Archives d’Auteur : Strategika51

Attentats du Sud-ouest de la France: les trois militaires néonazis mis hors de cause

Une première fois évoqué hier, la piste néonazie impliquant trois parachutistes du 17ème régiment de génie parachutiste de Montauban mis en cause en 2008 par un sergent dans une affaire d’apologie du nazisme ne sont plus considérés comme suspects d’après l’agence Reuters.  D’après des témoignages, les trois suspects dans la piste dite néonazie ne sont que des “grosses gueules” ayant une cervelle de “pois chiche” et dans tous les cas incapables d’exécuter  de sang-froid des tueries préméditées comme ceux ayant coûté la vie à 7 personnes dans trois fusillades en moins de deux semaines à Toulouse et Montauban.

Deux des suspects ont été entendus par les services de police tandis qu’un troisième a déjà été entendu dans l’affaire du premier meurtre. Ils sont hors de cause. Ce qui laisse la porte grande ouverte à toutes les possibilités.

Jusqu’ici, aucune piste n’a été trouvée concernant ces tueries qui ont enclenché le niveau écarlate du plan Vigipirate et mobilisé d’énormes moyens de l’Etat français pour tenter de capturer le ou les auteurs de cette tragédie. En attendant, ces tueries ont suscité un tsunami d’indignations aussi bien à l’intérieur de l’hexagone qu’à l’extérieur.

Attentats de Toulouse et de Montauban: vers une piste néonazie au sein de l’armée?

Dimanche 11 mars, un militaire français d’origine maghrébine a été assassiné à bout portant par un ou plusieurs  tueur(s) non identifié à Toulouse après avoir été attiré dans un traquenard.

Le jeudi 15 mars , deux parachutistes  français appartenant au  17 ème régiment de génie  parachutiste de Montauban sont abattus par un ou plusieurs tireurs dont se déplacerait sur un scooter volé. Un parachutiste français d’origine antillaise est grièvement blessé dans la fusillade.  Les enquêteurs retiendront le calibre des munitions utilisées par le ou les tueurs: du 11.43 (.45 ACP)

Les parachutistes assassinés ont tous fait l’Afghanistan.

Le 19 mars, le comble de l’horreur est atteint: un enseignant de 30 ans et trois enfants sont assassiné devant une école israélite à Toulouse par un tueur se déplaçant en scooter et utilisant au moins une arme de calibre 11.43 (.45 ACP)

La dernière attaque a suscité une vive émotion en France où la communauté juive est la plus importante en Europe.  Le président Sarkozy et son ministre de l’intérieur, Claude Guéant se sont précipités à Toulouse. En parallèle, des mesures de sécurité supplémentaires ont été prises autour de l’ensemble des lieux de culte et d’enseignement israélites en France. Alors que les meurtres des parachutistes aurait pu passer pour un fait divers, celui d’un enseignant et de trois enfants a mis en branle toute la machine policière et sécuritaire française. Le parquet de Paris spécialisé dans les affaires de terrorisme s’est saisi de l’affaire.

Ces attaques ont eu lieu dans un climat délétère marqué entre autre par la radicalisation de la campagne électorale française à la veille des présidentielles, une campagne médiatique à l’occasion du cinquantenaire de la fin de la guerre d’Algérie et la crise financière de la zone Euro.

Qui a bien pu s’en prendre à des parachutistes français et donc à l’armée française en tant qu’institution sur son propre territoire et à des israélites?

Le site israélien DEBKAsuggère qu’il s’agit soit d’un extrémiste islamiste ou d’un extrémiste d’extrême-droite.

Trois parachutistes du 17e RGP de Montauban faisant le salut nazi derrière une bannière à croix-gammée. Serait-ils impliqués dans les meurtres d'autres parachutistes et de civils dont des enfants?

Cependant le journal français Le Point fait le lien entre ces assassinats et une étrange affaire survenue en 2008 au sein du 17e  régiment de génie parachutiste de Montauban auquel appartenait les militaires tués. A l’époque, un “para” dénonce à sa hiérarchie trois “frères d’armes” proches des milieux néonazis. Un cliché de militaires français faisant le salut nazi derrière un drapeau à croix gammée a été publié par le journal satirique Le Canard Enchaîné, entraînant de lourdes sanctions disciplinaires et le renvoi des trois mis en cause.  Les attentats terroristes de Toulouse et de Montauban seraient-ils alors des actes représailles ?

Vu la mobilisation des moyens par l’Etat français dans cette affaire, la réponse ne saurait tarder…

Le budget militaire chinois dépassera la barre des 100 milliards de USD en 2012

Confrontée comme l’ensemble des pays du monde à un contexte international de plus en plus volatile, voire menaçant, la Chine est en train de fournir de gros efforts pour la modernisation de ses capacités de défense. Pour la première fois dans son histoire contemporaine, le budget militaire chinois dépassera cette année la barre symbolique des 670 milliards de Yuans, soit un peu plus de 100 milliards de dollars US.

Ce chiffre a été évoqué par le premier ministre chinois Wen Jiabao le 5 mars 2012.

Une escadrille de chasseurs Jian-11 chinois au sol

Ce montant est encore très loin du gigantesque budget militaire américain mais démontre la volonté des dirigeants chinois à se doter au plus vite d’une défense moderne non seulement en accord avec le nouveau statut de puissance économique globale de la Chine mais pouvant faire face aux nouveaux défis auxquels Pékin est confronté aussi bien dans sa sphère d’influence régionale traditionnelle que dans des zones aussi éloignées que le golfe d’Aden ou la corne de l’Afrique.

Il n’est un secret pour personne que la nouvelle stratégie américaine au Pacifique fait grincer des dents à Pékin.

