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Du pétrole, comme s’il en pleuvait

L’information ne vous a certainement pas échappée, le prix du baril de brut (WTI pour les USA et Brent pour la Mer du Nord) est en chute libre. Si cela ne peut que réjouir les consommateurs que nous sommes – même si la répercussion de la baisse à la pompe ne suit pas la même courbe que celle de la bourse – cette donne risque de changer pas mal de choses sur le plan géopolitique/stratégique.

L’effondrement des courts a débuté au mois de juin, en cause une surproduction d’or noir. Si les experts ont pointé du doigt le ralentissement de l’économie mondiale ou la production toujours plus importante de pétrole non conventionnel (schiste aux USA, sables bitumineux au Canada), la cause semble être plus simple: la manipulation des marchés.

Certes l’économie mondiale n’est pas au mieux de sa forme, et un baril à 100$ n’est pas ce qui se fait de mieux pour la relancer; mais cela ne date pas d’hier, d’ailleurs le prix du baril de brent n’est pas descendu sous cette cotation depuis presque quatre ans. D’un autre côté, certains se réjouissaient de ce prix, les pays producteurs de pétrole.

On pense immédiatement à l’OPEP, mais les USA, la Russie et les autres nations non membres de l’Organisation de Pays Exportateurs de Pétrole se frottaient les mains, eux aussi. Les États-Unis y voyaient une aubaine afin de pouvoir produire leur pétrole et gaz de schiste – dont le prix d’extraction se situe aux alentours de 85$/baril – idem pour le Canada et Moscou vendait son gaz à l’Europe.

Les économistes ont retenu leur souffle, la semaine dernière, lorsque l’OPEP s’est réuni pour statuer sur le futur. Et là, coup de théâtre! les pays membres ne toucheront pas à la production, qui restera donc au même niveau qu’elle est en ce moment. Ce qui semblerait signifier que cela arrange tout le monde. Pas si sûr! Alors que l’Arabie Saoudite envisageait, il y a quelques mois, un baril à 200$, elle fait désormais machine arrière et n’est pas loin de vanter les mérites d’un prix avoisinant les 70$. Étonnant, surtout que les pétromonarchies du Golfe ont basé leur politique sur l’Or noir. Elles ont, par la même occasion, acheté la paix sociale – un peuple (tout du moins, une certaine classe sociale) qui vit dans l’opulence ne pense pas à se rebeller… On pourrait presque parler de suicide politique, surtout avec les idées propagées par l’EIIL et qui pourraient trouver un terrain fertile dans les régions désertiques du Golfe.
Et il en va de même dans bon nombre de pays, principalement les pays producteurs qui subventionnent le prix à la pompe (Algérie, Venezuela…). Il est à noter que depuis quelques mois, des pays producteurs ont fait machine arrière et vendent l’essence à son prix, parmi eux, l’Égypte, le Maroc et dernièrement l’Indonésie.

Nous voici donc avec une production égale, une consommation en berne – due au fait que les consommateurs que nous sommes ont modifiés leurs habitudes de déplacement (en cause le prix des carburants et la crise économique de 2008) et surtout à une économie mondiale qui tourne au ralenti – tout en sachant que certains pays ne sont plus en course (l’Irak, la Libye…) et que si leurs productions devaient revenir à leurs anciens niveaux, cela ne ferait qu’accentuer la chute des courts.

D’aucuns pensent que l’on assiste à une attaque en règle du gaz de schiste US par l’Arabie-Saoudite, mais je suis perplexe. Si cela était vrai, ce serait comme de vouloir jouer à la roulette russe (avec un automatique, de surcroit), et je ne connais pas beaucoup de dirigeants qui seraient prêt à sacrifier son pays juste pour enfoncer un concurrent…

Une autre possibilité serait que le pays visé soit la Russie. En plus des sanctions économiques qui l’étranglent déjà, attaquer sa plus grosse richesse reviendrait à la mettre à genoux, mais les contrats juteux nouvellement signés avec la Chine (400 milliards de Dollars pour le dernier, sur 25 ans), et surtout le fait que Moscou se détourne un peu plus de jour en jour de l’Europe pour se focaliser sur l’Asie font que cette possibilité est douteuse.

La possibilité du Peak Oil (pic pétrolier, terme désignant le sommet de la courbe de production d’un puits, d’un champ pétrolier ou d’une région de production) a elle aussi était envisagée. Cependant, même si certains puits se tarissent plus vite que prévu, je ne pense pas que l’on en soit déjà arrivé là.

Reste que la baisse du prix du baril pourrait servir les majors pétrolières; en effet, à la fin du XIXième siècle, aux Etats-Unis, John D. Rockefeller – fondateur de la Standard Oil – avait mis en place une technique économique agressive qui consistait à faire baisser les prix, mettant les petits producteurs sur la paille et assainissant ainsi le marché du pétrole et de son raffinage. D’ailleurs, une majorité des majors pétrolières ont fait machine arrière et ont suspendu, sinon arrêté, les forages les moins rentables ou la prospection si dispendieuse; sans compter les licenciements et les restructurations internes.

Sinon, il est possible que nous assistions à une tentative mondiale afin de relancer ce qu’il reste d’industrie, de commerce, et d’économie…

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2 Replies to “Du pétrole, comme s’il en pleuvait

  1. Juste avant les révoltes en pays arabes le baril est passé de 80 à 110$ et y est resté jusqu’à la redescente depuis juillet 2014 Ces 30$ de supplément ont fait pour les 4 pays Arabie, Emirats, Qatar et Koweit, exportant au total 15millions de barils/ jour un supplément de revenus de 500 milliards de $. De cet énorme pécule supplémentaire, constitué à nos stricts dépens d’importateurs (Europe, Japon, Asie, PED.) par les manipulations des robinets, 1 à 2% détourné suffit pour payer un MILLION de mercenaires au tarif actuel au Moyen-Orient pauvre.
    Ce qu’il faut dire haut et fort, c’est que la politique erronée de Juppé puis Fabius, Sarkozy puis Hollande, traite de rebellions mercenaires financées in fine par nous, à notre insu et contre notre gré, consommateurs soumis à des gouvernements passifs face aux manoeuvres de déstabilisation des pays encore rebelles.

    1. Bonjour,

      Et que dire des majors pétrolières?
      Certes, les coûts d’extraction ont augmenté, mais pas dans la proportion que l’on voudrait nous faire croire. La grosse différence entre un prix à la pompe d’il y a cinq ans et maintenat, c’est la marge des entreprises (et les taxes aussi, un peu, voire beaucoup). Pour ceux que ça intéresse, voici un lien avec des graphiques et autres explications.
      http://france-inflation.com/graph_super.php

      Au départ je voulais l’inclure dans l’article, mais j’ai omis de le faire…

      Merci pour votre commentaire et votre intérêt.

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