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Comment prendre un gouvernement en otage: le cas HongKong-Chine

Après la révolution des œillets, la révolution orange et les désormais célèbres “Printemps Arabes”; voici que l’automne nous envoie la révolution des parapluies. Même si les médias occidentaux ne font pas leurs gros titres là-dessus, ils ne se gênent pas pour tenter de nous faire croire que HongKong sera le prochain état indépendant.

Petit rappel: Dans le cadre de la rétrocession de 1997 (alors sous mandat britannique), HongKong bénéficie, en vertu du principe “Un pays, deux systèmes” d’un statut spécial avec une large autonomie et la promesse à terme – non spécifié – du “suffrage universel”. En 2017 auront lieu des élections démocratiques en vue de désigner le dirigeant du territoire. La discorde porte sur la désignation des candidats.

Les pro-démocrates de HongKong voudraient pouvoir proposer leur candidature, alors que pour le Parlement chinois, les candidats devront être des “patriotes” préalablement sélectionnés par un comité dont les 1200 membres seront désignés par les autorités; autant dire un membre du Parti Communiste Chinois (PCC).

Pour le lecteur occidental lambda, HongKong doit être sauvé. Le mouvement “Occupy Central with Love and Peace” (OCLP, fondé en début d’année autour d’un universitaire de HongKong, Benny Tai, sur inspiration des pratiques de désobéissance civile de Gandhi) rappelant étrangement le fameux “Occupy Wall Street” né aux États-Unis et sensé lutter contre la dictature financière.

Ce que le lecteur lambda semble oublier, c’est qu’aucun gouvernement de quelque nature qu’il soit, ne laisserait un territoire proche de chez lui passer à l’ennemi. [Soyons bien d’accord, je ne fustige ni la démocratie, ni le communisme; mais ceux qui ont tenté de concilier les deux s’y sont cassés les dents. Car bien plus que deux courants politiques différents, elles représentent deux idéologies opposées: l’Est et l’Ouest. Et si l’antagonisme entre ces deux blocs était en sommeil depuis la chute de l’URSS, les derniers mois ont vu une remise au goût du jour de la guerre froide.]
Pouvez-vous imaginer un instant que Washington donne son aval pour que Staten Island devienne un état indépendant communiste? Ou que la France accepte que la Corse prenne son indépendance et se rallie à la Russie?

De plus, le mouvement Occupy Wall Street si il n’est pas tout à fait mort est bien moribond. Car si l’idée de départ était bonne, il fallait pour que cela fonctionne du soutient (financier, humain, idéologique), mais il n’est pas venu. Le rapprochement (récupération?) d’OWS avec le Tea Party a signifié son arrêt de mort. Il va en être de même pour OCLP, car ici aussi, si l’idée de départ (l’inspiration des pratiques de désobéissance civile) est clair – en atteste leur présentation sur Tweeter: OCLP is a nonviolent direct action movement that demands a fully democratic government in Hong Kong. – les récentes batailles rangées entre pro-démocrates et policiers mettent à mal cette idéologie.

Et Pékin dans tout ça? Le gouvernement de Xi Jinping est devant un casse-tête presque insoluble, un nœud gordien des temps modernes. Laisser faire les manifestations et lâcher la bride aux pro-démocrates pourrait donner des idées d’indépendances aux autres provinces chinoises. A l’inverse, réprimer les manifestations serait très mal vu par les pays démocratiques (cf. les prises de positions suite aux manifestations de Tien’anmen). Cependant, comme pour la Russie, les pays occidentaux n’ont que très peu de moyens de coercition face à la Chine.

L’autre question à se poser est de savoir si Hongkong a encore les moyens de tourner le dos à la Chine? Si lors de la rétrocession, en 1997, l’économie de l’ile pesait pour presque 20% dans l’économie chinoise, avec la croissance effrénée qu’a connu la Chine depuis lors, la part de Hongkong ne représente qu’à peine 3% de nos jours. En fait, les deux seuls ministères que contrôle Pékin sur l’ile sont la défense et les affaires étrangères. Hongkong possède même d’une petite constitution qui dispose que « le système capitaliste et le mode de vie du territoire demeureront inchangés pour les cinquante ans à venir ». Or, si il existe une chose sur terre que le système capitaliste exècre par dessus tout, c’est bien le changement. En cas d’indépendance de l’ile, il y a fort à parier que les investisseurs occidentaux, plutôt que de se ruer sur l’occasion, retirent leurs billes et aillent voir ailleurs…

Le mot de la fin est tiré du discours d’Hassan Rohani devant l’ONU:

Nous avons toujours pensé que la démocratie ne pouvait pas être transplantée de l’extérieur (…) ce n’est pas un produit commercial qui peut être exporté d’ouest en est.

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3 Replies to “Comment prendre un gouvernement en otage: le cas HongKong-Chine

  1. j’ai des contacts a macau, qui me rapportaient qu’a Hong Kong, ce n’est pas vraiment une “bataille” étudiant/force de l’ordre qui se joue… en fait il y a une troisième partie représentée par des gens opposés au manifestations des étudiants, chose dont les journaux occidentaux n’ont jamais parlé.
    “la bataille” se joue donc entre pro et anti gouvernance chinoise avec la police au milieu pour séparer.
    Une personne m’a même demandé si l’utilisation de spray au poivre par les forces de l’ordre était quelque chose de courant en France et était considéré comme une arme de destruction massive (selon ses termes), car les étudiants se plaignent d’être dispersé dans la violence… violence qui est ensuite monté en épingle dans les médias et réseaux sociaux.
    Je lui ai donc envoyé quelques vidéos des bonnets rouges contre les CRS pour lui faire comprendre qu’ici, c’etait plutôt canon a eau, flashball et grenade lacrymogène et qu’au fond la police n’était pas si violente que ça dans la dispersion des manifestants a Hong Kong.

    1. Vous avez tout à fait raison. Je dois avouer qu’après avoir édité cet article, je suis tombé sur des infos faisant état d’échauffourées entre pro-démocrates et habitants. Ces derniers reprochent aux étudiants (et autres) d’avoir bloqué le centre-ville de HongKong et les rues/quartiers commerçants.

      Autre chose, un sondage réalisé auprès des habitants de l’ile révèle qu’en cas de partition de HongKong, 21% des habitants retourneraient sur le continent. Je ne l’ai pas mis dans l’article, puisque:
      1- Il est impossible de connaitre la façon dont a été réalisé ce sondage;
      2- Je n’aime pas les sondages, il est trop simple de les manipuler.

      Pour ce qui est de la “répression” des manifestations, le gouvernement chinois marche sur des œufs, c’est sans doute pour ça qu’il n’y a pas encore eu de bavures, et que les forces de l’ordre sont même assez fairplay.

      Merci pour votre commentaire, et votre intérêt.

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