Cependant, le réarmement massif de certains pays occidentaux et le développement de nouvelles ogives nucléaires plus performantes par des pays comme le Royaume-Uni et la France; les “révolutions high-tech”  dans la majeure partie du monde Arabe et le changement de régime par la force intervenus dans certains pays arabes et africains prouvent pour certains analystes chinois que le monde est bien moins sûr que ce qu’il était il y a deux décennies.

Un indice révélateur de cette prudence excessive de Pékin : le taux de croissance du budget militaire est plus élevé que le taux de croissance du Produit intérieur brut…Si vis pacem para bellum.

Une photo, une histoire: la bataille de Syrte vue par Mohamed Messara

Il y a des photographies qui résument à elles seules tout un conflit. C’est le cas de la photo prise lors de la bataille de Syrte par le photographe algérien Mohamed Messara (European Pressphoto agency) qui a été primée comme l’une des meilleures photos du conflit libyen:

Photo prise par Mohamed Messara de l'agence EPO

 

Ou encore celle-ci:

 

Une autre photo de Mohamed Messara dans l'enfer de Syrte

Stratfor à découvert?


Depuis le lundi 27 février 2012, le site controversé Wikileaks a commencé la publication de plus de 5 millions de fichiers et d’e-mails de la compagnie de renseignement privée texane Stratfor. Ces e-mails datés de la période s’étalant de juillet 2004 à décembre 2011 nous révèlent l’atmosphère à l’intérieur de cette firme mais également une foule d’informations aussi bien sur des multinationales telles que Bhopal’s Dow Chemical, impliqué dans une catastrophe écologique en Inde en 1984 que des agences et institutions gouvernementales comme le département américain de la sécurité intérieure ou les agences de renseignement militaire du Pentagone.

En voici un exemple parmi tant d’autres. Celui-ci est tiré d’un e-mail relatif à la guerre de Libye (fev-novembre 2011):

” Une réunion à huis clos entre des officiers des forces aériennes des États-Unis, du Royaume-Uni et dela France sur la Libye:  Les gens de l’aviation militaire américaine sont plus qu’enthousiastes par la résolution (UN SC RES 1973), ils en sautent de joie à l’idée d’effectuer cette opération. C’est une opération de rêve-comme ils disent- : terrain plat, proximité du littoral, cibles faciles, aucun problème… “

Nous y reviendrons prochainement.

 

Montée en puissance de la Marine russe

Selon un communiqué de la Commission militaro-industrielle russe, plus de 40 bâtiments de guerre, dont trois ont été mis en chantier en février 2012 sont actuellement en construction dans les chantiers navals de Russie.

La Marine au service des intérêts géostratégiques de la Russie nouvelle

Le nombre de navires ravitailleurs en construction, éléments clé dans la projection des forces au delà des zones d’influence traditionnelles de la Russie, n’a pas été divulgué.

A terme, la marine russe recevra une cinquantaine de nouveaux bâtiments de guerre d’ici l’année 2020.

Dans le cadre de ce renforcement, 16 bâtiments de guerre renforceront d’ici cette date la flottille russe de la mer Caspienne dont la base est à Astrakhan.

Pour le moment, la marine russe ne dispose que d’un seul porte-avions à propulsion nucléaire, ‘Amiral Kuznetsov”. Ce dernier, accompagné d’autres navires de guerre a fait une escale de plus d’un mois dans le port syrien de Tartous au mois de janvier 2012 avant d’être rappelé pour rejoindre son port d’attache sur la presqu’île de Kola.

Le porte-avions nucléaire russe aurait pallié à la saturation des stations d’écoute et d’interception et servi pendant un certain temps comme une station de surveillance couvrant aussi bien le littoral syrien qu’au delà pendant que les services de renseignement de l’armée de l’air syrienne étaient absorbés dans la surveillance des zones d’infiltration à l’intérieur du pays.

Pour nombre d’observateurs, cette montée en puissance des capacités navales russes pourrait s’accélérer avec l’élection à la présidence de M. Vladimir Poutine.

Lancement prochain de Syphax Airlines en Tunisie

Une nouvelle compagnie aérienne privée est sur le point d’être lancée en Tunisie. Il s’agit de Syphax Airlines, fondée par l’homme d’affaires tunisien Mohamed Frikha, PDG du groupe Telnet.

Cette compagnie sera implantée à l’aéroport de Sfax (Thyna) et aura pour ambition le développement économique et touristique de la région de Sfax, capitale économique de la Tunisie. Dotée de deux appareils de type Airbus A319, elle dissertera à partir de Sfax l’Algérie, plusieurs villes en France, l’Italie, la Libye et la Turquie.

Syphax fut un roi de Numidie occidentale (actuellement l’Algérie occidentale et le Maroc oriental), ayant vécu au troisième siècle avant Jésus-Christ.

Les Nations Unies fustigent la politique aberrante du logement en Algérie

La rapporteuse spéciale de l’organisation des Nations Unies sur le droit à un logement convenable, Raquel Rolnik, a mis en cause la politique du logement en Algérie. Dans son dernier rapport sur la question, la rapporteuse onusienne a estimé que la politique du logement suivie en Algérie est faible et non étudiée. Le rapport énumère certaines aberrations comme :
A. l’immense différence entre l’offre et la demande en matière de logements;
B. L’inoccupation d’un million de logement (14% du parc) ;
C. L’absence de statistiques dans le domaine ;
D. Des logements sont attribués illégalement à des personnes inéligibles, revendus par la suite à des prix exorbitants ;
E. La spéculation entourant le logement ;
F. Prix prohibitifs des loyers multipliés par un facteur de 5 entre 2005 et 2010. 

