wordpress.com, —> ou bien https://defenseissues.net/
        Pas besoin des pseudo experts à deux balles genre Servent, ou ceux issues de la Fondation pour la Recherche Strategique les Moisi, Heisbourg etc..où alors les pseudo-specialistes de France TV, France Info, TF-1 etc…

        les missiles (de toutes sortes) et les drones … ont largement prouvé leur efficacité,…
        Pareil je suis plus que sceptique concernant ton affirmation. Si tel était le cas, alors pourquoi que les américains ont déguerpi du Vietnam la queue entre les jambes ? Une idée ? Pourquoi que l’armée d’Israèl n’est pas en ce moment à Beyrouth entrain de former le nouveau gouvernement libanais ? Pourquoi qu’Israèl ne se debarrasse pas du Hamas à Gaza ? Une idée ? Pourquoi qu’Assad n’est toujours pas pendu haut et court par les hordes barbares et terroristes ? Et le drapeau étoilé qu’es ce qu’il attend pour flotter sur la base russe Hmeimin ? Une idée ? Perso ch’suis plus que prenneur… Ca en fait des questons sans réponses tout ça! Pareil le site de Picard en parle aussi.

        Une guerre asymétrique est beaucoup plus efficace…
        Je ne vais pas entrer de le détail sans quoi ça ferait un long post que personne ne lirait, pas meme toi et encore moins moi 😉
        Les guerres asymétriques –> faut de la chair à cannon, et les pays arabo musulmans en ont assez donné. Ils se sont fait suffisament roulé dans la farine. De plus une guerre asymétrique ne résout pas tout. Il faut un moment passer à l’action, et l’Amérique n’en a pas les moyens.

        …les Nord-Coréens ont une sacrée avance et pourraient en cas de conflit mondialisé…
        Sur ce point nous sommes d’accord. Comme je l’ai déja dit la Corée du Nord a du produire des centaines voir des milliers d’ogives nucléaiires depuis 2003, sauf que c’est le black out, chuut! Secret de Polichinel. Non seuleument les nord coréens les produisent comme des saucisses -Dixit Nikita Khroutchev-, mais ils les vendent à qui veut les acheter. Et attention, les ogives qu’ils vendent peuvent tenir sur une RPG-7. En réalité le monde dans lequel nous evoluons a changé à la vitesse de la lumière, mais la propagande occidentale nous fait croire le contraire. Il n’y a que les élites occidentales qui le croient dur comme fer, jusqu’à ce qu’ils vont morphler méchament, et prochainement.

  2. Deux aspects criants de cette méconnaissance criante étasunienne (mais pas que), qui se caractérise par une indifférence phénoménale (liée à un grand mépris) en ce qui concerne l’autre et tout particulièrement l’étranger…, à savoir: l’Iran, donc la Perse, fait partie intégrante de ces quelques civilisations plurimillénaires, dont le peuple iranien a connaissance et dont il sent qu’il est l’héritier à part entière, et surtout un savoir aigu de ce qu’est le temps long… (les Iraniens n’ont pas a se forcer en ce qui concerne leurs similitudes de vue géostratégiques et géopolitiques, par exemple avec la Chine…)

    1. Deux aspects criants de cette méconnaissance étasunienne (mais pas que), qui se caractérise par une indifférence phénoménale (liée à un grand mépris) en ce qui concerne l’autre et tout particulièrement l’étranger…, à savoir: l’Iran, donc la Perse, fait partie intégrante de ces quelques civilisations
      plurimillénaires, dont le peuple iranien a connaissance et dont il sent qu’il est l’héritier à part entière, et surtout un savoir aigu de ce qu’est le temps long… (les Iraniens n’ont pas a se forcer en ce qui concerne leurs similitudes de vue géostratégiques et géopolitiques, par exemple avec la Chine…)

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