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La guerre du gaz n’aura pas lieu! Du moins, en Europe…

Cette semaine aura vu une réunion extraordinaire des ministres de l’énergie européens, afin de repenser (encore une fois) l’approvisionnement de l’Union Européenne en gaz. Il faut les comprendre, l’échéance de paiement imposé (par contrat) par Moscou à son voisin ukrainien arrivant à grands pas, il fallait bien tenter de trouver une solution.

Mais heureusement pour eux (!), il semblerait que tout soit en passe de rentrer dans l’ordre. Kiev, dans un effort désespéré, s’est fendu d’un premier chèque de 786 millions de dollars Vendredi dernier. Ne reste plus “que” 3.5 milliards de dollars US et l’ardoise sera réglée. Cependant tout va dépendre de la réunion tripartite entre les responsables ukrainiens, russes et le commissaire européen à l’Energie, Günther Oettinger, qui doivent se retrouver lundi à Bruxelles pour une nouvelle série de négociations sur les livraisons de gaz russe à l’Ukraine.

En théorie, si aucun accord n’est trouvé, la Russie pourrait couper l’arrivée de gaz, privant ainsi l’Ukraine – mais aussi et surtout l’Europe – de la précieuse ressource naturelle. Mais gageons qu’une échappatoire va être trouvée, surtout à quelques jours d’une commémoration qui réunira tous les protagonistes sur les plages normandes; et une commémoration à couteaux tirés ne doit pas faire partie du scénario.

Pour info, lors de la réunion européenne, certains politiciens ont suggéré que l’Union Européenne pourrait (sous certaines conditions, indépendantes de leurs volontés) acheter du gaz à…l’Iran! Rien que ça!
Ils sont bien conscients que cette possibilité est suspendue à l’accord sur le programme nucléaire de Téhéran, sans oublier l’embargo décrété par Washington et Tel-Aviv, et qui lui n’est pas prêt d’être suspendu.
D’un autre côté, ces braves hommes ont aussi omis quelque chose d’une grande importance: l’acheminement dudit gaz! Toujours le même problème…
– La voie maritime est longue et risquée (piratages au large de la Somalie);
– Et la livraison par gazoduc implique de traverser (pour aller au plus court), la région autonome kurde en Irak, et…la Syrie!

On est loin de voir du gaz iranien chauffer nos maisons…

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3 Replies to “La guerre du gaz n’aura pas lieu! Du moins, en Europe…

  1. Ah voui…. J’ajoute vite fait un petit détail qui m’avait fait bien rire: l’argent versé par l’Ukraine à la Russie pourrait ne pas arriver à temps en Russie. En effet, pour une raison qui m’échappe (presque) complètement cet argent doit d’abord transiter par des comptes situés aux EU…

  2. J’ai au contraire de vous l’impression que cette guerre du gaz est activement recherchée par de nombreux dirigeants européens et qu’elle est activement encouragée en sous-main par les EU.

    La somme versée, 786 mln $, est une aumône. Il avait été convenu de verser 2,2 mds $ avant la fin du mois. La Russie ne reçoit donc qu’un tiers de l’incontestablement dû et ce montant ne couvre même pas la consommation d’un mois avec le nouveau* tarif de 485 $ les 1.000 m³. J’imagine que l’Ukraine qui continue de réclamer un retour au prix très avantageux de 268 $ les 1.000 m³ essaie d’une façon ou d’une autre d’échapper au prépaiement.

    Alors que le gazoduc Nord Stream avait été construit dans le but de contourner le problème des pays de transit l’UE ré-attaque sur deux fronts distincts. D’une part avec le “troisième paquet énergie”, un ensemble de lois qui changent les règles du jeu après coup en exigeant une séparation entre fournisseurs et transporteurs d’énergie, et d’autre part le commissaire européen à l’Energie Günther Oettinger qui menace de bloquer les permis de construction de South Stream. On croit rêver ! De qui les intérêts de tout cela sert-il ?

    En 2004 lorsque la Russie avait soustrait de ses envois la quantité de gaz utilisée par l’Ukraine celle-ci s’était simplement servie au passage. Le surréalisme belge avait dû déteindre sur la Commission Européenne parce que celle-ci s’était plainte non pas auprès de l’Ukraine qui lui volait son gaz mais auprès de la Russie qu’elle accusait de ne pas remplir ses obligations. Dix ans plus tard on se retrouve exactement au même point et toutes les tentatives de Gazprom pour assurer un transit fiable son mises en échec par ceux qui dépendent de son gaz.

    Allez comprendre !

    *Il me semble d’ailleurs que ce tarif de 485 $ n’est pas si neuf que cela. À vérifier, mais il me semble que cela correspond à l’ancien tarif de sortie de crise en 2004.

    1. Bonjour Diablo,

      Pour faire cet article, j’ai consulté tout un tas de document. Parmi ceux-ci, il y avait les conclusions de la 25e réunion du Forum européen de régulation du gaz de Madrid (qui a eu lieu au début du mois de Mai). Voici le lien:
      http://ec.europa.eu/energy/gas_electricity/gas/forum_gas_madrid_fr.htm

      Sur cette page, vous trouverez les conclusions sous forme PDF, mais attention, le dossier est gros (ou alors ma connexion internet est vraiment lente!). Vous trouverez dans ce dossier tout un tas d’analyses, plus ou moins digestes, dont une qui concerne les stocks de gaz des différents pays de l’UE (et comment les augmenter), mais aussi une étude sur les terminaux de regazéification du GNL ainsi que la comparaison avec les unités de liquéfactions en services dans le monde. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’y a pas grand chose à attendre de ce côté-là. En gros, l’avenir c’est le gazoduc!

      Mais un gazoduc prend du temps à construire, et il coûte un bras, au minimum. Donc, je pense que pour les qqs années à venir, l’UE restera dans le giron du gaz russe.

      Après, il reste le gaz de schiste. Mais seulement en dernier recours, juste avant la panne sèche!

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