En fait, les Nations Unies auraient du tout bonnement dire que l’accès au logement en Algérie est impossible si l’on s’écarte des circuits mafieux et de la corruption.
Cette situation touche plus particulièrement les cadres moyens, lesquels ne peuvent accéder au logement en Algérie. La plupart des fonctionnaires et des employés consacrent la majeure partie de leurs revenus à la location. Celle-ci étant souvent en dehors du cadre légal.

Damas face aux attentats terroristes

Après les sanctions économiques et financières, la contrebande d’armes et les tentatives d’infiltration de combattants étrangers, le régime syrien se retrouve face aux attentats terroristes effectués par des kamikazes. Un scénario déjà vu en Irak et au Liban mais inconnu en terre syrienne.

C’est la deuxième fois qu’un attentat suicide frappa la capitale Damas en l’espace de deux semaines. Le premier, survenu le 23 décembre 2011 a visé un bâtiment des services de renseignement des forces aériennes; le second, celui d’hier, a visé un bus à l’arrêt en plein milieu de Damas selon les  informations fournies par la télévision d’État. Des civils forment la majorité des victimes de ces attentats.

La terreur frappe à Damas

Indubitablement, le modus operandi porte celui des mouvances terroristes islamistes soutenues par les monarchies du Golfe arabo-persique mais également une signature qui pourrait aussi bien conduire aux services spéciaux d’un Etat avec lequel la Syrie est techniquement en guerre. Ces dernières années, le Mossad a déjà effectué des missions de sabotage et d’assassinats en plein cœur de Damas: l’assassinat de Imad Mognia, le chef militaire du Hezbollah libanais en fait partie.

Le terrorisme et ses sponsors se joignent à la coalition anti-syrienne

La révolte populaire initiale, légitime vu le type de régime en place à Damas, est en train d’être détournée par d’autres acteurs géopolitiques qui ont de très vieux comptes à régler avec Damas.

Combien de temps tiendra la Syrie? Sans ressources, la campagne militaire de l’armée syrienne ne pourrait perdurer au delà de quelques mois. Le carburant se fait déjà rare et cher. Les contrebandiers irakiens et les conseillers iraniens pallient pour l’instant aux carences. Mais le temps joue contre Damas.

Le temps des drones tueurs

En moins de 6 mois, des robots volants contrôlés à distance ont sinon effectué du moins participé au succès de quatre assassinats ciblés dans des pays aussi éloignés que le Yémen et la Colombie.

Les drones de combat préfigurent ce que sera la guerre du futur

En moins de 6 mois, des robots volants contrôlés à distance ont sinon effectué du moins participé au succès de quatre assassinats ciblés dans des pays aussi éloignés que le Yémen et la Colombie.

D’une redoutable efficacité, Le rôle crucial que jouent désormais les drones comme outils militaires et politiques marquent la robotisation de la guerre. Une tendance lourde pour les cinq décennies à venir qui est loin d’être restreinte au domaine aérien. Non sans soulever de sérieux problèmes éthiques susceptibles de modifier et le droit humanitaire et les lois de la guerre.
Cette robotisation de la guerre augure des formes probables que va revêtir celle-ci dans un avenir proche marqué par un repositionnement américain en Asie-Pacifique, lequel sera plus important après l’achèvement du remodelage en cours en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Un remodelage rendu désormais possible et à moindre coût grâce à une utilisation inédite des nouvelles technologies de l’internet et de la manipulation des masses. Après la mise au pas du centre du monde (et surtout le contrôle de ses fabuleuses richesses énergétiques), Le redéploiement américain face à la Chine s’accompagnera certainement par une extension du champ d’intervention à l’espace extra-atmosphérique. D’où l’importance capitale de la possession de drones orbitaux pouvant intervenir aussi comme une arme antisatellite (Antisat) que comme une plate-forme orbitale de bombardement au sol, n’importe où et à n’importe quel moment.
Pour les pays ne disposant pas de technologies, le drone est devenu une arme redoutable, transcendant toute opposition asymétrique, seule défense possible du faible. Leur usage épargne la vie des soldats de l’empire et soulève par là même un dilemme éthique indécent : doit-on riposter contre des humains lorsque un robot est touché ? Cette situation s’est déjà produite en Afghanistan. Des humains ont été tués d’autres machines pour avoir détruit une machine faisant partie de leur réseau communicationnel et cybernétique. Cette question soulève de profondes réflexions éthiques et philosophiques que les Grecs antiques avaient pressenti dans leur mépris des machines.
Par-dessus tout, l’usage de drones dans l’exécution d’une politique d’assassinats ciblés par les USA et Israël, seuls pays à disposer de drones armés, élude le principe de responsabilité et épargne au président-dans le cas de Washington- le recours aux chambres élues pour déclarer la guerre. Les drones tueurs évoluent donc dans une zone de non-droit, exécutant les mêmes missions imparties aux assassins pérégrins du Moyen-âge tout en consacrent le principe du zéro mort du côté de l’assaillant.
Les experts ne s’y trompent guère : l’usage de plus en plus intensif de drones de combat par la CIA dans un nombre croissant de pays est non seulement le signe d’un choix tactique mais d’une robotisation progressive des moyens militaires à la disposition des États-Unis d’Amérique. D’ailleurs, ce pays est en train d’étendre un réseau de bases secrètes ou pas dédiés à ces engins sur une dizaine de pays en Afrique orientale, en Mésopotamie, dans le Golfe arabo-persique, en Afghanistan, au Pakistan, et inévitablement au Levant.
Au Pakistan, leur efficacité est telle qu’ils ont sont arrivés à chasser en « meutes » en coordonnant leur actions et en échangeant leurs informations sur les cibles ; en témoigne également le nombre de plus en plus élevé de victimes à chaque opération où sont impliqués des drones.
Et les victimes des drones ne se comptent plus dans la liste anonyme des paysans Pachtoun tombés quelque part au Waziristân ou au Balûchistân sous le feu de leurs missiles « Hellfire » (à l’origine un missile antichar tiré à partir d’un hélicoptère d’attaque comme le Cobra ou l’Apache) mais incluent désormais des chefs d’État et des personnalités historiques.
Le 20 octobre 2011, le convoi du colonel Mouammar Gaddafi est localisé et attaqué par des drones américains, probablement de type « Predator USMQ2 » ; le convoi est immobilisé et contraint à se disperser avant d’être à nouveau bombardé. De sa localisation à la sortie Sud de la ville de Syrte, réduite en ruines fumantes par la fureur de combats acharnés et de bombardements intensifs, jusqu’à la capture de l’ancien chef de l’État et son lynchage à mort par un groupe de rebelles, des drones contrôlés à des milliers de kilomètres de distance survolaient, surveillaient et au besoin ouvraient le feu sur des cibles précises au sol. De toute évidence, les drones eurent un rôle de premier plan dans l’assassinat du leader libyen. Un assassinat politique ressemblant à une version plus atroce que celle du Duce italien en pleine seconde guerre mondiale.
Peu de temps avant l’assassinat du colonel Gaddafi, une étrange opération impliquant des drones armés eut lieu au dessus des reliefs arides du Yémen : l’opération Awlaqi. Ce citoyen américain, autoproclamé chef de l’organisation terroriste connue sous le label d’Al-Qaïda en péninsule arabique périt sous le feu d’un ou de plusieurs missiles tirés selon toute vraisemblance de drones armés. C’est la première fois qu’un citoyen américain fait l’objet d’un assassinat ciblé que certains juristes sont allés qualifier d’exécution extrajudiciaire.
La mort d’Anwar Awlaqui au Yémen avait un précédant. Et de taille. La mort du chef présumé de cette étrange nébuleuse dénommée Al-Qaïda (ou Al-Qaeda selon une transcription anglo-saxonne). Celui qui est devenu une icône incarnant l’ennemi public numéro un mondial a été localisé et éliminé à Abottabad, au Pakistan dans une mystérieuse opération militaire qui n’a pas livré tous ses secrets. Là également, des drones de surveillance ont facilité l’opération commando des forces spéciales US.
Il est à rappeler que l’usage des drones au Nord du Pakistan est devenu quasi-quotidien au point où leur système d’échange de fichiers et de transmissions fut maintes fois piraté.
La dernière victime des ces robots volants est une figure emblématique presque oublié d’une des plus anciennes guérillas d’Amérique du Sud : Alfonso Cano, un des fondateurs des FARC (Fuerzas armadas revolucionarias de Colombia/Forces armées révolutionnaires de Colombie) et leur chef depuis 2006. Nonobstant la revendication exclusive de l’armée colombienne qui s’attribue les mérites de son assassinat dans un raid, il n’en demeure pas évident, de l’avis même du président colombien que cette opération « sophistiquée » n’aurait jamais abouti sans la « coopération de pays amis » et fort probablement une participation décisive de drones armés US, lesquels auraient initié le raid aérien détruisant la base des FARC où se trouvait Alfonso Cano, y facilitant ainsi l’assaut des forces colombiennes. Or, c’est un secret de polichinelle que de rappeler la présence de drones US opérant à partir de sept bases en Colombie. Certains d’entre eux violant assez fréquemment l’espace aérien du Venezuela voisin.
A cela on peut ajouter d’autres assassinats non élucidés à ce jour. Tel l’assassinat du premier ministre libanais Rafik Hariri dans un attentat à la voiture piégée et à l’explosif. Des informations persistantes font état de la présence avérée ce jour là (et les jours précédant l’assassinat) d’un drone de reconnaissance israélien au dessus de la zone où eut lieu l’explosion.
Ainsi, du Pakistan à la Colombie, en passant par le Yémen et la Libye, les drones armés supplantent petit à petit les autres moyens conventionnels d’action à l’étranger et se sont imposé moins comme le nouveau bras armé de la CIA que comme un prolongement technologique de la politique extérieure de Washington. Et en effet, le drone est devenu un outil géostratégique intervenant au niveau tactique.
Basé sur un principe assez simple, les drones se déclinent en plusieurs types allant du micro drone au drone spatial en passant par le mini drone, le drone à long rayon d’action, à grande autonomie, puisant leur énergie de diverses sources, y compris celles dites alternatives, ces machines contrôlées à distance pourraient être destinées à la surveillance, à réguler le trafic autoroutier, à optimiser les recherches en cas de désastre naturel. Néanmoins, leur large autonomie, leur conférant la possibilité de voler de plus en plus longtemps tout en étant peu visibles, légers et nécessitant moins d’entretien que pour un aéronef conventionnel, et par-dessus tout éliminant toute implication humaine dans l’action en a fait des armes de choix pour la CIA et un concurrent –depuis qu’ils sont capables d’emporter des charges militaires et de frapper des cibles-de forces aériennes conventionnelles.
Il y a presque deux décennies, des pilotes de l’US Air force avaient protesté contre des projets de robotisation de bombardiers rendant inutile le recours à des pilotes humains. Si aujourd’hui, un drone n’est pas, stricto sensu, un robot puisque il demeure contrôlé via des satellites par des opérateurs humains derrière une console, le fait est que les drones actuels, notamment de type Reaper ou Predator sont de plus en plus autonomes du point de vue de l’intelligence artificielle (AI) et seront sous peu capables d’opérer assez indépendamment de l’opérateur humain. Dans un tel cas de figure, leur usage militaire, notablement dans les assassinats ciblés posera un sérieux problème éthique et contreviendra aux lois d’Asimov (du nom d’un célèbre auteur de science-fiction) stipulant l’interdiction pour un automate d’attenter à la vie d’un humain.
Dans la guerre des réseaux de l’information, l’ascendant appartiendra à celui qui aura le réseau le plus élargi possible suivant un maillage flexible, capable de supporter une perte de l’information. Ce n’est pas pour rien que les USA sont en train de tisser un véritable réseau mondial de bases pour leurs robots aériens.
C’est ainsi qu’en Éthiopie, des aérodromes désaffectés ou des terrains nus se sont transformés en bases avancées abritant des petites flottilles de drones armés commandés à distance depuis un bunker situé au fin fond du Nevada.
Des bases similaires existent au Yémen, au Pakistan, en Afghanistan, en Irak, en Israël, au Sud-Soudan, au Kenya, au large et à l’intérieur de la Libye, en Colombie, en Corée du Sud, à Guam, et demain probablement au Sahel, ou en Afrique australe ou même à l’intérieur des États-Unis. Car dans ce dernier cas de figure, des mini drones utilisés à des fins civiles pourraient très bien être utilisés contre des personnes indésirables ou figurant sur la liste noire du gouvernement. Qu’est ce qui empêcherait la CIA de recourir à des assassinats ciblés avec ses drones contre des citoyens US en plein territoire américain ? C’est la question que se posent quelques personnes aux États-Unis, inquiets de la dérive induite par l’adoption de l’assassinat comme instrument politique. Une situation paradoxalement similaire aux pratiques du 15ème siècle du temps des intrigues italiennes de la renaissance et des assassinats de palais. Sauf que cette fois-ci, la portée de cette politique est planétaire. Au point où la dague de feu n’épargne même plus un paysan anonyme vivant dans un endroit perdu à la fin fond d’un pays lointain.
Après le missile de croisière et la vidéo truquée, voici venu le temps des drones tueurs. Qu’en sera-t-il à l’avenir ? On préfère ne pas y penser.

La symétrie du chaos, vers un nouveau paradigme international?

Après six mois de résistance, le régime du colonel Gaddafi a fini par être surpris dans sa capitale par un coup de main assez élaboré. Il aura néanmoins réussi à briser l’élan des nouvelles guerres high-tech, rapides et multimédia s’abattant sur un nombre précis de pays arabes depuis l’avènement de l’année 2011.
Ce remake réussi de la Baie des cochons sur les rivages de Libye marque non seulement un tournant dans les relations internationales mais pèsera négativement à l’avenir sur les relations Nord-Sud en Méditerranée occidentale. Vingt ans après l’effondrement de l’empire soviétique et la suppression de la menace dite rouge, l’année 2011 fut choisie comme celle de l’assaut général contre les derniers régimes rétifs à l’hégémonie du nouvel ordre mondial et son idéologie. Première cible avant les pays satellites de la Chine et les pays d’Amérique latine contestataire de l’ordre mondial : les pays arabes hors de l’influence. En sacrifiant deux leaders alliés dont l’un du pays arabe le plus peuplé et le plus influent, les USA escomptaient obtenir un effet domino dans l’ensemble de la région et plus particulièrement un changement de régime dans des pays comme la Libye et la Syrie. Cependant, la très coûteuse occupation de l’Irak de Saddam Hussein et le désastre afghan obligèrent les stratèges américains à opter pour un nouveau type de guerre plus économique en utilisant les moyens de l’information, les réseaux sociaux, les Psyops, la propagande, les cellules terroristes dormantes et Al-Qaida, outil créé, financé et armé par la CIA, le MI-6 et bien d’autres services de renseignement pour l’achèvement de certains objectifs géostratégiques globaux. C’est en effet une nouvelle forme de guerre High Tech, rapide et reposant sur le concours des populations locales préalablement formatées par une propagande massive, multi-vectorielle, élaborée et adaptée à l’humus culturel, religieux et/ou idéologique. Si le putsch militaire en Tunisie fut relativement facile, ordonné et sans grande effusion de sang, celui de l’Égypte contraria deux acteurs clé de la politique étrangère US : le royaume d’Arabie Saoudite et Israël. Ce dernier avait toutes les raisons du monde d’appréhender un changement de régime en Égypte susceptible d’amener à sa tête des factions hostiles à l’État hébreux.
Malgré la soumission totale de l’armée égyptienne à son mentor US, véritable maître du pays du Nil, les choses semblent se détériorer dans la péninsule du Sinaï. Au détriment d’Israël. Effet collatéral inattendu d’une guerre dite globale. C’est le concept de la guerre tous azimuts ou guerre totale multidimensionnelle appliquée à des cas concrets. A distinguer du concept clausewitzien de la guerre. C’est une nouvelle forme de guerre dans laquelle les aspects informationnels, propagandistes, psychologiques, diplomatiques et économiques sont mobilisés comme des armes de combat de première ligne contre des États ou des groupes d’États. D’ailleurs, ce n’est point un hasard si les moyens diplomatiques incluant le recours au CS de l’ONU, et les médias sont considérés comme des étapes cruciales de tout plan militaire US. Ainsi après l’Afghanistan, le Pakistan, l’Iran, l’Irak, le Liban, la Palestine, la Syrie, le Yémen, la Somalie et le Soudan, il n’était pas étonnant de voir la machine bien huilée se tourner vers le Maghreb. Premier maillon faible de cet espace géopolitique en mal d’intégration : la Libye du colonel Mouammar Gaddafi. Bête noire et vieil ennemi de bons nombre de pays occidentaux et arabes du golfe arabo-persique. L’aventure militaire précipitée de l’OTAN sur les côtes libyennes a non seulement bousculé l’équilibre géostratégique de cet espace géopolitique mais risque fort de bouleverser l’ensemble des relations Nord-Sud en méditerranée occidentale. Cette aventure militaire a mis fin à cinquante ans de paix, puisque la dernière intervention armée occidentale en Afrique du Nord remonte à la bataille de Bizerte (Tunisie septentrionale) et à la guerre d’Algérie. Plus préoccupante est l’ingérence presque immorale de certaines entités étatiques du Golfe persique au Maghreb : la chasse frénétique aux subsahariens par les rebelles en Libye relève plus d’une vindicte dictée contre l’orientation africaine de la Jamahiriya et son mépris des Arabes du Golfe persique. Cette tendance africanophobe traduit la future orientation de la Libye de demain telle que voulue par les mentors et financiers de l’agression militaire contre ce pays : La Libye post-Gaddafi sera Arabe du premier camp. Celui de la Jordanie, du Qatar, des Émirats Arabes Unis, du Koweït et du Bahreïn. En d’autres termes, un pays détaché de son environnement africain.
Malgré la chute de Tripoli suite à l’opération «Siren», opération coup de poing qui fera date dans les manuels militaires des armées, les Libyens n’auront pas démérité et ont globalement fait face à l’agression de leur pays avec plus d’efficacité que ne l’ont fait les Irakiens pourtant infiniment mieux armés. La Libye a tenu à six mois de bombardements et autres pilonnages intensifs des forces de l’OTAN, lesquelles ont déversé sur ce pays près de 200 bombes par jour. Dans cette guerre, les rebelles libyens, en particulier ceux de la ville de Misurata ont bénéficié du soutien de firmes de sécurité et de renseignement privées ainsi que de mini-drones (des drones quadricoptères de type Scout). Ailleurs dans le pays, des drones américains Predator II armés croisaient dans le ciel libyen chassant en meute des cibles désignées.
Sous-estimée, la Libye du colonel Gaddafi et son système atypique de pouvoir non hiérarchisé et horizontalement distribué a donné du fil à retordre à l’OTAN. A la surprise générale de ses voisins, la Libye, plus petit pays du Maghreb, a failli écraser rapidement et efficacement la rébellion armée qui s’est déclarée en Cyrénaïque le 16 février 2011, n’était-ce l’intervention militaire occidentale. Néanmoins, la Libye a réussi à absorber le choc initial de l’agression de la coalition internationale menée par les USA, la France, la Grande Bretagne, le Qatar et les Émirats Arabes Unis avant de tenir tête à l’OTAN, la plus grande alliance militaire du monde.
Cette capacité de résistance d’un pays aux capacités technologiques quasi-inexistantes, doté d’une toute petite armée de quatre ou cinq brigades, ne peut s’expliquer que par le régime très particulier et hors normes imposé par le colonel Kadhafi. Un système opaque où le pouvoir est dissous parmi des centaines de tribus et où la notion d’État selon l’acception occidentale demeure un concept étrange. L’organisation de l’État des masses, un concept paradoxal pour un pays de cinq ou six millions d’habitants, a rendu caduc tous les plans précédemment utilisés en Irak et a imposé à l’OTAN un nouveau paradigme à peine connu. Indubitablement, c’est en Libye qu’a été mis en échec le cycle des révoltes arabes par le désordre et l’ingénierie du chaos au moyen des réseaux sociaux et des services de messagerie. Car, contrairement à la Tunisie et l’Égypte, pays pro-occidentaux ayant connu des putschs militaires déguisés en révolutions colorées, la Libye comme le Yémen et la Syrie ont fait autrefois partie d’un front du refus et de la résistance qui aura vécu. Il est paradoxal de constater qu’une ville éloignée comme Brega ait tenu tout au long de la guerre et ait survécu à Tripoli qui a succombé à un coup de main éclair et complexe.
L’histoire est riche de ces retournements spectaculaires d’alliances et d’allégeance. Toutefois, qui aurait osé concevoir il y a à peine une trentaine d’années que l’OLP (Organisation de Libération de Palestine) se retournerait contre Damas ? Il est vrai que la vieille organisation désuète et corrompue de la résistance palestinienne n’a jamais pardonné le positionnement du régime syrien laïc aux côtés d’une organisation islamiste rivale, ayant réussi à prendre le pouvoir dans l’enclave assiégée de Gaza. Comme dans l’épisode libanais, la main des Saoudiens n’est jamais très loin et il n’est pas étonnant dès lors de constater la stratification en cours et la superposition de la rivalité créée de toutes pièces entre l’Arabie Saoudite et ses alliés, garant d’une version rigoriste de l’Islam sunnite contre l’Iran chiite, ultime avatar de l’impérialisme perse. Un schéma correspondant parfaitement aux plans d’hégémonie US au Moyen-Orient, basés sur les divisions ethniques et confessionnelles et même au-delà.
L’une des techniques de tromperie en usage dans ces nouvelles campagnes militaires d’un nouveau genre contre des États est l’imposition d’un mensonge comme vérité dans la plus pure tradition stalinienne. Ainsi des médias nous présentent sans vergogne aucune des informations faisant état de l’usage du gouvernement syrien d’embarcations armées contre ses propres populations civiles tout en avançant des bilans dignes d’un accident de circulation. Est-il possible qu’une ville de la taille de Lattaquié soit pilonnée par l’artillerie navale et n’enregistre que trois ou quatre victimes ? Le cas libyen est encore plus pathétique : l’OTAN qui ne maîtrise qu’une forme de propagande unique et disons le sans ambages, sclérosée, qualifie ses raids meurtriers contre les populations civiles libyennes comme une opération de protection de ces mêmes populations ! Les sites officiels britanniques se sont illustrés par une propagande mensongère sans vergogne pire que celle de Staline. Cercle vicieux d’un mensonge orwellien. Cet auteur avait bien pressenti que le totalitarisme anglais pourrait être bien plus pire que celui du nazisme et du stalinisme de son époque.
Les États-Unis d’Amérique sont les principaux architectes de cet assaut. Mais dans le cas de la Libye, ils ont adopté une nouvelle ligne de conduite, faisant semblant de confier les opérations, dès l’élimination de l’ensemble des défenses aériennes libyennes à leurs alliés de l’OTAN. Ils en regrettèrent presque cette option. La Grande Bretagne et la France eurent une piètre performance face à une armée libyenne bien faible et pas du tout équipée. C’est grâce à la logistique US et à l’argent du Qatar et des Émirats Arabes Unis que cette guerre put aboutir à l’entrée des rebelles à Tripoli atour d’un noyau dur formé par les commandos spéciaux de la CIA, du SAS, du 2ème régiment de parachutistes, de la Légion jordanienne, des mercenaires de l’X (ex-Blackwater) et des forces spéciales italiennes et qatari.
Des observateurs peu avertis de la nature du pouvoir en Europe s’étaient interrogés sur les motivations de certains pays comme l’Italie de s’aliéner gratuitement et durablement l’ensemble des pays de la rive Sud de la méditerranée, en d’autres termes ses voisins immédiats, en s’impliquant dans une guerre d’agression contre la Libye ou en joignant sa voix aux cris d’orfraie des pays européens contre la Syrie. Alors que ce pays jouissait jusqu’ici d’une assez bonne image au sein des pays du Sud. Le fait est que le pouvoir réel en Italie et ailleurs en Europe n’est plus aux mains des habitants de ces pays mais appartient de facto à des oligarchies invisibles agissant assez similairement à des gouvernements d’occupation.
La stratégie du double endiguement utilisée contre l’Iran et l’Irak, la destruction de ce dernier et son occupation, la guerre civile libanaise, la scission du Soudan, l’élimination physique des figures historiques de la résistance palestinienne, la mise au pas du Liban, l’encerclement et l’assaut de la Syrie, la déstabilisation du Yémen, l’affaiblissement des pays du Maghreb, la mise en place d’une véritable ceinture de feu entre le Sahel et l’Afrique du Nord s’étendant de la corne de l’Afrique à l’Atlantique, et, actuellement, la mise en pièces de la Libye, ne sont qu’une suite ininterrompue d’évènements liés. Lesquels s’inscrivent dans le cadre d’un plan réglé et préconçu. Tel qu’il a été ébauché par l’ex-secrétaire d’État US Henri Kissinger dès l’avènement des années 70. A posteriori, l’actuelle vague de révoltes présentée comme un printemps arabe en référence à une série d’évènements ayant abouti à l’implosion de l’ancien bloc de l’Est, n’est que la continuation d’une même et unique stratégie visant toujours le même objectif : le formatage de l’environnement immédiat et lointain d’Israël à même de garantir sa survie pour les cinquante prochaines années et par-dessus tout garantir son existence au-delà de l’année 2048.
L’enthousiasme suscité par les révoltes arabes a fait long feu. Si les médias mainstream n’ont pas hésité à qualifier cet assaut général de «printemps arabe», la réalité des faits déformés sur le terrain, grâce à la magie des caméras embarquées sur les téléphones portables dans un monde ou presque tout le monde en est équipé, a fait déchanter plus d’un. De mémoire de révolutionnaire, on n’a jamais vu des rebelles armés de fusils d’assaut Gewehr-36 avancer contre les troupes gouvernementales de leur propre pays sous la couverture d’hélicoptères de combat avancé, de drones et de bombardiers étrangers tout en bénéficiant de l’appui feu de l’artillerie navale, le renseignement de l’imagerie satellitaire et l’encadrement des forces spéciales de pays ayant une longue tradition dans la subversion et le sabotage. C’est pourtant bien ce qui s’est passé en Libye. Et c’est ce que l’on tente de recréer en Syrie et si possible, ailleurs. Ce n’est point un hasard si, au départ des contestations, une aide logistique est mise à profit des insurgés, fussent-ils présentés comme de simples manifestants. Changement d’icônes. Depuis les années 60, le Kalachnikov était l’arme par excellence de tous les révolutionnaires et guérilléros de tous bords. L’usage par les rebelles libyens d’une variante du fusil d’assaut FN-FAL et de missiles antichar MILAN, puis après l’opération de Tripoli, du fusil Allemand G-36, équipant entre autres les forces spéciales jordaniennes, consacre une véritable rupture. Après les rébellions maoïste, communiste, socialiste et nationaliste, voici venu le temps des rébellions néolibérales financées par les riches Cheikhats du Golfe persique et soutenues militairement par les milieux trans-financiers internationaux.
Cependant, l’apparition spontanée de ces nouvelles guerres High Tech de propagation du chaos social par le bas et l’ingénierie du putsch scientifique n’est pas sans risque pour les pays l’ayant adopté. La Grande Bretagne (mais aussi la France) en sont de parfaits exemples. Et ce, malgré la surveillance exhaustive et maniaque des réseaux par des cohortes de cyber policiers dans ces deux pays. Surveillance bien plus intense, systématique et étroite que ne le serait la surveillance d’internet dans un pays comme la Chine. Le retournement des nouvelles armes que constituent désormais les réseaux sociaux et les services de messagerie contre l’un des pays les ayant le premier utilisé pour attaquer un autre pays (la tentative britannique de susciter une révolution colorée-verte-en Iran en 2009) a donné plus que des sueurs froides à Londres. Les émeutes du mois d’août 2011 ont fait craindre un retour de boomerang, voire une British Revolution. Signe qui ne trompe pas : deux facebookers ayant posté des blagues sur le net au sujet de ces émeutes ont été condamnées à de très sévères peines d’emprisonnement. Pendant ce temps, le gouvernement de sa majesté, le plus acharné dans sa guerre en Libye, finance, encourage et soutient des milliers de jeunes Arabes à propager via les réseaux sociaux le désordre, le chaos et la sédition.
La reprise du symbolisme religieux islamique par les services de renseignement US et britannique n’est pas nouveau. Il remonte à plus d’un siècle, avec les théories du manteau vert, du messie attendu et les intrigues de Lawrence d’Arabie. On percevait aisément derrière tous ces vendredis «colorés» une forte touche de marketing. «Vendredi de la colère», «Vendredi de la vengeance» ou encore «vendredi de la défiance» sont des produits marketing 100 % US adaptés à l’humus local. Un peu comme les filiales de Coca Cola au Moyen-Orient. A ces techniques s’ajoutèrent le renfort d’une pléthore de pseudo-fatwas issues de manière désordonnées et diffusées par des «clercs» musulmans majoritairement sunnites mais dont la majorité provient des pays du Golfe persique inféodés à l’empire ou de pays comme l’Égypte ou la Jordanie. C’est un Islam version US, aussi corollaire au néo-libéralisme que l’est la spéculation boursière sur des actifs pourris. Support de propagation : internet et chaînes satellitaires. Après l’anathème vient la diabolisation. Le président syrien est qualifié de Hulagu dans une référence à l’invasion mongole du Moyen-Orient au 13ème siècle ; le guide libyen qui s’est déjà auto-affublé de toute une série de titres, se voit en plus affublé de tous les noms d’oiseaux. Il est vrai qu’il ne s’est fait que des ennemis. La propagande des pays du CCG s’acharne plus particulièrement sur lui avant, pendant et après son règne. Même hors de son complexe de Bâb Azizya, le colonel sera accusé par les US d’avoir collaboré avec leurs services dans la lutte antiterroriste. Quant on sait que tous les pays musulmans ont été sommés de collaborer dans la lutte contre un terrorisme créé de toutes pièces par ceux là même qui l’exigent, on ne peut que rester stupéfait de la tromperie avec laquelle agit l’empire quel que soit le contexte.
Mais tout cela est voué à l’échec. Les Américains et leurs alliés sont dans une impasse non seulement économique mais idiosyncratique. Si au Levant, la déstabilisation de la Syrie aura de très graves conséquences sur Israël, dont l’arsenal nucléaire conséquent ne lui sera d’aucun secours, au Maghreb, le dépeçage de la Libye aura des conséquences négatives durables sur l’ensemble des relations Nord-Sud en Méditerranée occidentale. Il ne fait aucun doute que tôt ou tard, l’intrusion militaire de puissances étrangères en Libye aura un prix.
A ce propos, certains observateurs ont mis en doute la mainmise étrangère sur les ressources de la Libye à cause du sentiment ultranationaliste de certaines factions rebelles. C’est méconnaître les ressorts cachés de la soumission consentante. Les rebelles, y compris leurs ailes militaires les plus radicales sont beaucoup trop faibles pour pouvoir prétendre tenir tête à leurs puissants protecteurs. De facto, ils sont encore plus faibles que les forces loyalistes. C’est pour cette raison que la Libye représente un cas d’école : c’est le nouvel eldorado des multinationales et l’entrée rêvée en Afrique du Nord et au Sahel. Et connaissant certains pays de la coalition «humanitaire» caractérisées par leur hargne et leur cupidité à tenir coûte que coûte la moindre parcelle de terre tombée en leur pouvoir et ne plus jamais la relâcher à moins de provoquer un génocide généralisé, on ne voit pas la Libye se débarrasser de sitôt de ces protecteurs de la dernière heure.
Avec l’épilogue libyen, l’Africom devrait avoir résolu le choix de ses bases en Afrique. Elle y disposera aussi bien de bases stratégiquement situées sur le golfe de Syrte qu’en bordure du Sahel, voire au Sahara central. En parallèle, la Russie perd plus qu’un important client de ses armements. Tandis que la Chine voit sa présence en Méditerranée, en Afrique du Nord et au Sahel assez compromise. Certains pays occidentaux voyant d’un très mauvais oeil la présence chinoise dans la bande sahélienne du Soudan en Mauritanie, en passant par le Niger, principal pourvoyeur d’uranium aux centrales électronucléaires françaises.
Propager le désordre dans un pays fait partie intégrante de la panoplie de guerre. Le chaos est un nouveau paradigme des relations internationales. L’ex-ambassadeur US en Chine, Jon Huntsman et probable candidat aux présidentielles américaines en sait quelque chose. Sa tentative très maladroite de susciter des troubles en Chine en utilisant les réseaux sociaux l’a forcé à quitter son poste.
Cependant, la question qui se pose actuellement est celle relative aux conséquences à moyen et long terme de cette nouvelle ingénierie du chaos appliqué à l’échelle géostratégique. Utilisant des outils transcendant la guerre asymétrique que pourrait opposer le pays ciblé face à un assaillant technologiquement plus avancé, cette nouvelle forme de guerre ne serait-elle pas susceptible de créer une symétrie du chaos dans les deux camps ? L’avenir nous le dira.

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